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Pris dans la tourmente, le ministre français François de Rugy jette l'éponge

©AFP

Au centre d’une tourmente médiatique, le ministre français de la Transition écologique a remis sa démission. Un problème majeur pour Emmanuel Macron en pleine relance de son quinquennat.

La situation était devenue intenable pour François de Rugy. Le numéro deux du gouvernement français a notamment été mis en cause par Mediapart pour avoir régalé sans trop de justifications professionnelles nombre de convives dans les ors de l’hôtel de Lassay, du temps où il était président de l’Assemblée nationale. L’homme a fini par craquer en présentant ce mardi sa démission au chef du gouvernement, Edouard Philippe.

Un an presque jour pour jour après le surgissement de l’affaire Benalla, ce départ est un sérieux revers pour Emmanuel Macron.

Et il a officialisé son initiative sur sa page Facebook en évoquant des "photos volées", des "ragots", des "approximations", s’avouant également "contraint de parer sans cesse à de nouvelles attaques". Le ministre a ajouté qu’il avait déposé, ce mardi matin, une plainte en diffamation contre le journal en ligne Mediapart.

Un an presque jour pour jour après le surgissement de l’affaire Benalla, ce départ est un sérieux revers pour Emmanuel Macron, récemment épinglé par le journal allemand Der Spiegel pour son manque de discernement dans le choix de ses équipiers. François Bayrou, Gérard Collomb ou encore le prédécesseur de François de Rugy, Nicolas Hulot, tous ont fini par quitter le banc de nage avec des motifs variés. L’hebdomadaire soulignait avec justesse la difficulté pour le président de la République française à trouver de nouvelles personnalités qualifiées pour remplacer les partants.

Homards extravagants

Dimanche, pourtant, lors du défilé militaire du 14 juillet, François de Rugy se tenait en bonne place derrière un chef de l’État qui avait dit lundi, depuis la Serbie où il était en déplacement, qu’il aurait à prendre des décisions non sur des révélations mais sur des faits, arguant qu’il ne voulait pas d’une "république de la délation". Mais l’accélération des événements a une fois encore devancé son agenda. De fait, Emmanuel Macron n’a pu qu’accepter une démission jugée par lui "personnelle".

Emmanuel Macron est une nouvelle fois confronté à la difficulté de trouver des personnes qualifiées pour remplacer les partants.

Depuis le milieu de la semaine dernière le ministre de la Transition écologique s’était trouvé sous le tir nourri de révélations publiées par Mediapart. En tête desquelles figuraient les fameux dîners à l’hôtel de Lassay organisés avec son épouse Séverine. Les photos présentant des homards extravagants et autant de bonnes bouteilles ne pouvaient que très mal tomber dans un pays où les Français les plus modestes ont du mal à boucler leurs fins de mois.

Comme une pièce d’artillerie en campagne, Mediapart sortait un par un ses coups au but. Il a ensuite été question de rénovation d’un appartement de fonction ou encore d’un logement à loyer modéré non rendu par sa directrice de cabinet. Le fait qu’il la limoge immédiatement pour cette raison n’a pas arrangé une image personnelle en pleine dégringolade. D’autant que l’ex-président de l’Assemblée nationale prônait à l’envi des principes de déontologie lorsqu’il était en fonction.

Ses contradictions à l’antenne ne l’ont en outre pas du tout servi. Alors que sur BFM, le 12 juillet, il disait être allergique aux crustacés en référence aux fameux homards, l’un de ses tweets de 2012 vite exhumé, soulignait son goût pour les araignées de mer, lesquelles appartiennent bien à la catégorie des crustacés.

Nouvelles révélations

François de Rugy estime être la victime d’un "lynchage médiatique". Mais le tenace journaliste de Mediapart Fabrice Arfi lui a répondu par le truchement de l’AFP, que l’information avait été "plus forte que la communication" et qu’en l’occurrence, Mediapart n’avait fait "que son travail".

Lorsqu’il était simple député, de Rugy avait utilisé son indemnité représentative de frais de mandat pour payer une partie de ses cotisations à Europe Écologie-Les Verts, ce qui n’est pas légal.

Le site d’investigation a en outre fait de nouvelles révélations en affirmant que lorsqu’il était simple député, François de Rugy avait utilisé son indemnité représentative de frais de mandat pour payer une partie de ses cotisations à Europe Écologie-Les Verts, ce qui n’est pas légal. De fait, la situation allait devenir intenable autant pour lui que pour Emmanuel Macron qui peine décidément, avec son gouvernement, à relancer la seconde moitié du quinquennat. Le cas de Rugy faisait même grincer des dents au sein d’une majorité présidentielle pourtant réputée par sa discipline.

L’urgence est désormais de passer à autre chose et, une fois encore, de trouver un autre locataire au bel hôtel de Roquelaure qui abrite le ministère de la Transition écologique. Et peut-être de bannir le homard des réceptions officielles, du moins le temps que l’orage passe.

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