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Orban, Salvini et Le Pen tentent une alliance aux relents d'extrême droite

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban lors d'une rencontre avec Matteo Salvini, le dirigeant La Ligue du Nord. ©EPA

Extrême droite, populistes et souverainistes européens ont signé une déclaration commune dénonçant l'orientation fédéraliste de l'UE. Ce rapprochement pourrait aboutir à la création d'un nouveau groupe politique européen dominé par l'extrême droite.

C'est la deuxième session plénière du Parlement européen à Strasbourg depuis le recul de la pandémie de Covid-19. Peu à peu, les eurodéputés, la presse, le personnel de l'assemblée retrouvent leurs marques dans la capitale alsacienne après quinze mois d'exil. Dans l'enceinte du parlement règne une atmosphère post-pandémique. Les esprits s'échaudent autour de la signature récente par des élus de droite populiste et d'extrême droite d'une déclaration qui ambitionne de déboucher sur une alliance nationaliste et, pour certains, la création d'un nouveau parti politique européen.

Dans ce texte, les élus dénoncent l'orientation fédéraliste de l'UE, qui, selon eux, aboutirait à un "super État européen", une Europe "sans nations".

La présidente du RN, Marine Le Pen, signataire de la déclaration, parle d'une "Union des patriotes européens". La Française vient d'être réélue à la tête du RN avec un score stalinien (98,35%), une semaine après que le parti d'extrême droite ait enregistré une défaite cinglante aux élections régionales françaises.

Droite populiste et d'extrême droite

La déclaration commune, signée vendredi dernier, regroupe 16 partis issus de l'extrême droite, de la droite populiste et souverainiste.

Notamment le parti Fidesz du Premier ministre hongrois Viktor Orban, sorti du PPE en mars dernier. Le parti PiS ("droit et justice") de Jarosław Kaczynski, dirigeant la Pologne, et membre du groupe politique européen des conservateurs (ECR). Fratelli d'Italia, un parti italien de droite populiste, membre de l'ECR.

Le manifeste ne prône pas la sortie de l'UE, ni sa destruction, comme en rêvent les "europhobes purs et durs", mais une opposition adoucie au projet européen.

On y trouve aussi les partis d'extrême droite autrichien FPÖ, l'espagnol Vox, la Ligue du Nord italienne, membres du groupe politique européen d'extrême droite ID aux côtés du RN français.

Autant de personnages et de partis radicaux qu'il était, jusqu'ici, difficile de rassembler.

Dans le droit fil de la stratégie de normalisation suivie ces dernières années par l'extrême droite, cette déclaration ne prône pas la sortie de l'UE, ni sa destruction, comme en rêve tout europhobe. L'idée est de recentrer l'UE "à l'opposé du fédéralisme européen".

Un nouveau groupe politique

L'objectif est de créer une "alliance" qui, selon certaines sources, pourrait devenir un nouveau groupe politique de droite nationaliste au Parlement européen dans lequel l'extrême droite serait majoritaire. Un décompte des forces en présence créditerait cette alliance de 115 députés, ce qui en ferait la troisième force derrière les démocrates-chrétiens (PPE) et les sociaux-démocrates (S&D).

115
députés
Si cette alliance prenait la forme d'un parti politique, elle pourrait compter 115 députés européens, ce qui en ferait la troisième force du Parlement.

L'arrivée de ce groupe reléguerait Renew Europe à la quatrième place. La formation libérale, qui fait partie de la majorité politique avec le PPE et le S&D, a été créée par le président français Emmanuel Macron sur le cendres de l'ADLE.

"Pour fonder ce nouveau groupe politique, ses protagonistes pourraient attendre le changement de présidence du Parlement européen", prévu fin 2021 à l'expiration du mandat de David Sassoli, dit une source européenne.

"Pour fonder ce nouveau groupe politique, ses protagonistes pourraient attendre le changement de présidence du Parlement européen."
Une source européenne

La réalisation de ce projet paraît complexe vu les oppositions féroces que se livrent les signataires de la déclaration sur plusieurs terrains. Difficile, en effet, de concilier totalement un Orban proche du Kremlin avec un parti PiS polonais radicalement opposé à Moscou.

L'idée n'est pas nouvelle. En avril 2019, Marine Le Pen avait présenté un manifeste plaidant pour "une Europe des nations". La sortie de l'euro, une vieille revendication de l'extrême droite, avait été abandonnée. L'Italien Matteo Salvini avait été mandaté pour tenter de former sur cette base un nouveau groupe d'extrême droite européen.

Le résumé

  • Plusieurs leaders populistes, souverainistes et d'extrême droite européens ont signé une déclaration pour s'opposer au projet fédéraliste de l'UE et proposer une "Union des patriotes européens". Parmi eux, le leader d'extrême droite italien Matteo Salvini, la dirigeante du RN Marine Le Pen et le Hongrois Viktor Orban. Le PiS, au pouvoir en Pologne, est aussi signataire.
  • Cette déclaration pourrait être la base d'une alliance et d'un nouveau parti nationaliste européen. Cette force politique se classerait en troisième position au Parlement européen, après les démocrates-chrétiens et les sociaux démocrates. Elle reléguerait les libéraux à la quatrième place.

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