Percée des libéraux et des Verts, le PPE et les socialistes sanctionnés

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Les libéraux et la liste Renaissance du président Macron ont réalisé la percée attendue. Les démocrates chrétiens et les socialistes sont sanctionnés et perdent leur majorité. Les Verts créent la surprise. Mais les partis populistes et l'extrême droite augmentent.

Quelque 427 millions d'électeurs européens se sont rendus aux urnes, de jeudi à dimanche, pour choisir leurs 751 représentants au Parlement européen. Les résultats provisoires, traduisant une participation exceptionnelle, ont été communiqués ce dimanche un peu avant minuit. Ils confirment la fin de la majorité entre les démocrates chrétiens et les socialistes, une percée des libéraux rejoints par la liste Renaissance d'Emmanuel Macron, une hausse des Verts, tirés par leurs résultats en Allemagne. Les partis d'extrême droite, europhobes, progressent aussi, tirés par les résultats en France et en Italie, où ils arrivent en tête. 

Les électeurs de 21 États ont voté ce dimanche. Sept autres États avaient déjà voté les jours précédents. Et pas moins de 1.400 journalistes étaient présents au siège du Parlement européen, à Bruxelles, pour suivre l'élection de la plus grande assemblée démocratique au monde, après l'Inde.

Selon les services du Parlement européen, la participation aux élections était en hausse à 50,5% contre 42% en 2014. Ce sont les chiffres les plus élevés depuis vingt ans. "La participation augmente dans la plupart des grands pays", a indiqué un porte-parole du Parlement dimanche. En France, la participation était en forte hausse, à 43% contre 35% cinq ans auparavant.

PPE et S&D en perte de vitesse

Selon les résultats provisoires, incluant les résultats de 22 États, le PPE (démocrates chrétiens) reste la première famille politique d'Europe avec 178 sièges. Mais, il connaît une chute historique de 39 sièges par rapport à 2014. Le parti dominé par la CDU subit l'usure du pouvoir et paie cash la mauvaise gestion de la crise migratoire par l'Union européenne. Le "spitzenkandidat" du PPE, Manfred Weber, devait être théoriquement le prochain président de la Commission. Mais la sanction électorale infligée au PPE et l'émergence d'un troisième groupe libéral indispensable à une future majorité jettent de plus en plus le discrédit sur cette candidature.

Les sociaux-démocrates (S&D) décrocheraient 152 sièges, perdant 34 élus. Tentant de profiter du recul du PPE, les socialistes veulent pousser leur candidat à la présidence de la Commission, Frans Timmermans

La grande coalition entre le PPE et le S&D est morte. Les deux partis devront s'allier à un troisième, voir un quatrième s'ils veulent continuer à gouverner l'Union. 

Libéraux incontournables

"Pour la première fois en 40 ans, les socialistes et les conservateurs n'ont plus la majorité"
Guy Verhofstadt
Chef de file des libéraux au Parlement européen

L'autre grande tendance serait la montée en puissance des libéraux (ALDE), prévus à 108 sièges dans les sondages, qui intégreraient dans leurs rangs la liste du Président Macron. Cela signifie que les libéraux gagneraient 39 sièges par rapport à 2014. La famille libérale s'est ouverte à des élus écologistes, comme Pascal Durant en France. Elle s'est rapprochée des socialistes espagnols et portugais.

"Pour la première fois en 40 ans, les socialistes et les conservateurs n'ont plus la majorité", a dit le chef de file des libéraux Guy Verhofstadt (ALDE), "aucune majorité ne sera possible sans la participation de ce groupe centriste solide composé de l'ALDE et de Renaissance".

Surprise verte

La grande surprise du scrutin est le score des écologistes, dopé par celui des Verts allemands, qui seraient à 22%, selon un sondage à la sortie des urnes, dépassant le SPD (15,5%). La CDU-CSU de la chancelière allemande Angela Merkel serait à 28%. Cette percée des Verts, menés par Ska Keller, leur confère un statut de deuxième parti allemand. En France, les Verts (13%) dépassent aussi les attentes en devenant la troisième force politique du pays.

"Tous les partis parlent d'écologie, mais vous connaissez cette loi inébranlable de la politique, quand ils ont le choix les gens préfèrent l'original"
Philippe Lamberts
Coprésident des Vert européens

Cette progression permettrait au groupe des Vert de grimper à 67 sièges au Parlement européen, ce qui signifie 10 eurodéputés de plus qu'en 2014. "Tous les partis parlent d'écologie, mais vous connaissez cette loi inébranlable de la politique, quand ils ont le choix, les gens préfèrent l'original", a commenté le coprésident des Verts européens, Philippe Lamberts, se disant prêt à rejoindre une majorité. 

Vague brune

La hausse des partis europhobes et d'extrême droite se confirme. Le Rassemblement national de Marine Le Pen (24%) rafle la première place dans l'Hexagone, confirmant les prévisions, et dépasse la liste Renaissance du président français Emmanuel Macron (22%). 

Le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini (La Ligue) et la Française Marine Le Pen sont occupés à constituer une nouvelle famille politique d'extrême droite au Parlement européen. Une compilation de sondages attribuerait entre 70 et 74 sièges à ce groupe, l'Alliance européenne des peuples et des nations, qui devrait être rejoint par le FPÖ autrichien, estimé à 17% et l'AfD allemand (10%). Ce groupe devrait recueillir les sièges de l'ex-ENL (55) ainsi qu'une partie des élus "non-inscrits" (7) et "autres" (31).

Les conservateurs et réformistes (ECR), où siège la NVA, perdent 5 sièges à 61.

Au Royaume-Uni, le parti du Brexit de Nigel Farage (ex-Ukip) est donné à 32%, selon les premières estimations. Le groupe EFDD (ex-Ukip) au Parlement européen est crédité de 53 sièges.

La Gauche radicale (GUE) perd 4 élus à 46 sièges, probablement aspirés par les Verts.

Les dirigeants européens remis en question

L'un des autres enseignements de ces élections est la remise en question, plus ou moins forte, de plusieurs leaders européens. En France, Emmanuel Macron est dépassé par sa rivale aux présidentielles de 2017, Marine Le Pen (RN). En Grèce, le recul de Syriza pousse le Premier ministre Alexis Tspiras à convoquer des élections anticipées. En Allemagne, la CDU de la chancelière Angela Merkel décroche aussi.  

En Italie, le M5S du Premier ministre Giuseppe Conte est largement dépassé par son partenaire de la majorité. Aux Pays-Bas, les socialistes se sont refait une santé face aux libéraux du Premier ministre Mark Rutte. En Autriche, la coalition du Premier ministre Sebastian Kurz a volé en éclat après les révélations sur les liens d'Heinz-Christian Strache, son partenaire d'extrême droite FPÖ, avec la Russie. En Belgique, la coalition suédoise du Premier ministre Charles Michel sera difficilement renouvelable. Outre-Manche, la Première ministre britannique Theresa May a démissionné au lendemain des élections, anticipant  une chute des conservateurs britanniques. 

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