Merkel porte un coup au gazoduc russe Nord Stream 2

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Pas de gazoduc Nord Stream 2 sans un rôle pour Kiev dans le transit gazier. Voilà en substance le message que la chancelière allemande Angela Merkel a voulu faire passer à la Russie ce mardi.

La chancelière allemande Angela Merkel a mis un coup de canif inattendu ce mardi au projet de gazoduc sous-marin Nord Stream 2, stratégique pour Moscou. Elle réclame de pérenniser le rôle de l'Ukraine dans le transit du gaz russe vers l'Europe.

Ce à quoi Gazprom a répondu qu'il était prêt à maintenir le transit en Ukraine sous conditions: des volumes réduits et un contrat rentable. "Un certain transit (par l'Ukraine) peut être conservé, d'un volume de 10-15 milliards de mètres cubes par an, mais la partie ukrainienne doit justifier l'intérêt économique d'un nouveau contrat de transit", a déclaré dans un communiqué le patron de Gazprom Alexeï Miller.

L'annonce intervient dans un contexte de tensions croissantes entre la Russie et l'Occident, notamment en raison du conflit dans l'Est de l'Ukraine opposant séparatistes pro-russes et les forces du gouvernement pro-occidental à Kiev.

"Il y a aussi des facteurs politiques à prendre en considération."
Angela Merkel

Au sein de l'Union européenne, Pologne en tête, le projet de gazoduc Nord Stream 2 est très critiqué en raison de l'importance politico-économique qu'il revêt pour la Russie. Le tube contournerait en effet l'Ukraine, actuellement une terre de transit essentiel pour le gaz russe vendu à l'Europe. Berlin assurait jusqu'ici qu'il s'agissait d'une infrastructure purement "commerciale" et avait même levé fin mars les derniers obstacles à la construction de ce gazoduc reliant Russie et Allemagne via la mer Baltique, en complément de Nord Stream 1.

"Il y a aussi des facteurs politiques à prendre en considération", a finalement admis la chancelière lors d'une conférence de presse conjointe à Berlin avec le président ukrainien Petro Porochenko. "Un projet sans clarté sur le rôle de l'Ukraine dans le transit n'est pas possible", a-t-elle ajouté.

Il s'agit donc de garantir à Kiev la manne des droits de transit terrestre payés par Moscou à l'heure ou la Russie tente de l'en priver.
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Cette annonce inattendue laisse donc présager un nouveau contentieux avec Moscou, alors que les tensions russo-occidentales n'ont cessé de croître. Outre l'Ukraine, les deux camps s'opposent sur la guerre en Syrie et l'empoisonnement à Londres d'un ex-agent double.

La chancelière a concédé que le projet de gazoduc ne changeait rien à l'importante dépendance de l'Europe à l'égard du gaz russe. Il s'agit donc de garantir à Kiev la manne des droits de transit terrestre payés par Moscou à l'heure ou la Russie tente de l'en priver.

Blocus russe de l'Ukraine

Dans un entretien au quotidien allemand Handelsblatt, Porochenko avait accusé lundi la Russie de vouloir imposer un "blocus économique et énergétique" à l'Ukraine via ce tube sous-marin. "Le projet est sans fondement économique", assurait-il, estimant que Nord Stream 2 est un "projet politique financé par la Russie" et que la modernisation du réseau trans-ukrainien était possible à un moindre coût.

35%
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La consommation de gaz russe en Europe ne cesse de croître d'année en année, sa part de marché représentant en 2017 35% dans l'UE des 28.

Lancé en 2005 au temps de relations plus chaleureuses entre Berlin et Moscou, le projet Nord Stream avait pour objectif de mettre l'approvisionnement en gaz de l'Europe à l'abri des conflits gazier à répétition opposant Moscou et Kiev. Nord Stream 1 a été mis en service en 2011, et Nord Stream 2 est censé doubler la capacité à 55 milliards de m3 fin 2019.

Mais le chantier du deuxième gazoduc cristallise les tensions au sein de l'Union européenne, la Commission européenne et plusieurs pays d'Europe de l'Est souhaitant réduire leur dépendance via du géant russe Gazprom. La consommation de gaz russe en Europe ne cesse de croître d'année en année, sa part de marché représentant en 2017 35% dans l'UE des 28. En Allemagne, elle flirte avec les 60%.

Et la Russie cherche à renforcer cette dépendance. Le gazoduc TurkStream vise ainsi à renforcer les livraisons à la Turquie et à en faire un pays de transit vers le sud de l'Union européenne, toujours pour contourner l'Ukraine. Sa mise en service est prévue fin 2019 par Gazprom.

"Des guerres du gaz"

L'Ukraine et la Russie ont déjà connu plusieurs "guerres du gaz", dont certaines avaient perturbé les fournitures russes à plusieurs pays européens. Les tensions entre les deux pays se sont exacerbés début 2014 avec le renversement du président pro-russe Viktor Ianoukovitch par la rue ukrainienne, entraînant l'annexion russe de la Crimée et au conflit dans l'est du pays.

Durant leur conférence de presse, Merkel et Porochenko ont d'ailleurs une fois de plus dénoncé des violations répétées du cessez-le-feu dans l'est de l'Ukraine. Berlin et Paris sont médiateurs, mais les accords de paix de Minsk n'ont jamais débouché sur un arrêt durable des hostilités.

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