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analyse

Pass sanitaire en France et en Italie: des objectifs similaires, des réactions divergentes

Des agents de la SNCF contrôlent le QR code des passages à la gare de Lyon, à Paris, au premier jour de l'entrée en vigueur du "pass sanitaire" dans l'Hexagone. ©EPA

Considéré par ses détracteurs comme une "obligation de vaccination détournée", ce certificat est mis en place en France et en Italie. Mais les réactions qu'il suscite ne sont pas similaires. En cause: une situation politique différente.

Unis par la même stratégie de lutte contre la propagation du variant Delta du Covid-19, les gouvernements italien et français viennent d’étendre l’utilisation du pass sanitaire aux activités de la vie quotidienne. Les objectifs et les modalités de cette mesure, amplement contestée dans les deux pays, sont semblables, mais la nature même de la situation politique et sociale propre à ces deux nations voisines, y produit déjà des réactions relativement différentes.

Entré en vigueur vendredi dernier en Italie, et ce lundi en France, ce certificat, téléchargeable sur les téléphones portables avec un QR code, doit témoigner d’un test négatif datant de moins de 72 heures (48 heures pour les habitants de la Péninsule), ou d’un rétablissement de la maladie de moins de six mois, ou encore d’un schéma vaccinal complet (une première dose du vaccin suffit, en Italie, pour l’obtention du certificat).

Dans les deux pays, ce pass est désormais obligatoire pour accéder à tout lieu où se rassemble du public. Cinémas et théâtres, musées, piscines, foires, restaurants et bars… sont aujourd’hui concernés. Quelques détails non négligeables différencient, toutefois, les deux stratégies nationales. En Italie, un non-vacciné pourra continuer à boire son café en terrasse ou au comptoir; un "luxe" désormais interdit aux non-vaccinés français. De même, l’exécutif de Mario Draghi envisage d’étendre l’utilisation du pass dans les trains et les avions seulement à partir du mois de septembre, alors qu’en France, le certificat est déjà obligatoire pour tous les déplacements de longue distance par transports publics interrégionaux.

Mobilisation des opposants

Dès l’annonce de cette mesure, considérée comme une "obligation vaccinale détournée" par ses détracteurs, la mobilisation populaire a été importante, massive dans l’Hexagone, plus modérée en Italie. Ce samedi, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur français, environ 240.000 manifestants sont descendus dans la rue (en hausse par rapport au samedi de mobilisation précédent). En Italie, quelques dizaines de milliers de contestataires ont défilé cette fin de semaine, de Turin à Rome, pour s’opposer aux stratégies de l’exécutif de Mario Draghi. Le profil sociopolitique des manifestants semble, néanmoins, semblable dans les deux pays: de droite comme de gauche, tous milieux professionnels confondus, ils ne s’opposent pas à la vaccination en soi, mais à son caractère obligatoire. 

La colère de la rue est, pour l’instant, moins virulente en Italie pour des raisons à la fois historiques et politiques. Traditionnellement moins prédisposés à la militance active, les Italiens semblent aussi plus sensibles aux décisions du président du Conseil que ne le sont leurs voisins français s’opposant au président Emmanuel Macron. Une distinction significative due, notamment, au style et au langage, profondément différents, des deux hommes d’État.

Alors que le président français est parfois accusé par ses détracteurs d’exercer un "autoritarisme qui cache un manque d’autorité", Draghi, accédé au pouvoir au mois de février dernier, bénéficie encore d’un soutien populaire significatif. Le chef de l’exécutif italien, tout comme Macron, insiste sur l’importance de la campagne vaccinale, mais il ne cesse aussi de rappeler que "la situation épidémique reste fluide", affichant un désir, considéré comme sincère, d’adapter, au fur et à mesure, ses stratégies à une conjoncture sanitaire changeante, actuellement en légère amélioration. Une flexibilité qui, selon les fervents opposants au pass en France, fait défaut dans l’Hexagone. "Le collier est mis autour du cou des Français", vient de lancer l’un des leaders de la protestation française, Nicolas Dupont-Aignan, président de "Debout la France" (droite souverainiste).

Les critiques formulées à l’égard du certificat sont identiques dans les deux pays: il est considéré comme une "contrainte liberticide", une mesure "inapplicable", inutile, voire dangereuse, "donnant un faux sentiment de sécurité aux vaccinés pouvant être, eux aussi, contagieux". Mais ce pass est surtout accusé d’être un instrument à même de diviser irrémédiablement les populations en deux camps antagonistes. Or, si en Italie, l’opposition parlementaire a lancé une véritable croisade contre cette mesure, donnant des ailes au parti d'extrême droite Fratelli d’Italia (devenu, selon les sondages, la première formation politique de la Péninsule), le principal parti à l’opposition en France, le Rassemblement National de Marine Le Pen, peine à capitaliser sur ce dossier et est même accusé d’inertie et de "mollesse" par les protestataires. Une "carence" que les ennemis du pass français essayent ainsi de compenser avec la pression de la rue.

L'obligation vaccinale des soignants divise aussi

L’Italie, dirigée alors par l’ancien président du Conseil, Giuseppe Conte, a été l’un des premiers pays européens à imposer, au printemps dernier, l’obligation vaccinale à tout le personnel soignant de la péninsule. Une mesure qui a provoqué une ample adhésion de la catégorie, du nord au sud du pays.

"Selon les données officielles, 45.000 membres du personnel soignant national, sur un total de 2 millions de professionnels, ont refusé la vaccination et viennent de présenter un recours contre la décision imposée par l’exécutif", a déclaré Filippo Anelli, président de la Fédération nationale des Ordres des chirurgiens et des dentistes.

Une tout autre situation caractérise l’Hexagone où l’obligation vaccinale des professionnels de santé vient d’être adoptée par le gouvernement de Jean Castex. Des sanctions et une suspension du contrat de travail sont aujourd’hui envisagées pour tous les soignants qui ne seront pas vaccinés au 15 septembre prochain. Les réactions de la catégorie ont été immédiates et violentes. Plusieurs syndicats hospitaliers ont déposé des préavis de grève illimitée à Lyon, Marseille ou encore à Toulouse. "Nous ne sommes pas contre la vaccination, mais cela doit rester un choix libre", a expliqué Jean-Marc Devauchelle, secrétaire général de la fédération SUD santé sociaux, au quotidien Le Figaro.

Soumis à la même obligation vaccinale, les sapeurs-pompiers français poursuivent une stratégie semblable: le principal syndicat de la profession a déposé un préavis de grève nationale illimitée à partir de ce lundi.

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