Matignon planche sur la succession de Nicolas Hulot

Emmanuel Macron et Nicolas Hulot, le 20 juin 2018. ©AFP

Le ministre français de l'Ecologie, Nicolas Hulot, démissionne du gouvernement. Il affirme n'avoir prévenu à l'avance ni le président Macron ni le Premier ministre Philippe de sa décision. L'Elysée prend acte alors qu'Edouard Philippe annonce de prochaines suggestions sur la future composition de son gouvernement.

La rumeur circulait depuis quelque temps: Nicolas Hulot allait-il ou non rester à bord du gouvernement français?

"Le Monde" relatait début juillet les propos de représentants d'ONG. "La nomination de Nicolas Hulot au ministère de la transition écologique et solidaire s’est accompagnée, pour beaucoup d’observateurs, de la certitude de son départ prochain."

En effet, la question de sa démission n'a cessé de revenir depuis le début de son mandat. Nicolas Hulot avait lui-même accéléré les rumeurs. Il avait au printemps indiqué qu'il se donnait l'été pour faire le point sur sa présence au gouvernement. "Il y a une chose que je sais mal faire (je peux le faire, comme tout le monde), c'est mentir, et surtout mentir à moi-même. Donc cet été, là je ferai cette évaluation, et je pense que cet été j'aurai suffisamment d'éléments pour pouvoir regarder si effectivement je participe à cette transformation sociétale. Si je sens qu'on n'avance pas, que les conditions ne sont pas remplies, voire qu'on régresse, j'en tirerai des leçons", déclarait-il sur BFM TV.

ll a donc pris sa décision. Il quitte le gouvernement. L'homme confie qu'il se sentait "tout seul à la manoeuvre" sur les enjeux environnementaux au sein du gouvernement. "Le Premier ministre, le président de la République ont été pendant ces 14 mois à mon égard d'une affection, d'une loyauté et d'une fidélité à toute épreuve", mais malgré cela, le gouvernement n'a pas su donner la priorité aux enjeux environnementaux, a-t-il plaidé, estimant n'avoir pu obtenir que des "petits pas".

"Je regrette son départ", a déclaré à BFM TV le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. "Je regrette surtout qu'on ne puisse pas mettre en valeur tout ce qu'il a accompli pendant (...) les 14 mois qui se sont écoulés depuis son entrée au gouvernement."

Dans le chef de l'Elysée, on affirme prendre acte de cette décision. Le Président confirme n'avoir plus eu de contact avec son ministre depuis la réunion de lundi soir. Un remaniement ministériel n'est certes pas à l'ordre du jour dans l'immédiat. Le Premier ministre indique qu'il fera des suggestions "dans les jours qui viennent" au Président pour la future composition du gouvernement. 

Emmanuel Macron est en déplacement au Danemark jusque jeudi. A Copenhague, le chef de l'Etat a dit "respecter" la décision de Nicolas Hulot et compte sur son engagement "sous une autre forme"

En 15 mois, ce gouvernement a fait plus qu'aucun autre dans la même période sur ce sujet.
Emmanuel Macron

L'Elysée a aussi prévenu: aucune annonce ne sera faite, tant que le président n'est pas de retour en France.  

Le bilan de Nicolas Hulot

Aux avant-postes de la défense de l'environnement depuis près de 30 ans, l'ex-présentateur de l'émission à succès "Ushuaïa" a été pendant tous ces mois un ministre populaire en France à la tête d'un poste qui ne l'a jamais fait rêver. Nommé pour la première fois ministre en mai 2017 après avoir refusé maintes sollicitations, il est resté des mois sous la loupe de journalistes, à l'affût du moindre signe de ras-le-bol, et de défenseurs de l'environnement attendant de lui qu'il soit plus qu'une "caution verte" pour le gouvernement. 

  • Au rang de ses victoires

→  la fin de la production des hydrocarbures d'ici 2040. Pour Nicolas Hulot, cette décision est une étape vers la fin des énergies fossiles même si certains écologistes lui reprochent des dérogations.

→  l'abolition des voitures diesel et essence en 2040 faisant de la France le premier pays avec un tel objectif

→  l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes

→  au niveau de la faune, il a aussi décidé la réintroduction d'ours femelles dans les Pyrénées faisant ainsi face au syndicat des éleveurs.

Il reçoit une note mitigée sur le glyphosate où il n'a obtenu qu'une demi-victoire. À la suite de la décision européenne de prolonger pour cinq ans la licence de cet herbicide controversé, Nicolas Hulot voulait inscrire dans la loi l'interdiction du pesticide. Les députés ne l'ont pas suivi. Emmanuel Macron a lui assuré que la France reste déterminée à en sortir en trois ans.

  • Au rang des défaites: 

→ Il laisse en suspens le débat sur le nucléaire.  En novembre 2017, il annonçait que la France ne pourra pas tenir l'objectif de ramener la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50% en 2025. Les ONG de défense de l'environnement dénoncent une victoire du lobby nucléaire et une "reculade" du ministre. 
En attendant, les mesures en faveur de l'énergie solaire ont laissé les acteurs du secteur sur leur faim, tout comme le plan de rénovation énergétique des bâtiments.

→ Le Ceta: L'accord de libre-échange UE-Canada est désormais en vigueur de façon provisoire et dans sa quasi-totalité. Pour Nicolas Hulot, les mesures prises par le gouvernement pour tenter de lever les inquiétudes environnementales et sanitaires sont trop limitées. Si les "effets néfastes" ne sont pas corrigés, les parlementaires devront "en tirer les conséquences" lors de la future ratification, avait-il déclaré.

→ la tenue des états-généraux du bien-être animal qu'il avait évoqués.

"J'espère que cette décision qui est lourde, qui me bouleverse, qui mûrit depuis de longs mois ne profitera pas à des joutes ou à des récupérations politiciennes", a conclu Nicolas Hulot.

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