analyse

Notre-Dame, état des lieux d'un fameux casse-tête

©REUTERS

Fameux défi que celui lancé par le président français de reconstruire Notre-Dame en 5 ans. Pas sûr que la France compte les ouvriers qualifiés en nombre suffisant ni les matériaux. Et puis, il y a toutes ces questions qui demandent de choisir entre émotion, art, modernité et sécurité...

Il faut s'activer pour reconstruire Notre-Dame, en partie détruite par le feu lundi soir. Un plan se met en déjà marche et les dons affluent. Le président français Emmanuel Macron veut que la cathédrale soit rebâtie "d'ici cinq ans" mais un tel délai semble bien court au vu des opérations à réaliser avant même de poser la première poutre de la nouvelle charpente.

Notre-Dame de Paris en feu

Une année pour que l'édifice sèche

L'incendie, qui serait parti des combles, s'est propagé à l'ensemble de la charpente. Celle-ci, construite entre 1220 et 1250 et longue d'une bonne centaine de mètres - 21 hectares de chênes avaient été consommés à l'époque -, a été totalement détruite. Avant d'attaquer ce chantier-là, il va falloir sécuriser, puis déblayer. Notamment enlever le plomb qui a fondu et s’est insinué partout. En effet, la charpente de bois était surmontée d’un toit en plomb de 210 tonnes. Pas mal de soudures, ainsi que le sertissage des vitraux, étaient aussi en plomb, un matériau qui entre en fusion à 327,5 degrés, alors que la température est montée bien plus haut lors de l'incendie.

©REUTERS

Une toiture provisoire devra être installée pour ne pas que la pluie aggrave les dégâts. Il faudra attendre que l'édifice arrosé pendant 48 heures sèche. Cela devrait prendre près d'un an! Difficile actuellement de savoir ce qui tient encore sous les poutres consumées.  Des études devront analyser l'impact du choc thermique (plus de 900 degrés, or les pierres de calcaire se transforme en chaux sous l'effet de la chaleur) et de l'humidité sur la solidité des pierres et du mortier. À faire aussi, monter les échafaudages. Et lancer les marchés, sélectionner les entreprises...

Pas mal de questions restent en suspens:

  • Faut-il reconstruire la nef? À l'identique? Dans quel matériau? 
  • Et justement, faut-il utiliser, pour le reste de l'édifice, les mêmes matériaux qu'à l'époque d'origine, pierres en calcaire lutétien extrait sous la ville et bois de chêne? Des matières premières plus rares aujourd'hui qu'au XIIe siècle.
  • Et si l'on reconstruisait le toit en acier plutôt qu'en bois? 
  • Faut-il moderniser les lieux pour en améliorer la sécurité ou respecter les plans d'origine?

Un "Monsieur reconstruction" a été désigné, déjà. Un concours international d'architectes, un soutien fiscal aux dons et un projet de loi pour une souscription nationale ont aussi été annoncés par le Premier ministre Édouard Philippe. 

Le célèbre plasticien belge, Wim Delvoye prendra part à ce concours, a déjà annoncé le Premier ministre. 

L'artiste se qualifie lui-même de "Viollet-Le-Duc des temps modernes" en raison notamment de ses réinterprétations de l'art gothique au travers de sa série des Gothic Works.  "Mes camions, bétonneuses, grues et tours grandeur nature sont une ode à l'art gothique médiéval tel que l'on peut le voir à Notre-Dame de Paris ou à la cathédrale de Cologne. Grâce à l'utilisation de techniques industrielles modernes comme l'impression en 3D et le découpage au laser, j'ai pu développer une nouvelle forme d'architecture contemporaine. Sur base de ma longue immersion dans l'architecture gothique, je me sens appelé à participer à la reconstruction de ce monument", explique Wim Delvoye dans un communiqué.  Les tours gothiques de l'artiste belge ont notamment été exposées au Musée Rodin en 2010 ainsi qu'au Louvre en 2012.

Une main-d'oeuvre rare

Et aussi, le gouvernement annonce un "plan formation" pour répondre au défi de la main-d'oeuvre, qui risque d'être le principal nerf de la guerre. Selon le secrétaire général des Compagnons du devoir, Jean-Claude Bellanger, il y a un risque de pénurie de main-d'oeuvre pour ce gigantesque chantier. Il manque déjà, selon lui, une centaine de tailleurs de pierre, 200 couvreurs et 150 charpentiers. En outre, la reconstruction de Notre-Dame risque d'accaparer les ouvriers actuels retardant d'autant la restauration d'autres monuments. Et n'oublions pas que la France est engagée dans deux autres gigantesques chantiers: celui du Grand Paris Express et celui des infrastructures pour les Jeux olympiques de 2024.

Quels profils sont recherchés pour participer aux travaux? Couvreurs, charpentiers, tailleurs de pierre, ébénistes, menuisiers, vitraillistes, facteurs d’orgue, maçons, peintres décorateurs...

En attendant que tout cela se mette en place et que le chantier aboutisse, une cathédrale de bois "éphémère" sera élevée sur le parvis de Notre-Dame. Elle devrait y rester tout le temps des travaux de reconstruction.

Il ne faut pas qu'on dise 'la cathédrale est fermée pendant 5 ans et c'est fini'. Donc je me suis dit: 'est ce que sur le parvis, je ne peux pas construire une cathédrale éphémère?'
Monseigneur Patrick Chauvet
Le recteur de Notre-Dame

Selon Monseigneur Patrick Chauvet, recteur de la cathédrale, l'installation de cette Notre-Dame ad interim aura lieu "rapidement". Dès qu'"on pourra avoir accès" au parvis, encore fermé. La maire de Paris Anne Hidalgo a encouragé le projet, a-t-il ajouté, et accepté de prêter "une partie du parvis" pour la construction de cette église "en bois". Ce "lieu d'accueil où il y aura des prêtres pour pouvoir parler" servira aussi à accueillir les "curieux" et les cohortes de touristes qui visitaient chaque année Notre-Dame. 

12 millions
de visiteurs
12 millions de touristes avaient visité Notre-Dame de Paris en 2017.

Lundi soir, la cathédrale en feu... ©AFP

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