portrait

Mister "Silicone", dernier obstacle à la relance économique de l'Europe

Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, champion des pays "frugaux", bloque depuis plusieurs mois l'adoption du budget 2021-2027 de l'UE et, depuis quelques semaines, le plan de relance économique de l'Europe.

"J'ai acheté une petite pomme pour passer la nuit. Et la biographie de Frédéric Chopin. Je vais lire un peu. Que faire d'autre?" C'est sur ces paroles que le Premier ministre néerlandais Mark Rutte avait entamé, en février, le dernier sommet "physique" entre les dirigeants des 27 pays de l'Union européenne consacré à la négociation d'un budget plus de 1.000 milliards d'euros. La messe était dite. Le Batave bloquerait l'adoption d'un budget ambitieux pour l'Europe réclamé par le Parlement, la Commission et la grande majorité des États européens. Vendredi prochain, il sera l'homme à convaincre lors d'un nouveau sommet sur l'adoption du plan de relance économique suite à la crise du covid-19 et du budget à long terme.

CV

  • Né le 14 février 1967 à La Haye dans une famille protestante, Mark Rutte est diplômé en histoire de l'Université de Leyde et en management de l'IMD Business School de Lausanne.
  • Cadre d'entreprise, il est engagé chez Uniler en 1992, où il devient directeur des ressources humaines.
  • Secrétaire d'Etat chargé de l'Emploi en 2002.
  • Président du Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD) en 2006.
  • Premier ministre des Pays-Bas en octobre 2010.

Mark Rutte, un libéral de 53 ans, jouit d'une longévité exceptionnelle à la tête des Pays-Bas avec un programme centré sur la réduction du déficit budgétaire, de la fiscalité et des flux migratoires. En poste depuis 2010, il a ramené les libéraux au pouvoir après 92 ans de purgatoire. Surnommé "mister Silicone", pour sa solidité à toute épreuve alliée à une élasticité certaine, il a survécu à plusieurs coalitions politiques avec la droite radicale, la gauche centriste et même une alliance tacite avec l'extrême droite.

Lors de la crise de la dette en 2010, il s'était érigé en champion du "Grexit". Sans surprise, lors que surviennent la crise du coronavirus et le spectre d'une récession, il s'oppose à la mutualisation de la dette avec les pays frappés par la crise, surfant sur une fracture entre les États du nord de l'Europe, vus comme de "bons gestionnaires" et ceux du sud, accusés de dilapider l'argent. Une image d'Epinal, dévastatrice pour l'Europe, qui lui rapporte grande popularité auprès des électeurs des Pays-Bas, mais ronge l'Union européenne comme un cancer.

Mark Rutte a pour modèles politiques Margareth Thatcher, Winston Churchill, Ronald Reagan et Bill Clinton. Une galerie éclectique symbolisant sa capacité de changer de décision. Ainsi, en 2009, il prônait une dépénalisation du négationnisme. Peu après, il s'excusait auprès des Juifs pour leur persécution aux Pays-Bas.

Excellent communicateur

Mark Rutte soigne sa communication politique. Son style ouvert, à la fois élégant et décontracté, s’allie à un art de cultiver le mystère sur sa vie privée. Ses prises de position, tantôt radicales quand il s’agit de migration, tantôt progressistes sur les thèmes écologistes, lui assurent une large assise politique.

Le champion des "frugaux"

Figure de proue des quatre "frugaux" (Pays-Bas, Suède, Danemark, Autriche), Mark Rutte n'a eu de cesse lors de la pandémie de coronavirus d'incarner la réticence des pays les plus riches de l'Europe à soutenir les Etats les plus touchés par la crise, fût-elle économique ou sanitaire. Une posture pratique pour l'Allemagne, un allié discret des frugaux, qui a profité jusqu'ici de leur combat pour éviter de s'exposer elle-même sur cette thématique et ternir son blason pro-européen.

Toutefois, depuis quelques semaines, le vent a tourné. La chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays occupe la présidence de l'UE durant les six prochains mois, s'est rapprochée du président français Emmanuel Macron autour du plan de relance économique de 750 milliards d'euros. Il devient de plus en plus difficile, pour le Premier ministre néerlandais, de tenir tête au moteur franco-allemand et de s'opposer à la politique européenne d'Emmanuel Macron.

Chantre de la défiscalisation

Ancien directeur des ressources humaines chez Unilever, Mark Rutte est un chantre de la défiscalisation. Au début de son mandat, il souhaitait supprimer l'impôt sur les dividendes, sans quoi, disait-il, son pays "finirait comme la Belgique", vidé de ses grandes entreprises. Il finit par y renoncer.

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