Publicité

Pedro Sanchez échec et mat, l'Espagne sur la voie d'élections anticipées

Pedro Sanchez, Premier ministre espagnol, est en mauvaise posture. ©EPA

Le premier budget du gouvernement Sanchez, minoritaire au parlement, a été rejeté par les députés. Des élections anticipées semblent inévitables.

C’était un pari impossible. Pedro Sanchez l’a perdu. En misant sur un hypothétique accord avec les indépendantistes catalans pour faire passer son projet de budget le premier ministre espagnol risquait gros. Le parlement de Madrid lui a infligé ce mercredi un camouflet dont il pourrait ne pas se remettre. Il annoncera vendredi sa décision de convoquer d'éventuelles élections anticipées.

Une majorité de 191 députés sur 350 ont voté en faveur d'amendements destinés à bloquer le budget. Ils ont été présentés par le Parti Populaire (PP, droite), les libéraux de Ciudadanos et les deux formations séparatistes catalanes (PdeCat et la Gauche Republicaine), ce qui a eu pour effet de condamner le texte avant même qu'il puisse être voté.

La Commission Européenne en novembre dernier avait déjà critiqué le budget de M.Sanchez en affirmant qu’il ne respectait pas les critères du pacte de stabilité. Après des années d’austérité les socialistes avaient voulu miser sur le social et prévoyaient une hausse de 22,3% du salaire mensuel minimum, une mesure qui allait coûter 340 millions d’euros à l’Etat espagnol. 

Pedro Sanchez peut-il se maintenir au pouvoir?

Depuis le début de la semaine l’exécutif a fait savoir, par des filtrations à la presse, qu’il envisageait de convoquer des élections anticipées. Mais hier le gouvernement n’a pas voulu confirmer les rumeurs qui situent un éventuel scrutin à la fin du mois d’avril ou le 26 mai, date des élections européennes mais aussi des municipales en Espagne. 

Pedro Sanchez, arrivé au pouvoir en juin 2018, après avoir gagné une motion de censure contre son prédécesseur, le conservateur Mariano Rajoy, n’a qu’une toute petite minorité de 84 députés. Il compte sur les 67 voix de la gauche radicale de Podemos et avait espéré recueillir le soutien des 17 députés indépendantistes qui avaient soutenu sa candidature lors de son bras de fer avec M.Rajoy.

"Il est temps que l’Espagne parle. Ce gouvernement ne peut pas gouverner en solitaire"
Pablo Casado
Président du Parti populaire

L’échec des conversations avec le président catalan Quim Torra, émissaire du responsable séparatiste refugié à Waterloo, Carles Puigdemont, a précipité la crise. La décision extrêmement controversée du gouvernement socialiste de nommer un "médiateur" pour parler avec Barcelone n’a servi qu’a mobiliser encore plus la droite, déjà très remontée contre M.Sanchez, et a créé un profond malaise au sein du parti socialiste espagnol (PSOE). 

Les discussions ont finalement été rompues vendredi 8 février, les indépendantistes continuant à réclamer un référendum d'autodétermination pour la Catalogne, une ligne rouge pour le gouvernement. L'ouverture à Madrid, mardi du procès historique de douze responsables séparatistes impliqués dans la tentative de sécession de la Catalogne d’octobre 2017, n’a rien fait pour simplifier les choses. 

"Le gouvernement nous a payé avec de la fausse monnaie, je ne sais pas pourquoi nous avons soutenu ce premier ministre", déclarait peu après le vote, le responsable parlementaire de la gauche républicaine, Joan Tardá. 

"Il est temps de sortir des urnes"

Pablo Casado, président du Parti populaire espagnol. ©EPA

La droite, elle, voit dans les déboires de Pedro Sanchez une aubaine pour tenter de récupérer le pouvoir. "Il est temps de sortir les urnes" a déclaré Pablo Casado le chef de file du Parti Populaire (PP conservateur) dont le discours s’est considérablement durci depuis son alliance avec la formation d’extrême droite Vox pour gouverner en Andalousie. Plusieurs sondages, donnent le PP, Ciudadanos et Vox en mesure de former une majorité au niveau national. 

Ils ne sont pas les seuls à demander des élections. Podemos, qui traverse une profonde crise interne, y voit aussi une chance de mobiliser ses militants. "Il est temps que l’Espagne parle. Ce gouvernement ne peut pas gouverner en solitaire", a déclaré Irene Montero, porte-parole du parti de la gauche radicale.  

Pedro Sanchez a le dernier mot. Il pourrait aussi choisir de laisser passer la crise et gérer l’Espagne en prolongeant le budget de 2018, approuvé par les conservateurs, même si cela semble hautement improbable. 

Le premier ministre socialiste est extrêmement tenace, même ses ennemis le reconnaissent. Le 19 février M.Sanchez sort un livre sur son parcours politique de ces quatre dernières années. Il y parle de son élection inattendue comme secrétaire général PSOE en juillet 2014, de son limogeage (par les siens) deux ans plus tard, et son come back inespéré à la tête du parti 2017. Le livre s’intitule " Manuel de résistance ". 

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés