Publicité

Philippe Samyn, architecte "Made in Europa"

©Thierry du Bois

Il est l’architecte de l’Europa, ce bâtiment qui accueillera les plus grands du Landerneau politique européen.

Son bureau d’architecte et d’ingénieur de fait, il est les deux est installé dans une ancienne ferme. Mais à 100 m de l’avenue du Prince d’Orange à Uccle. Pas très chemin creux tout ça, et de toute façon dès qu’on a franchi la porte ça respire la technologie.

Lorsqu’il me reçoit, je pense tout de suite à Tati. Très grand, nœud papillon, pipe à la bouche. Il ne manque que le trench et le chapeau mou. Philippe Samyn est un homme amène, même s’il n’a pas la réputation d’être facile. Ce n’est pas le seul contraste que recèle sa personnalité. Bien que bardé de diplômes ingénieur civil (ULB), Master of Sciences in Civil Engineering (MIT), urbaniste (ULB), post-gradué en gestion (Solvay), architecte (jury d’État) et docteur en sciences appliquées (ULg), qui dit mieux? -, il est d’un abord facile.

Sol en gruyère

Le jargon? Il ne le pratique que seul ou avec ses proches collaborateurs. Ses propos ne traduisent jamais le moindre agacement envers les non-initiés. Pour l’avoir vu

participer à des réunions avec ses maîtres d’ouvrage, votre serviteur peut vous garantir que l’hermétisme n’est pas son truc. Mais l’audace technologique est permanente.

"Pour Europa, nous devions construire sur rien. En dessous du bâtiment, il y a un tunnel qui sera réservé au RER. Impossible de s’appuyer dessus évidemment", raconte-t-il. À côté, un immeuble (partiellement) classé, le Résidence Palace, "avec lequel il fallait organiser des passages intérieurs". De plus, il fallait creuser sous le Résidence Palace pour le même tunnel du RER , si bien que "la tranche conservée de l’immeuble a dû être suspendue à des poutres". On ne le voit pas, on ne le devine même pas, mais aujourd’hui le Résidence Palace, qui est accolé à Europa, est un peu le cousin des jardins suspendus de Babylone. Devant et derrière Europa, le sous-sol en gruyère de la rue de la Loi, avec deux autres tunnels, l’un pour le métro, l’autre pour les voitures. Pour les pieux, il fallait viser juste.

Beaucoup de concours

On dit Philippe Samyn immodeste. Lorsque je lui en parle, il me répond: "Immodeste, moi? Qui dit ça?". Certains membres de sa corporation essentiellement. Pourtant notre homme n’avait même pas attendu que je lui pose la question pour me dire que "sur les vingt-quatre concours auxquels nous avons participé récemment, mon équipe et moi, nous en avons perdu vingt-trois".

Le dernier en date, c’était il y a un mois à peine le nouveau siège de BNP Paribas Fortis, Montagne du Parc à Bruxelles. Philippe Samyn était deuxième (derrière les

Autrichiens Baumschlager Eberle), mais il est le seul candidat évincé à avoir autorisé le jury à communiquer son nom. Ce n’est pas un trait d’immodestie. Perdre des concours, perdre tant de concours, est-ce mauvais signe? "Ça dépend. J’aimerais en gagner plus évidemment. Mais ça veut dire aussi que nous faisons beaucoup de concours", répond-il.

Si l’hermétisme est inexistant chez Philippe Samyn, c’est parce que son langage architectural est clair. Simple aussi: "Je l’ai dit, l’idée de la lanterne centrale d’Europa m’est venue tout naturellement. C’est très simple au fond". Dans le cas d’Europa, il fallait associer clarté et simplicité à un objectif politique de transparence et à la nécessaire réinsertion du Résidence Palace dans un environnement bousculé, tout en travaillant dans le respect des ressources de la planète.

"Je m’intéresse au moteur"

De là cette idée de récupérer des milliers de châssis de fenêtres un peu partout dans l’Union, de les restaurer et de les (ré) assembler. Mais ce n’est que la partie visible de l’édifice. "Je préfère que l’on ne parle pas trop de technique dans cet article", dit-il. Philippe Samyn est lauréat du "Global Award for Sustainable Architecture" (1).

Dans l’ouvrage que le CIVA et Lannoo consacrent à Europa (2), Christophe Pourtois, le directeur du CIVA, écrit que Philippe Samyn contribue par la dimension technologique de son travail "à lutter contre une vision romantique de l’architecture durable". L’architecture durable est technologique. En fait, dit Philippe Samyn, "les architectes s’intéressent à la carrosserie, moi au moteur". Mais il ne tient pas plus que ça à en parler.

(1) En 2008. Un seul autre bureau d’architecture belge a décroché cette prestigieuse distinction, MDW (en 2013).

(2) "Europa", Jean Attali et Philippe Samyn, Editions CIVA et Lannoo Publishers, Bruxelles 2013.

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité
Publicité
Messages sponsorisés
Tijd Connect
Echo Connect offre aux organisations l'accès au réseau de L'Echo. Les partenaires impliqués sont responsables du contenu.
Partnercontent
Partner Content offre aux organisations l'accès au réseau de L'Echo. Les partenaires impliqués sont responsables du contenu.