interview

"Nous suivrons nos engagements électoraux à la lettre"

George Stathakis, ministre grec de l'Economie. ©Bloomberg

Interview d’un membre de l’aile modérée du parti au regard résolument proeuropéen, Giorgos Stathakis.

Professeur d’économie à l’Université de Crète et membre historique de la gauche grecque et du Syriza, Giorgos Stathakis est désormais ministre de l’Économie, des Infrastructures, de la Marine marchande et du Tourisme du gouvernement Tsipras.

Avez-vous fait plus de concessions que vous ne l’auriez voulu pour arriver à un premier accord avec l’UE?
Dès notre arrivée au pouvoir, nous avons dû faire face à un vrai champ de mines mis en place par les puissances les plus conservatrices au sein de l’UE avec l’aide du gouvernement sortant de M. Samaras.

"Nous avons la volonté commune de tourner une page pour les citoyens et le pays."

"Le changement de direction que nous mettons en place est nécessaire pour toute la famille européenne."

"Nous nous apprêtons à présenter au parlement un projet de loi interdisant la saisie et la vente aux enchères du premier domicile des particuliers."

"Les gouvernements espagnol et portugais se battent pour leur survie qui, d’ailleurs, semble de plus en plus improbable…"

Nous avions devant nous des échéances suffocantes, ainsi qu’un vrai problème de liquidité. On a néanmoins réussi à trouver un compromis pour gagner du temps et de l’espace. S’il y a eu des voix pour critiquer cet accord au sein du parti, comme dans le reste de l’Europe, n’oubliez pas que selon les enquêtes d’opinions le soutien à notre gouvernement reste très élevé (entre 65% et 78% selon les sondages, ndlr) et que 73% de la population approuve cet accord.

Quelle est l’importance réelle des dissensions à l’intérieur du parti concernant les concessions faites pour arriver à cet accord? Existe-t-il un danger pour la stabilité du gouvernement?
Exprimer sa différence à haute voix est un élément essentiel de la culture politique du Syriza qui est, ne l’oublions pas, une coalition. Nous avons toujours su, au final, trouver des points communs pour aller de l’avant. C’est d’ailleurs pourquoi le peuple grec nous a choisis. Nous nous trouvons aujourd’hui devant des challenges nouveaux, et il est tout à fait normal et sain que des dissensions existent. Nous avons la volonté commune de tourner une page pour les citoyens et le pays. On a aussi un programme, des positions, ainsi qu’une longue expérience du compromis. Nous serons efficaces.

Quels sont les plus grands défis auxquels le gouvernement devra désormais faire face. Qu’est qui vous inquiète le plus?
Le gouvernement doit faire face à des défis de propensions historiques, tant pour le futur de la Grèce que pour le futur de l’Europe. La crise ne concerne pas juste la Grèce. Le changement de direction nécessaire que nous mettons en place est nécessaire pour toute la famille européenne.

Les défis immédiats auxquels nous devons faire face concernent les réformes à réaliser: la mise en place d’un système fiscal digne de ce nom, la lutte contre la corruption et la mise en place d’une administration publique qui fonctionne. Tout cela se fera. Pas parce que les Européens nous le demandent, mais car tout cela fait partie de nos engagements électoraux auprès du peuple grec. Faire face à la crise humanitaire et recréer le tissu social détruit par la crise. À chaque pas que nous ferons dans cette direction, la société grecque sera avec nous et on gagnera en même temps la confiance de nos partenaires européens. Les citoyens de la zone euro doivent de nouveau croire que le changement est possible à travers la politique.

Comment comprenez-vous la position des gouvernements portugais et espagnol, qui sont soudainement apparus comme les adversaires les plus virulents du gouvernement grec?
Cela ne devrait surprendre personne. En tout cas, en ce qui nous concerne, nous sommes tout à fait conscients des enjeux de politique interne qui définissent très souvent l’attitude des gouvernements lors de réunions internationales. Toute réussite de notre gouvernement renforce leurs adversaires politiques nationaux, d’où leur réaction. Ces deux gouvernements se battent pour leur survie qui, d’ailleurs, semble de plus en plus improbable…

La montée du Podemos en Espagne peut-elle aider la Grèce et votre gouvernement? Que signifierait pour la Grèce et pour l’Europe si le parti de Pablo Iglesias arrivait au pouvoir?
Un changement de gouvernement dans un pays de la taille et de l’importance historique de l’Espagne va produira toute une série de changements radicaux dans les rapports de force existants au sein de la zone euro. Cela ne doit cependant pas résulter en un front ouvert entre le Sud et le Nord. Ce genre de confrontation n’aidera personne. Le but, c’est de trouver des solutions mutuellement bénéfiques pour que les pays de la zone euro retournent tous, et de manière permanente, dans une dynamique de croissance qui soit aussi porteuse de justice sociale. Il y a des forces qui se battent pour arriver à ce résultat dans tous les pays d’Europe.

Votre gouvernement peut-il aider le Podemos dans la bataille électorale qui se profile en Espagne? (Des élections générales doivent avoir lieu en Espagne au plus tard jusqu’au 20 décembre 2015, ndlr)
Oui, en tenant nos engagements. Chaque fois qu’on met en place un élément de notre programme électoral, les citoyens grecs et européens comprennent qu’il est encore possible de gouverner pour le bien commun. Cela aidera tous nos alliés politiques à travers l’Europe qui, comme nous, s’opposent à l’austérité et souhaitent mettre en place des politiques similaires aux nôtres.

En ce qui concerne le Podemos, nous nous apprêtons à présenter au parlement un projet de loi interdisant la saisie et la vente aux enchères du premier domicile des particuliers. C’est un élément phare de notre programme comme du leur. Tous ceux qui se battent pour que les maisons des familles endettées ne finissent pas dans les mains des banquiers se trouveront renforcés en voyant que cela est effectivement possible…

Le plan "d’aide humanitaire" qui était le premier axe de votre programme électoral a été inclus quasiment intact dans le texte des réformes envoyées aux Européens…
Absolument, et le projet de loi qui en découle est déjà en train d’être discuté au Parlement. Ce texte va souder la majorité des Grecs autour du gouvernement et du Syriza. Nous avons clairement dit à plusieurs reprises que nous suivrons nos engagements électoraux à la lettre. Ce texte de loi va dans ce sens. Son application sera une bouffée d’oxygène pour des centaines de milliers de Grecs et aidera à nous crédibiliser encore plus auprès de la population. Tant que nous continuons de matérialiser notre programme des parties de plus en plus large de la société grecque se rallient à nous et à notre effort.

Au final, quelle est l’utilité de l’accord passé avec l’Eurogroupe le 20 Février? Comment va-t-il vous aider à remettre sur pied l’économie grecque?
Malheureusement, depuis des décennies la Grèce a pris un retard considérable dans plusieurs domaines. L’accord de l’Eurogroupe nous donne le temps nécessaire pour commencer un travail de reconstruction. Nous devons non seulement réparer les dégâts des politiques menées depuis 2010, mais aussi nous attaquer aux racines des problèmes du pays qui sont en place depuis de nombreuses décennies et qui ont mené le pays dans la crise.

"Nous sommes déterminés à réussir et on réussira."
Giorgos Stathakis

Par son vote du 25 Janvier, le peuple grec a mis fin à une époque de politiques qui, par leur application, détruisent les acquis sociaux, réduisent le PIB et font baisser le niveau vie de la population. µCe n’est pas simple et on n’y arrivera pas tout de suite. Mais nous sommes déterminés à réussir... et on réussira.

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