Neuf morts dans des fusillades en Allemagne: la piste de l'extrême droite examinée

La première attaque a visé un bar à chicha du centre-ville de Hanau, le Midnight.

Deux fusillades visant des bars à chicha ont fait neuf morts et plusieurs blessés graves à Hanau, près de Francfort. Le parquet anti-terroriste allemand vient de reprendre l'enquête. Le suspect aurait laissé des aveux faisant part d'idées d'extrême droite.

L'Allemagne est sur les dents. Deux fusillades meurtrières ont éclaté mercredi soir à Hanau, une ville industrielle de près de 100.000 habitants située dans le Land de Hesse.

La première a visé un bar à chicha du centre-ville, le Midnight. Des témoins, cités par des médias locaux, ont rapporté avoir entendu une dizaine de coups de feu. L'auteur présumé a ensuite quitté en voiture ce premier lieu en direction de la Kurt-Schumacher Platz, dans le quartier de Kesselstadt. Une seconde fusillade s'est alors produite, qui a fait "au moins cinq blessés graves", d'après le bilan initial des autorités. Selon les médias locaux, trois personnes ont été tuées devant le premier bar à chicha et cinq devant le deuxième

La piste de l'extrême droite

La personne soupçonnée d'être l'auteur de la tuerie a été retrouvée morte quelques heures plus tard, aux côtés d'un autre corps non identifié. Les enquêteurs ont également retrouvé sa voiture qui contenait des munitions et chargeurs, a précisé la presse locale, ajoutant que le suspect était muni d'un permis de chasse et serait allemand. 

Mais surtout, le parquet fédéral allemand, qui s'est saisi de l'enquête, a fait savoir qu'il disposait "d'éléments à l'appui d'une motivation xénophobe". Selon des sources proches de l'enquête, une lettre d'aveux et une vidéo ont été retrouvées.

D'après Peter Neumann, spécialiste du terrorisme au King's College de Londres, il s'agit d'un "manifeste de 24 pages" témoignant d'une "haine des étrangers et des non-blancs". "Il appelle à l'extermination de plusieurs pays en Afrique du Nord, au Proche-Orient et en Asie centrale" en usant "de termes explicitement eugénistes, affirmant que la science prouve que certaines races sont supérieures", développe M. Neumann sur Twitter. 

Par ailleurs, l'auteur présumé dit avoir été "surveillé toute sa vie par les services secrets" et se décrit comme un "incel", un "célibataire involontaire", "confessant n'avoir jamais eu de relation avec une femme", poursuit M. Neumann.

Les autorités allemandes inquiètes

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Le nombre de personnes décédées lors des fusillades
Un tireur a abattu neuf personnes dans deux bars à Hanau

La menace d'un terrorisme d'extrême droite inquiète de plus en plus les autorités allemandes, depuis notamment le meurtre d'un élu allemand pro-migrants, membre du parti de la chancelière Angela Merkel, en juin dernier.

Vendredi dernier, 12 membres d'un groupuscule d'extrême droite ont été arrêtés dans le cadre d'une vaste enquête antiterroriste. Ils sont soupçonnés d'avoir planifié des attaques de grande ampleur contre des mosquées sur le modèle de l'auteur de l'attaque de Christchurch en Nouvelle-Zélande, qui, en mars 2019, avait tué 51 personnes dans deux mosquées en se filmant en direct. Ils ont été placés en détention.

Merkel dénonce le "poison" du racisme

Les dirigeants européens ont dénoncé cette attaque. La chancelière allemande Angela Merkel a fustigé le "poison" du racisme en Allemagne, liant cet acte à d'autres attentats d'extrême droite commis dans le pays. "Le racisme est un poison, la haine est un poison. Et ce poison existe dans notre société, depuis les actes de la NSU jusqu'au meurtre de Walter Lübcke et aux assassinats de Halle", a déclaré la chancelière, évoquant respectivement la série de meurtres et d'attentats d'un trio néo-nazi dans les années 2000, le meurtre en juin dernier d'un élu pro-migrants, puis l'attaque visant une synagogue qui a fait deux morts en octobre.

Le président français Emmanuel Macron a exprimé quant à lui son "immense tristesse" et son "plein soutien à l'Allemagne face à cette attaque tragique". "Nos pensées vont aux victimes et aux familles en deuil. Je suis aux côtés de la Chancelière Merkel dans ce combat pour nos valeurs et la protection de nos démocraties", a affirmé le chef de l'État français dans un message publié sur Twitter.

La présidente de la Commission européenne et ex-ministre allemande Ursula von der Leyen s'est dite "profondément choquée". Le président du Conseil européen et ancien Premier ministre belge, Charles Michel, a qualifié de l’attaque "tragédie" et déploré une "perte insensée de vies humaines". Le président du Parlement européen, l'Italien David Sassoli, s'est aussi déclaré "choqué et très attristé". "Nous sommes unis contre toute forme de haine et de violence", a-t-il écrit sur Twitter.

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