Pour sa 5G, l'Europe ne ferme pas la porte à Huawei

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Les États membres devront faire appel à plusieurs opérateurs pour le développement de la 5G. Mais malgré les appels de Washington à bannir Huawei du déploiement de cette technologie, les Européens laissent leur porte ouverte au géant chinois.

L’Union européenne s’est dotée d’un cadre pour s’assurer que le déploiement de la 5e génération de réseaux mobiles ne se fera pas de manière anarchique. Même si l’attribution des réseaux mobiles reste de compétence nationale, l’introduction de la 5G ouvre des inquiétudes en termes de sécurité à l’échelle du continent, que les États membres cherchent à refermer. Ainsi se sont-ils mis d’accord sur une boîte à outils qui doit permettre un développement "sécurisé" de la 5G.

La Commission européenne, qui présentait ce mercredi cette "toolbox" à côté d’une note d’intention sur sa stratégie en la matière, indique que les Vingt-Sept veilleront à ne pas dépendre d’un seul pourvoyeur de services. Elle a aussi souligné qu’aucun opérateur ne serait par principe exclu du marché européen. "Nous en, Europe, on accepte tout le monde (…), mais on a des règles", a indiqué le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton.

Cette déclaration sonne comme une fin de non-recevoir à l’appel des États-Unis à exclure le géant chinois Huawei des projets de déploiement de la technologie. Elle a d’ailleurs été prise comme telle par l’entreprise: "Huawei salue la décision de l’Europe, qui permet à Huawei de continuer à participer au déploiement de la 5G de l’Europe", a réagi Abraham Liu, représentant en chef de la société auprès des institutions européennes.

Second revers américain

C’est un revers pour Washington, qui déjà convaincu le Japon et l’Australie de le suivre dans son bannissement de l’entreprise chinoise, accusée d’espionnage. Un de plus, après l’annonce, mardi, que le Royaume-Uni permettra à Huawei de jouer un rôle "limité". Le Premier ministre britannique avait expliqué sa décision par une volonté d’assurer à ses concitoyens "un accès à la meilleure technologie disponible", tout en assurant que cela ne mettrait en péril ni les infrastructures critiques de sécurité, ni la relation de son pays avec les États-Unis. Le lendemain, Washington appelait Londres à revenir sur sa décision, soulignant que tout élément de renseignement américain ne peut transiter que par un réseau de confiance. "Notre vision de Huawei est: le mettre dans votre système crée un risque réel", a souligné le secrétaire d’État Mike Pompeo.

"Nous avons un corpus qui permet et de régler le problème de la sécurité sur le déploiement de la 5G, qui permet aux opérateurs de télécommunication de savoir comment se comporter et aux industriels à la fin de savoir qui choisir."
Thierry Breton
Commissaire au Marché intérieur

La société Huawei, numéro un mondial des équipements télécoms, a été créée par un ancien ingénieur de l’Armée de libération populaire. Selon Washington, l’entreprise aide l’État chinois à collecter du renseignement – ce que Huawei nie.

Au niveau européen, le débat est intense entre États membres, alors que certains ont tissé des liens économiques étroits avec Pékin. Selon le quotidien allemand Handelsblatt, le gouvernement allemand a des preuves d’une coopération entre Huawei et les forces de sécurité chinoises. "La fiabilité des entreprises chinoises dans le développement des réseaux 5G n’est pas certaine", estime le ministre des Affaires étrangères.

L’UE "pas en retard"

Le rôle exact que jouera le numéro un mondial des télécoms dans le développement de la 5G en Europe doit donc être déterminé au cas par cas par chacun des États membres. Mais Huawei ne devrait avoir nulle part d’exclusivité, puisque les Vingt-Sept ont convenu s’assurer que chaque opérateur ait une "stratégie multifournisseur". En outre, les États sont appelés à "appliquer des restrictions pertinentes" aux fournisseurs à risque.

55 %
55% des brevets qui concernent la 5G sont détenus par des entreprises européennes, dixit le commissaire européen Thierry Breton.

Encore faudra-t-il que les intentions soient confirmées par des faits, alors que les outils présentés ce mercredi ne sont pas contraignants. En attendant, la Commission estime avoir une approche "proportionnée" et travailler sur base "d’une évaluation objective des risques". Le fait même que les Vingt-Sept soient parvenus à une boîte à outils collective démontrerait leur volonté de répondre ensemble aux défis sécuritaires que pose le déploiement de la 5G.

"Nous avons un corpus qui permet et de régler le problème de la sécurité sur le déploiement de la 5G, qui permet aux opérateurs de télécommunication de savoir comment se comporter et aux industriels à la fin de savoir qui choisir", s’est félicité le commissaire au Marché intérieur Thierry Breton. Affirmant au passage que si Huawei est dans tous les esprits, l’Europe n’est "pas en retard" dans ce domaine. Pour preuve: 55% des brevets 5G sont détenus par des entreprises européennes. "On comprend bien cette technologie, on a beaucoup investi et on peut la déployer", assure-t-il.

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