Nouvel empoisonnement au Novitchok, quatre mois après l'affaire Skripal

L'agent innervant a été identifié par le centre de recherche militaire de Porton Down comme étant le Novitchok ©AFP

Un couple britannique a été hospitalisé après avoir été exposé à l'agent innervant Novitchok. Un poison déjà utilisé pour l'empoisonnement de Sergueï Skripal et de sa fille.

Le Novitchok a de nouveau frappé. Un couple britannique a été hospitalisé après avoir été empoisonné par l'agent innervant qui avait déjà placé dans un état critique l'ex-espion russe Sergueï Skripal et sa fille. Le poison a été développé pendant la guerre froide par le régime soviétique. Londres demande des explications à Moscou sur cette nouvelle affaire.

Le couple était-il visé?

Les similitudes entre l'affaire Skripal et ce nouvel empoisonnement se multiplient. Si dans un premier temps, un indicent lié à la drogue avait été avancé, les services britanniques ont confirmé que le couple avait en réalité été victime du Novitchok, à l'instar des Skripal.

Le couple a été hospitalisé dans un état critique à Amesbury, à une douzaine de kilomètres de Salisbury, lieu où les Skripal avaient été eux-mêmes contaminés. Or les deux victimes s'étaient rendues à Salisbury la veille de leur hospitalisation.

"L'hypothèse la plus probable est que le couple a été victime d'une conséquence de l'attaque précédente (...) mais pas qu'il ait été directement visé"
Ben Wallace
Ministre britannique de la Sécurité

Le chef du contre-terrorisme britannique, Neil Basu, a confirmé qu'il s'agissait du "même agent innervant", le Novitchok, qui était responsable de l'empoisonnement des deux britanniques. "Ce sera aux scientifiques de déterminer s'il vient du même lot."

"La priorité des enquêteurs est désormais de déterminer comment ces deux personnes sont entrées en contact avec l'agent innervant", a-t-il ajouté.

Qu'est-ce que le Novitchok?

Le Novitchok est un agent neurotoxique russe conçu par des scientifiques soviétiques durant la guerre froide. Cet agent innervant agit sur le système nerveux et peut engendrer des spasmes, la paralysie voire la mort. La substance peut en outre laisser des "séquelles neurologiques" chez les sujets contaminés.

Sergueï et Ioulia Skripal avaient été tirés d'affaire après un lourd traitement médical.

Cependant, contrairement à Sergueï Skripal, le couple de quadragénaires n'a, selon les premiers éléments de l'enquête, aucun lien avec la sphère des services secrets. Neil Basu a souligné qu'il n'y avait "aucune preuve" que l'homme de 45 ans et la femme de 44 ans "étaient visés d'une quelconque manière."

"L'hypothèse la plus probable est que le couple a été victime d'une conséquence de l'attaque précédente, ou autre, mais pas qu'il ait été directement visé", a précisé de son côté Ben Wallace, le ministre de la Sécurité britannique.

Même position du côté du secrétaire d'Etat aux Affaires intérieures Sajid Javid. "L'hypothèse de travail est actuellement que cette exposition était accidentelle, plutôt qu'une deuxième attaque sur le modèle de celle contre Sergueï et Ioulia Skripal à Salisbury cette année", a-t-il annoncé.

Londres demande des explications à Moscou

Cet empoisonnement risque de raviver les crispations avec la Russie, accusée par Londres d'être à l'origine de l'attaque contre l'ancien agent russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia. Une responsabilité que Moscou a toujours niée. Les autorités britanniques n'ont pas explicitement accusé la Russie d'être impliquée dans ce nouvel incident.

"De voir que deux nouvelles personnes ont été exposées au Novitchok au Royaume-Uni est à l'évidence profondément inquiétant"
Theresa May
Première ministre britannique

"La Russie pourrait rectifier le tir, elle pourrait nous dire ce qui s'est passé, ce qu'elle a fait et donner des réponses aux questions que nous nous posons encore", a déclaré sur la BBC Ben Wallace.

La Première ministre britannique Theresa May a fait part de ses inquiétudes sur cette nouvelle affaire. "De voir que deux nouvelles personnes ont été exposées au Novitchok au Royaume-Uni est à l'évidence extrêmement inquiétant et je sais que la police va remuer ciel et terre lors de son enquête pour déterminer ce qui s'est passé", a-t-elle commenté.

"Ce n'est pas une querelle avec la population russe", a assuré Sajid Javid. "Ce sont les actions du gouvernement russe qui continuent de porter atteinte à notre sécurité et à celle de la communauté internationale. Il est totalement inacceptable que nos citoyens soient des cibles délibérées ou accidentelles ou qu'on déverse du poison dans nos rues, nos parcs, nos villes", a-t-il poursuivi.

Le Kremlin attend des "excuses"

Pour sa part, le Kremlin s'est dit "préoccupé" par "l'utilisation répétée de telles substances en Europe." Le porte-parole de l'exécutif russe, Dmitri Peskov a assuré que la Russie n'avait "pas d'informations sur la substance en réalité utilisée, la façon dont elle a été utilisée."

"Nous n'avons pas d'informations sur la substance en réalité utilisée, la façon dont elle a été utilisée"
Dmitri Peskov
Porte-parole du Kremlin

Il rapporte qu'à sa connaissance aucun responsable britannique n'a sollicité l'aide de la Russie pour contribuer à l'enquête. Le porte-parole du Kremlin a réitéré la position russe sur l'affaire Skripal en égratignant au passage le refus britannique d'une coopération commune lors de l'enquête. La Russie attend également des excuses de la part de l'exécutif britannique.

"La Russie a proposé dès le début à la Grande-Bretagne une enquête en commun et cette proposition est restée sans quelque réponse que ce soit", a-t-il déploré.

Par l'intermédiaire de Maria Zakharova, porte-parole de la diplomatie russe, Moscou a assuré vouloir coopérer. "Nous appelons les forces de l'ordre britanniques à ne pas céder aux sales jeux politiques commencés par certaines forces à Londres, et à enfiin coopérer avec les forces de l'ordre russes pour l'enquête."

"Le gouvernement de Theresa May et ses représentants auront à s'excuser pour tout ce qu'ils ont fait, auprès de la Russie comme auprès de la communauté internationale. Cela viendra plus tard, mais cela viendra", a-t-elle poursuivi.

Un risque pour le public?

Etant donné que le couple n'aurait pas été directement visé, selon les premiers éléments de l'enquête, la question de la persistance du poison dans la zone suscite des interrogations sur la sécurité du public.

Les services de santé brtianniques se sont voulus rassurants en soulignant que le risque d'exposition pour les habitants était faible. Seulement, ce nouvel empoisonnement semble indiquer qu'il subsiste des traces de l'argent innervant dans cette région.

"Il sera vital de tracer les déplacements de ce couple pour identifier les lieux où il aurait pu entrer en contact avec l'agent innervant"
Andrea Sella
Professeur de chimie à la University College de Londres

Andrea Sella, professeur de chimie à la University College de Londres, se veut en effet moins optimiste. Il précise que le poison a été conçu pour être tenace. "Cela veut dire qu'un conteneur ou toute autre surface contaminée par cet agent pourrait représenter un danger pendant un moment", a-t-il déclaré.

"Il sera vital de tracer les déplacements de ce couple pour identifier les lieux où il aurait pu entrer en contact avec l'agent innervant", a-t-il ajouté.

Sajid Javid a rapporté que l'ensemble des sites décontaminés à la suite de l'attaque de Salisbury ne représente pas de danger. 

Le Public Health England a assuré "qu'il n'y a aucun risque immédiat sur la santé" y compris pour ceux "qui se sont rendus dans les 5 lieux identifiés par la police." L'institution a néanmoins émis des recommandations auprès du public par mesure de précaution. Les habitants sont invités à nettoyer leurs vêtements et à éviter de ramasser quelque objet inconnu dans la zone de Salisbury.

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