Nouveau test pour les relations entre la Suisse et l’Europe

Le canton de Genève compte parmi les plus attachés à la libre circulation des personnes. ©REUTERS

Les Suisses doivent s’exprimer sur une initiative de l’UDC qui entend résilier l’accord avec l’UE sur la libre circulation des personnes.

Ce dimanche, les Suisses sont appelés à s’exprimer dans les urnes sur une série d’initiatives populaires (appelées communément «votations»), dont une retient particulièrement l’attention des Européens. Il s’agit d’un texte déposé par l’UDC (Union démocratique du centre), le parti de la droite conservatrice et nationaliste qui, sous l’appellation «pour une immigration modérée», vise à résilier l’accord bilatéral conclu avec l’Europe en 1999 et qui règle la libre circulation des personnes entre l’Union et la Confédération.

Ce n’est pas la première fois que l’UDC tente de faire passer un texte de cette nature. En 2014, l’initiative dite «contre l’immigration de masse» avait obtenu une très courte majorité et il avait fallu beaucoup de pédagogie de la part des instances fédérales pour rassurer l’Union européenne.

Clause "guillotine"

Ici aussi, l’Europe a déjà mis en garde : si ce texte devait passer, cela mettrait à mal tous les acquis engrangés jusqu’ici. C’est ce qu’on appelle la clause «guillotine» : si un des sept accords bilatéraux est dénoncé, tous les autres deviennent caducs.

Si un des sept accords bilatéraux est dénoncé, tous les autres deviennent caducs.

Le timing de cette initiative populaire n’est pas anodin. Après des années de négociations, un projet d’accord institutionnel entre l’UE et la Suisse est sur la table depuis novembre 2018. Cet accord, qui vise à englober et simplifier tous les traités bilatéraux engrangés au fil du temps, n’est pas finalisé. Les Suisses souhaitent encore obtenir des «clarifications» dans deux domaines: les aides d’État et… la libre circulation des personnes justement.

Sur ce dernier point, les négociateurs suisses, poussés dans le dos par la droite nationaliste mais aussi par les syndicats, veulent obtenir des garanties contre toute forme de dumping social ou salarial. Le droit suisse prévoit en effet des protections très étendues pour les travailleurs. Les syndicats ont cependant fait campagne contre l’initiative de l’UDC, estimant que la Suisse avait plus à perdre qu’à gagner à renoncer à la libre circulation.

55
%
Le non à l'initiative de l'UDC est donné gagnant dans une fourchette de 55 à 60%.

L’initiative de l’UDC n’a du reste que peu de chances de récolter une majorité. Le non est donné gagnant dans une fourchette de 55 à 60% dans les sondages. La Suisse romande est plus favorable au rejet du texte de l’UDC que les cantons alémaniques, traditionnellement plus conservateurs. Le vote du Tessin demeure incertain. Le canton italophone est en effet confronté à une grosse pression de la Lombardie voisine sur son marché du travail. La prudence s’impose donc si on veut éviter une réédition de la déconvenue de 2014.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés