Patrons et syndicats allemands veulent la fin de l'orthodoxie budgétaire

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Les critiques envers l’orthodoxie budgétaire se multiplient en Allemagne. En ce début de semaine, les représentants du patronat et des syndicats ont demandé au gouvernement d’investir 450 milliards d’euros en 10 ans pour relancer la machine.

Ils sont rarement d’accord. En ce début de semaine, Dieter Kempf, le patron de la fédération allemande de l’industrie BDI, et Reiner Hoffmann, le chef de la confédération syndicale DGB, ont présenté une revendication commune au gouvernement Merkel, demandant à Berlin d’investir 450 milliards d’euros sur 10 ans dans les infrastructures, la digitalisation et la formation. En clair, patronat et syndicats réclament la fin de l’orthodoxie budgétaire telle que définie en 2014 par l’ancien ministre des Finances Wolfgang Schäuble. "L’Allemagne s’est endormie en termes d’infrastructures, de digitalisation et de formation, estime Dieter Kempf. Sans compter le fait que les objectifs climatiques ne seront pas atteints sans davantage d’investissements publics. Il ne s’agit pas de lutter contre les symptômes d’une récession mais de poser les bases d’une relance." "Seul un plan d’investissement à long terme garantit la capacité de l’économie à affronter l’avenir et donc les emplois de demain", ajoute Reiner Hoffmann.

La question de l’orthodoxie budgétaire, point de friction depuis des mois entre la République fédérale et ses partenaires, divise de plus en plus en Allemagne-même. Ni Angela Merkel ni son ministre des Finances, le social-démocrate Olaf Scholz, ne voient pour l’heure la nécessité d’un plan de relance, évoquant la Constitution fédérale, qui laisse peu de marge de manœuvre au gouvernement.

450 milliards €
Patrons et syndicats demandent d’investir 450 milliards en dix ans dans les infrastructures, la digitalisation et la formation.

De fait, un plan de relance de 45 milliards d’euros par an pendant 10 ans se traduirait par une hausse de 50% de la colossale dette de 1.000 milliards d’euros du pays.

L’orthodoxie budgétaire à l’allemande repose sur deux piliers: le "schwarze Null", c’est-à-dire un budget légèrement excédentaire, édicté en dogme en 2009 par Wolfgang Schäuble, qui a présenté pour la première fois un budget à l’équilibre en 2014; la "Schuldenbremse", ou frein à l’endettement, est de son côté inscrite dans la Loi fondamentale, la Constitution allemande. Ce principe interdit toute nouvelle dette publique de plus de 0,35% du PIB (soit environ 12 milliards d’euros dans le budget 2020), à l’exception de cas bien définis comme phases de récession. Pour contourner ce principe, BDI et DGB recommandent à Berlin la création d’un budget parallèle financé à crédit, qui ne tomberait pas sous le couperet de la Constitution allemande. L’Allemagne pourrait alors emprunter jusqu’à 3% du PIB, pour rester dans les clous définis par l’Union européenne.

Une étude conjointe réalisée par les instituts IW, proche du patronat, et IMK, proche des syndicats, est à l’origine de la revendication du BDI et du DGB. Cette étude chiffrait à 450 milliards d’euros le besoin en investissement public du pays, dont 138 milliards pour l’infrastructure des communes, 110 milliards pour la formation, 60 milliards pour les chemins de fer, et 75 milliards pour le plan climat. Selon les deux instituts, l’investissement public de 10 milliards d’euros par an dans les infrastructures publiques garantirait une hausse du PIB de 2,5 milliards d’euros par an sur le long terme.

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