Pour le climat, les auditeurs mettent les pieds dans le plat

La Cour des comptes européenne reproche aux institutions leur inefficacité à réduire les émissions de l'agriculture.

Les faits sont têtus. L'Union européenne a beau parler "d'action climat" et de "verdissement", l'empereur est nu face aux chiffres. L'Europe a injecté ces sept dernières années quelque 103 milliards d'euros pour le climat au travers de sa principale enveloppe, celle de la Politique agricole commune (PAC). Cela représente la moitié de l'effort budgétaire qu'elle avait prévu de réaliser pour lutter contre le réchauffement. Le résultat ? Un zéro pointé. Après avoir baissé pendant vingt ans, les émissions de gaz à effet de serre liées à la production agricole ont stagné ces dix dernières années.

Dans un rapport sans concession publié lundi, la Cour des comptes de l'Union européenne souligne cet échec et prend le taureau par les cornes. Il ne faut pas aller loin, selon elle, pour en trouver la première des (multiples) causes : le bétail représente à lui seul la moitié des émissions de gaz à effet de serre du secteur. Or que fait l'Europe pour réduire ces émissions ? Pour être gentil, pas grand-chose. Quand on parvient à réduire en proportion les émissions par litre de lait ou kilo de steak, c'est souvent en augmentant la productivité, ce qui permet d'augmenter la production et, in fine... les émissions.

Et l'Europe ne tente pas de limiter le cheptel, déplorent les auditeurs. Ils glissent au passage ceci, comme une suggestion : conditionnez la moitié des subsides directs de la PAC à des réductions d'émissions, et celles-ci baisseraient de 21%, essentiellement par la baisse de production de bétail. Au lieu de ça, l'argent de la PAC est utilisé pour promouvoir la consommation de produits animaliers. (Faut-il s'étonner que la consommation de viande par personne ait augmenté ?)

Signe des temps

Les questions les plus sensibles de la transition climatique ne peuvent plus rester au frigo.

Les termes du débat ne sont bien sûr pas neufs. Mais le fait que cette question soit prise à bras le corps, non par une coupole d'associations environnementales, mais par une institution chargée du contrôle de la gestion financière de l'Union, est un nouveau signe des temps. Les questions les plus sensibles de la transition climatique ne peuvent plus rester au frigo.

La réduction drastique d'émissions attendue au cours de cette décennie va demander des changements systémiques dans tous les secteurs, des changements de comportements et d'habitudes, jusque dans nos assiettes. On l'a vu avec des jugements historiques contre des États et des multinationales, on le voit à présent avec ce type de rapports : quand les décideurs politiques tendent à oublier l'urgence, les contre-pouvoirs institués ne prennent plus de gants pour nous la rappeler.

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