Outre-manche, pas de baisse du taux directeur

La Bank of England ©AFP

Le taux directeur actuel de la Banque d’Angleterre, maintenu à 0,75%, laisse l’économie britannique dans une situation de grande fébrilité.

Tout va très vite à Threadneedle Street. Il y a encore trois semaines, les économistes pronostiquaient dans leur écrasante majorité un maintien du taux directeur à 0,75% à la veille du Brexit. Une semaine plus tard, la publication des chiffres désastreux des ventes de détail pendant les fêtes (-0,6% en décembre), et du PIB (-0,3% en novembre), associés à une inflation au plus bas depuis trois ans (+ 1,3% en décembre) inversait la tendance. Les probabilités de baisse du taux directeur étaient revues en très nette hausse (64%).

La banque centrale a finalement décidé de s’en tenir au statu quo, après quelques signes d’accélération dans l’économie britannique. "Bien que l’économie mondiale semble reprendre, la prudence est de mise", a indiqué le gouverneur Mark Carney, dont c’était la dernière conférence de presse, après quasiment sept ans en fonction.

"Bien que l’économie mondiale semble reprendre, la prudence est de mise."
Mark Carney
Gouverneur

"Les preuves de reprise de la croissance ne sont pas encore très nombreuses", a-t-il précisé, sans surprise. Le retour de la confiance liée à la clarification offerte par la victoire nette de Johnson le 12 décembre a été la motivation principale de cette décision. Il se murmure aussi que les neuf membres du Comité de politique monétaire, divisés avant leur vote, ont préféré épargner à Carney le cadeau de départ empoisonné d’une baisse du taux, ce qui aurait été une première depuis 2016.

Le taux actuel de 0,75%, très bas par rapport aux standards des trois derniers siècles, laisse l’économie britannique dans une situation de grande fébrilité en cas de nouveau choc économique, et une dépendance à la dette qui reste particulièrement toxique.

"Le Royaume-Uni s’oriente plus rapidement vers une nouvelle relation avec l’Union européenne que ce que nous avions originellement modélisé."
Mark Carney

La prise en compte de meilleurs résultats économiques pour maintenir le statu quo a paradoxalement été accompagnée d’une révision à la baisse des chiffres du PIB: de 1,2% à 0,8% en 2020, de 1,8% à 1,4% en 2021, et de 2% à 1,7% en 2022. Cette révision spectaculaire est surprenante puisque le dernier rapport, au mois de novembre, avait été publié alors que le processus du Brexit était totalement enlisé. "Le Royaume-Uni s’oriente plus rapidement vers une nouvelle relation avec l’Union européenne que ce que nous avions originellement modélisé", a reconnu Mark Carney.

Celui-ci a également estimé que l’accord sur le Brexit allait avoir un impact négatif sur l’économie, après avoir dit exactement le contraire au mois d’octobre. Les imprécisions et contradictions de Mark Carney auront constamment jalonné ses sept années à la tête de l’institution, également touchée par une série de fuites. La dernière s’est produite ce jeudi, quinze secondes avant l’annonce officielle du maintien du taux directeur, et qui a vu la livre sterling faire un bond spectaculaire face au dollar.

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