Matteo Salvini veut des centres d'accueil en Libye pour "bloquer la migration"

Matteo Salvini, ministre italien de l'Intérieur et le vice-Premier ministre libyen Ahmed Maiteeq veulent renforcer leur coopération sur l'immigration. ©AFP

Les tensions sur la crise migratoire grandissent entre l'Europe et l'Italie. Dans ce contexte, Matteo Salvini a soumis l'idée de centres d'accueil pour les migrants en Libye.

Mettre en place des "centres d'accueil et d'identification de migrants au sud de la Libye." C'est la ligne que défendra le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini lors du sommet de l'UE ce jeudi. Le chef de file de la Ligue prône une ligne de fermeté pour empêcher les migrants de franchir la Méditerranée.

Un axe Rome-Tripoli renforcé

Alors que 16 pays de l'UE se sont réunis ce dimanche à Bruxelles pour tâcher de désamorcer la crise migratoire, Matteo Salvini entend renforcer le partenariat avec la Libye pour répondre au défi migratoire. Les dirigeants des deux pays ont accordé leurs violons sur un objectif commun: lutter contre l'immigration.

"Le seul moyen pour contrecarrer vraiment les intérêts criminels des trafiquants et éviter les voyages de la mort, c'est d'empêcher que les bateaux prennent le large"
Matteo Salvini
Ministre italien de l'Intérieur

"Nous soutiendrons, d'une commun accord avec les autorités libyennes, la mise en place de centres d'accueil et d'identification dans le sud ou au sud de la Libye, à sa frontière externe, pour l'aider autant que l'Italie à bloquer la migration", a indiqué le responsable italien. 

Cependant, la proposition de l'établissement de centres d'accueil en Libye semble ne pas avoir obtenu l'aval du pouvoir libyen. Le Vice-premier ministre libyen du Gouvernement d'union nationale, Ahmed Maiteeq, a affirmé  que son pays "refuse catégoriquement l'installation de camps pour migrants en Libye (...) Ce n'est pas autorisé dans la législation et la réglementation libyenne."

Matteo Salvini considère cette option comme un moyen d'apaiser les tensions entre l'Italie et la Libye. "Le seul moyen pour contrecarrer vraiment les intérêts criminels des trafiquants et éviter les voyages de la mort, c'est d'empêcher que les bateaux prennent le large", a-t-il ajouté.

Ligne ferme face aux bateaux des ONG

Matteo Salvini enjoint les ONG de ne pas s'impliquer dans les opérations de secours aux migrants. Il entend déléguer ce rôle de sauvetage aux garde-côtes libyens dans un souci de "renforcer la souveraineté libyenne sur l'espace maritime". "Laissez les autorités libyennes faire leur travail de secours, de récupération et de rapatriement vers leur pays, comme elles l'ont fait depuis quelque temps, sans que les navires des ONG avides ne les gênent ou causent des troubles", a déclaré Matteo Salvini.

Le navire humanitaire Lifeline, avec 234 migrants à bord, est toujours bloqué en mer. ©EPA

Dans le même optique, le ministre de l'Intérieur a décidé de fermer l'accès aux ports italiens à toutes les ONG internationales. Matteo Salvini a d'ailleurs confirmé ce lundi que le navire humanitaire Lifeline, avec 234 migrants à bord, ne serait pas accueilli dans un port italien. "Voyons si l'Europe se rappelle si elle existe parce qu'il y a encore un bateau chargé de migrants dans les eaux maltaises qui attend d'être accueilli, et nous réaffirmons qu'il sera accueilli dans un port qui ne sera pas italien."

"Nous allons tout faire pour nous assurer que ce sont bien les autorités libyennes qui patrouillent dans les eaux libyennes, empêchant ainsi les ingérences des associations qui veulent prendre la place des gouvernements et, ce faisant, aident les criminels et les passeurs", a-t-il martelé.

Les autorités maritimes italiennes ont en effet cédé à la Libye la direction des opérations de secours au large de ses côtes. Aussi, ce dimanche, l'ONG espagnole Pro Activa s'est vue refuser l'aide de son navire pour aller secourir près d'un millier de migrants au large des côtes libyennes. 948 personnes ont été recueillies et dix corps repêchés ce dimanche.

Une démarche italienne qui s'inscrit dans la suite de l'Aquarius. Les gouvernements italien et maltais avaient en effet fermé leurs ports au navire humanitaire l'Aquarius tandis que le silence français sur le sujet avait été pointé du doigt.C'est finalement l'Espagne qui avait accueilli le navire.

L'Europe, la clé du problème?

Rome dénonce le règlement de Dublin qui confie au pays de première entrée dans l'UE la responsabilité des demandes d'asile. L'Italie, un des principaux points de passage vers l'UE a, à plusieurs reprises, fustigé le manque de solidarité des autres États membres et pousse le curseur sur la question de la relocalisation des migrants. Le ministre a également lancé un appel pour établir des "sanctions financières" envers les pays n'accueillant pas de réfugiés, comme Emmanuel Macron l'avait préconisé ce samedi.

Alors que la Commission européenne avait soumis l'idée de créer des camps de rétention dans les pays de départ des migrants, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, qui avait décidé d'accueillir l'Aquarius dans le port de Valence, a proposé avec son homologue français l'établissement de "centres fermés" sur les côtes européennes destinés à accueillir les migrants. Une proposition vivement critiquée par le ministre italien de l'Intérieur qui a qualifié d'"arrogance" la posture du chef d’État français.

"Nous avons besoin d'avoir une vision européenne. La gestion de la migration est un défi commun face auquel il faut agir avec une responsabilité commune"
Pedro Sacnchez
Premier ministre espagnol

"Des hotspots d'accueil en Italie? Ce serait un problème pour nous et pour la Libye elle-même parce que les flux de la mort ne s'interrompront pas", a réagi Matteo Salvini sur Twitter. "Les problèmes en Libye doivent être résolus en Libye et non dans les capitales européennes", a-t-il également affirmé.

Alors que les arrivées de migrants sont en recul depuis deux ans au sein de l'UE, une sortie de crise apparaît encore prématurée. Le parachèvement d'un consensus semble difficilement concevable face notamment à l'Italie et au groupe du Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie), qui défendent une ligne dure sur l'immigration.

La crise n'est pas seulement migratoire...elle est aussi politique. Le mini-sommet européen qui s'est tenu ce dimanche à Bruxelles s'est d'ailleurs achevé sans réelle avancée concrète pour résoudre la question de l'accueil des migrants. Une absence de consensus qui paralyse l'UE et a motivé Berlin et Paris à solliciter des accords à plusieurs pays.

"Nous sommes tous d'accord pour réduire la migration irrégulière, pour protéger nos frontières", avait affirmé la chancelière Angela Merkel à l'issue de cette rencontre. La responsable allemande avait appelé à la réunion de "ceux qui sont volontaires pour trouver un cadre commun d'action" en vue de forger des "accords bilatéraux ou trilatéraux dans l'intérêt mutuel." Emmanuel Macron a, quant à lui, appelé à "une solution européenne" en rejetant toutes"les stratégies de refoulement" des migrants.

Le sommet à 28 des 28 et 29 juin laissera une place importante au volet de la question migratoire et de l'accueil des migrants en Europe. Une rencontre qui devrait voir s'exprimer des visions divergentes et qui de l'aveu même d'Angela Merkel "n'apportera pas encore de solution globale au problème des migrations."

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