interview

Migration: la situation est-elle ingérable?

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Le patron de Fedasil revient sur l'arrivée en très grand nombre de migrants sur le sol belge ces dernières semaines. Comment la Belgique va-t-elle gérer cette situation difficile?

À la tête de Fedasil, l’administration fédérale en charge de la problématique de l’accueil des réfugiés, Jean-Pierre Luxen, a été surpris par l’afflux des demandeurs d’asile au cours des dernières semaines.

Le gouvernement fédéral vient de débloquer en urgence 2.700 places supplémentaires pour l’accueil des réfugiés. La situation était-elle devenue ingérable?

©Thomas De Boever

J’ai été surpris par cet afflux. Nous assurons pour le gouvernement un suivi hebdomadaire de la situation et depuis le mois de juin, les demandes ont fortement augmenté. En juillet, nous avons enregistré plus de 3.000 demandes d’accueil supplémentaires. C’est du jamais vu! Nous n’avions pas connu de tels chiffres pendant les précédentes crises d’accueil. Personne n’avait prévu cette augmentation. Avec les 2.700 places supplémentaires et les 2.070 places tampons, nous arrivons à une capacité d’accueil de près de 20.500 places en Belgique. Il fallait réagir.

→ Rien que pour la première semaine d'août, il y a eu 1.361 nouvelles demandes d'asile.
→ Plus de 4.000 demandes sont attendues pour l'ensemble du mois.
→ Le gouvernement veut mettre les entreprises à contribution dans l'accueil des réfugiés. Il cherche encore 10.000 nouvelles places endéans les quatre prochaines années.

Lisez notre article Les entreprises mises à contribution dans l'accueil des réfugiés

Cette situation ne serait peut-être pas arrivée si le gouvernement n’avait pas décidé de fermer précédemment plusieurs centaines de places?

"Nous avons enregistré plus de 3.000 demandes supplémentaires en juillet. C’est du jamais vu!"

Nous devons être un bon gestionnaire. Jusqu’à la fin 2014, le réseau d’accueil était sous-occupé. Sur les 16.500 places structurelles, seulement 70% d’entre elles étaient utilisées. Le taux d’occupation jusqu’au mois de mai était relativement bas. Il n’y a pas de raison de maintenir des places inoccupées. Toutes ces places représentent un coût pour les finances publiques. Le citoyen ne comprendrait pas qu’on maintienne toutes ces places, d’autant que cette baisse de la demande était observée depuis 2012. Il était donc logique d’adapter le réseau.

Cette sous-occupation est surprenante! Des pays comme la Grèce ou l’Italie sont débordés face à l’afflux de réfugiés. Pourquoi la Belgique a-t-elle échappé jusqu’ici à cette hausse des demandes d’asile?

Il y a un retard… Cela dépend des filières qui acheminent les réfugiés en Europe. Pour les filières, la Belgique n’est pas la priorité. Les gens vont prioritairement en Allemagne ou en Suède.

Pourquoi? L’aide belge est-elle moins généreuse?

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L’aide faite en Belgique est matérielle. Nous ne donnons pas d’argent. La recherche d’un logement peut aussi poser un problème pour les réfugiés en Belgique. Dès qu’un demandeur d’asile voit sa situation reconnue et acceptée, cette personne doit trouver seule un logement. Les prix sont plus élevés que dans les autres pays.

Ces 2.700 nouvelles places, est-ce suffisant?

Nous suivons la situation. Des nouvelles places d’accueil seront créées si c’est nécessaire.

Oui mais est-ce suffisant face aux drames en mer Méditerranée et l’afflux de migrants en Italie ou sur l’île de Kos?

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La Belgique est parmi les 4 premiers pays d’Europe en terme d’accueil de réfugiés par tête d’habitant. Nous ne savons pas si ces 20.500 places seront suffisantes mais nous ne pouvons pas nous permettre d’ouvrir des places qui seront vides. Il faut un bon équilibre. Le citoyen ne comprendrait pas qu’on ait 50.000 places dont 30.000 inoccupées.

Ne craigniez-vous pas qu’on arrive en Belgique à des situations dramatiques comme à Calais en France?

Ce qui se passe à Calais, cela n’arrivera jamais ici. La Belgique accueille tout le monde.

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Comment se passe l’accueil d’un demandeur d’asile dès son arrivée sur le sol belge?

"Tournai n’est pas une petite ville. Cette arrivée de 700 demandeurs d’asile représente 1 à 3% de la population."

Toute personne qui fait une demande d’asile en Belgique doit être hébergée, soignée et accompagnée socialement. C’est ce que nous faisons dans nos centres. Nous offrons une aide matérielle et non financière. Une fois la personne reconnue, elle est prise en charge par les communes via les CPAS.

Comprenez-vous l’opposition de la ville de Tournai face à l’arrivée de 700 réfugiés dans une caserne?

Il y a eu une concertation – pas une négociation – entre le secrétaire d’état à l’Asile et la Migration Théo Francken et le bourgmestre de Tournai. La décision a été prise par le gouvernement fédéral et le bourgmestre doit l’accepter. Il doit exécuter la décision. La caserne est un bien qui appartient à l’état. Tournai n’est pas une petite commune. Cette arrivée de près de 700 demandeurs d’asile représente à peine 1 à 3% de la population. Je pense que les autorités communales ont été surprises par l’annonce.

Derrière ce refus, ne faut-il pas voir un problème d’intégration des centres d’accueil dans les villes?

"Nous gérons 17 centres fédéraux. Il y a toujours des problèmes d’acceptation."

Nous gérons 17 centres fédéraux. Il y a toujours des problèmes d’acceptation au début mais les choses se passent généralement très bien. Il y a plus de problèmes quand on doit fermer un centre. J’ai dû fermer le centre d’accueil de Stoumont. La population locale a réagi négativement. Il ne faut pas perdre de vue qu’un centre crée de l’emploi. Les communes bénéficient des retombées économiques.

Il y a une mauvaise perception…

Il ne faut pas confondre le phénomène d’immigration et les demandes d’asile. Les populations qui s’adressent à la Belgique sont des demandeurs d’asile qui viennent de régions comme la Syrie. Nous devons les accueillir. Ce n’est pas de l’immigration. Ces personnes sont réellement en danger, ce ne sont pas des réfugiés économiques. La Belgique prend ses responsabilités. Le pays a aussi pris sa part au niveau du plan européen de répartition. Pour aider l’Italie et la Grèce, nous allons accepter 1.570 réfugiés sur 2 ans. Il est regrettable que des pays rechignent!

©REUTERS

 

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