analyse

Mutti lance l'après Merkel

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Après plus de 18 ans de "règne", la chancelière allemande se résout, à contre-coeur, à quitter la présidence de son parti. Un premier pas avant son départ de la Chancellerie fédérale?

Elle a longtemps refusé de voir les nuages s’amonceler au-dessus de sa tête. Balayée par la tempête, elle faisait semblant de ne pas remarquer les voies d’eau qui mettaient en péril son avenir. La vague scélérate venue de Hesse qui l’a frappée ce dimanche en pleine face l’a finalement contrainte à mettre un genou à terre. Angela Merkel a annoncé, ce lundi, qu’elle ne se représentera pas en décembre à la présidence de la CDU, un parti qu’elle dirige d’une main de fer depuis plus de 18 ans. "Il est temps d’ouvrir un nouveau chapitre, a reconnu la Chancelière dans une conférence de presse. L’image que donne le gouvernement fédéral est inacceptable." Il n’est toutefois pas évident que cette faute avouée soit à moitié pardonnée.

"Il est temps d’ouvrir un nouveau chapitre. L’image que donne le gouvernement fédéral est inacceptable."
Angela Merkel
chancelière allemande

Les électeurs allemands rejettent en effet en masse depuis quelques mois les deux grands partis traditionnels qui gouvernent le pays sans discontinué depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Lors des élections régionales en Hesse qui se sont tenues dimanche, la CDU a recueilli à peine 27% des voix, contre 38,3% en 2013. Le SPD a, lui, reculé de 10,9% avec 19,8% des bulletins en sa faveur. Deux semaines plus tôt, les sociaux-démocrates avaient subi une claque encore plus brutale en devenant le… cinquième parti du Land le plus riche du pays avec 9,7% des voix contre 20,6% quatre ans plus tôt. Les conservateurs bavarois de la CSU, alliés traditionnels de la CDU, ont, pour leur part, perdu 10,5 points depuis 2013 en rassemblant 37,2% des bulletins de vote.

Face à cette déroute, Angela Merkel a accepté de prendre ses responsabilités en annonçant sa décision de ne pas rester à la présidence de l’Union démocrate-chrétienne. La Chancelière a également confirmé, ce lundi, qu’elle se retirerait définitivement de la vie politique à la fin de son mandat de cheffe de gouvernement qui doit se terminer en 2021.

La plupart des analystes en Allemagne imaginent toutefois mal Angela Merkel piloter le pays pendant plus de deux ans. La semaine dernière, elle affirmait à qui voulait l’entendre que le vote en Hesse n’aurait aucune incidence sur son avenir politique. On sait aujourd’hui qu’il n’en a rien été… Un navire qui prend l’eau de toute part a toujours du mal à rester à flot durant plusieurs années.

Angela Merkel en quelques dates
  • 10 avril 2000: Angela Merkel est élue pour succéder à Wolfgang Schäuble à la présidence de la CDU avec près de 96% des voix. A 45 ans, la fille de pasteur, qui était surnommée la "gamine" par le Chancelier Helmut Kohl, commence alors, sans le savoir, un règne de presque 19 ans qui va se terminer au mois de décembre prochain.
  • 2 novembre 2005: plus jeune cheffe du gouvernement fédéral à tout juste 51 ans, première femme à diriger l’Allemagne et premier dirigeant d’une nation occidentale originaire de l’ancien bloc communiste. L’élection d’Angela Merkel à la Chancellerie est historique à plus d’un titre. Au lendemain de sa victoire, la plupart des Allemands ne pensaient pas qu’elle accomplirait les quatre années de sa législature.
  • 22 septembre 2013: avec 41,5% des suffrages lors des élections législatives, la CDU/CSU affiche son meilleur score depuis 1994. Angela Merkel est au faite de son pouvoir mais son gouvernement sortant n’est pas reconduit en raison du score exécrable des Libéraux du FDP qui n’obtiennent aucun élu au Bundestag. La Chancelière devra s’allier avec le SPD. Le début de la fin s’annonce…
  • 31 août 2015: "Wir schaffen das!" (" Nous y arriverons!"): en prononçant ces quelques mots au sujet de l’intégration des centaines de milliers de demandeurs d’asile qui arriveront cette année-là en Allemagne durant la crise migratoire en Europe, la Chancelière souhaitait mettre en avant la "culture de l’accueil" ("willkommenskultur") de son pays. Beaucoup d’électeurs lui reprochent aujourd’hui encore cette décision.
  • 24 septembre 2017: en s’assurant un quatrième mandat consécutif, la Chancelière remporte une victoire douce-amère en rassemblant à peine 33% des voix. L’excellent résultat du parti d’extrême-droite AfD (12,6%) confirme les tensions qui existent en Allemagne notamment autour de la question migratoire. Affaiblie, Angela Merkel devra négocier près de 6 mois avec le SPD pour former une coalition gouvernementale.

©Kay Nietfeld/dpa

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