"Nos amis britanniques doivent nous dire ce qu'ils veulent" (Juncker)

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Les dirigeants européens ont apporté jeudi soir des assurances à la Première ministre britannique Theresa May sur l'application du "filet de sécurité" concernant la frontière irlandaise. Ils ont réclamé des clarification au Royaume-Uni et répété qu'ils n'y a aucune renégociation de l'accord du Brexit.

Les Vingt-sept, réunis jeudi soir lors d'un diner, ont apporté des assurances complémentaires au Royaume-Uni sur l'application temporaire d'un filet de sécurité ("backstop") concernant la frontière irlandaise. Un message visant à aider la Première ministre britannique Theresa May, en difficulté dans son propre parti. En même temps, les dirigeants européens ont réaffirmé leur volonté de ne pas rouvrir les négociations du Brexit.

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La rencontre a pris fin peu avant minuit. Theresa May avait quitté le sommet quelques heures plus tôt, le visage fermé, sans faire la moindre déclaration.

Le conclusions du sommet insistent sur le caractère temporaire de la mesure.

"Si le filet de sécurité devait entrer en vigueur, l'UE négocierait rapidement avec le Royaume-Uni un large accord commercial qui le remplacerait", a dit le président du Conseil Donald Tusk peu après la fin du diner, ajoutant que le filet de sécurité n'était "qu'une assurance".

Pour rappel, le filet de sécurité vise à maintenir une union douanière entre l'UE et le Royaume-Uni au cas où les deux parties ne parvenaient pas à conclure un accord commercial d'ici le 31 décembre 2020. Il s'agit d'une assurance pour éviter une nouvelle frontière qui diviserait l'Irlande.

Juncker veut des clarifications

"Il n'y aura pas de renégociation du Brexit", a martelé une nouvelle fois le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, réclamant "des clarifications affirmées" au Royaume-Uni. "Nos amis britanniques doivent nous dire ce qu'ils veulent au lieu de nous faire dire ce que nous voulons", a-t-il dit. Le Luxembourgeois a également averti que l'UE "allait intensifier les préparatifs en vue d'un no deal".

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Theresa May a pris la parole en fin d'après-midi. Rescapée du vote de défiance orchestré mercredi par son propre parti, elle a tenté de convaincre les Vingt-Sept de lui laisser des marges de manœuvre. Le parlement britannique doit voter "entre le 7 et le 21 janvier" l'accord de retrait du Royaume-Uni de l'UE. S'il ne ratifie pas l'accord, ce sera le "Brexit dur" le 29 mars prochain.

La Première ministre risque sa survie politique. Le rejet de l'accord sur le Brexit au sein de son parlement est fort, tant par l'opposition que par le camp des Conservateurs. De nombreux observateurs saluent la résistance inattendue de Theresa face à la fronde de son parti. Lundi soir, elle avait reporté en dernière minute le vote sur l'accord du Brexit, craignant un rejet.

"Je ne m'attends pas à une percée immédiate', a dit Theresa May à son arrivée au sommet, "ce que j'espère, c'est que nous pourrons commencer à travailler aussi rapidement que possible sur les assurances nécessaires".

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"Je vais écouter ce que Theresa May va dire aujourd'hui, mais la négociation est maintenant terminée", a affirmé le Premier ministre belge Charles Michel.

"On peut avoir une discussion politique sur l'accord, mais on ne rouvre pas les négociations", a confié le président du Parlement européen, Antonio Tajani

Le message des Vingt-sept sera-t-il suffisant pour convaincre la chambre britannique? Mercredi, un tiers des députés conservateurs ont voté contre Theresa May. Le ralliement d'une majorité suffisante d'élus à l'accord du Brexit est loin d'être gagné. L'imminence d'une sortie désordonné du Royaume-Uni de l'UE pourrait engendrer un chaos aux frontières et une incertitude pesant sur les marchés.

Le Brexit "met potentiellement 70.000 emplois en danger" en Belgique en cas d'absence d'accord, a ajouté Charles Michel, "nous sommes maintenant deux, trois ans plus tard et la situation est très compliquée. Je ne veux pas cela pour la Belgique".

Russie, migration, zone euro

Le Brexit n'était pas le seul point à l'ordre du jour. Le Conseil européen a reconduit jeudi les sanctions décidées contre la Russie après l'annexion de la Crimée. "L'UE prolonge à l'unanimité les sanctions économiques à l'encontre de la Russie vu l'absence de progrès dans la mise en œuvre des accords de Minsk", écrit Donald Tusk sur Twitter. Il s'agit de la huitième prolongation des sanctions décidées en mars 2014.

L'escalade militaire menée par la Russie en mer d'Azov ne plait pas aux dirigeants européens, qui demandent à Moscou "la libération immédiate de tous les marins ukrainiens détenus, ainsi que la restitution des navires saisis et le libre passage de tous les navires dans le détroit de Kertch". Mais l'UE s'est abstenue de décider de nouvelles sanctions, des divisions subsistant sur ce point au sein du Conseil européen.

Les Vingt-sept aborderont aussi, lors de ce sommet, la question migratoire, qui provoque une division profonde entre eux. Les pays hostiles aux migrants (pays de l'Est, Autriche, Italie) bloquent depuis juin tout progrès substantiel en la matière. 

Le sommet de l'Eurogroupe se penchera vendredi à midi sur la réforme de la zone euro. Ils devraient entériner l'accord sur la "mini-réforme" conclu le 4 décembre dernier par leurs grands argentiers. Une réforme faisant l'impasse sur un véritable budget européen souhaité par le président Macron. 

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