Quand Édouard Philippe fait de l'ombre au Président

Édouard Philippe sort renforcé de la crise du Covid-19, jugé solide et rassurant par l'opinion publique française. ©AFP

A 49 ans, le Premier ministre français est aujourd'hui plus populaire qu'Emmanuel Macron. Un point qui pourrait faire pencher la balance à l'heure du prochain remaniement ministériel.

"C'est à croire que tout le monde a oublié le 49-3". C'était avant le second tour des municipales. Et les communistes, ses principaux adversaires dans la ville industrielle du Havre, s'étonnaient devant les sondages en faveur d'Édouard Philippe de l'amnésie des électeurs après les interminables grèves contre la réforme des retraites. Réforme que le Premier ministre français avait fait passer au forceps grâce à cet article de la Constitution qui permet de valider un projet sans vote. Une décision qui, en pleine fronde, lui avait valu d'être taxé d'orgueilleux intransigeant.

Est-ce à dire que le sang froid et la cohérence (qu'on soit d'accord ou pas) finissent toujours par payer? Que les Français aiment les caractères bien trempés? Toujours est-il que cet amateur de boxe anglaise, connu pour être un esprit libre, voit, aujourd'hui, sa cote s'envoler. Au point même d'être plus populaire qu'Emmanuel Macron. Un écart qui s'explique par son capital sympathie auprès des électeurs de droite, plus critiques à l'égard du président de la République. Mais aussi par sa gestion de la crise sanitaire. Époque durant laquelle, omniprésent, ce père de famille, au physique d'intello, a donné le sentiment de tenir prudemment la barre lorsque le chef de l'État, lui, rêvait déjà d'un autre destin après la crise.

Un grand père docker

Se décrivant comme un "pur produit de la méritocratie", Édouard Philippe aime rappeler ses origines modestes et l'histoire de son grand père docker au Havre. Ce dernier aurait néanmoins occupé moins longtemps cette fonction que son arrière-grand père qui était communiste.

Réélu confortablement au Havre

Résultat, Édouard Philippe a remporté ce dimanche haut la main la mairie du Havre, avec 58% des voix contre son adversaire communiste. Et sa baraka ne s'arrête pas là. Selon une enquête Harris Interactive, 55% des Français souhaiteraient également le voir conforté à Matignon lors du prochain remaniement ministériel.

Le profil

28 novembre 1970 - Naissance en Normandie à Rouen

2007 - membre du cabinet d'Alain Juppé au ministère de l'écologie

2010 - Remporte la mairie du Havre puis est élu député

15 mai 2017 - Choisi comme premier ministre par Emmanuel Macron pour former un gouvernement puis un second

28 juin 2020 – Réélu à la mairie du Havre.

 

Si son succès havrais est présenté comme la seule grande victoire de La République en Marche, le Premier ministre n'est cependant pas encarté chez les marcheurs. Il reste un homme affiché de droite.

Après avoir milité dans les années 90 chez les socialistes, cet énarque s'est très vite tourné vers les conservateurs. Avec Alain Juppé comme mentor. En 2007, il intègre d'ailleurs son cabinet au ministère de l'Écologie. Plus tard, il soutiendra également François Fillon à la présidentielle avant de se retirer lorsque ce dernier sera accusé d'emploi fictif. Son parcours mais surtout sa personnalité séduiront ensuite Macron qui, dès 2017, l'appelle à ses côtés pour former son gouvernement.

Il rêvait d'être chef d'orchestre

Il a commencé par jouer du violon avant de très vite apprendre les percussions,"plus adaptées à l'enfant hyperactif qu'il était", a-t-il confié dans le Point. Il reconnaît ne pas avoir eu le talent suffisant pour devenir musicien.

En attente du remaniement

Reste que la crise des gilets jaunes et celle du Covid-19 sont passées par là, que les réformes phare ont depuis été gelées, et que le chef de l'État veut désormais rebattre les cartes avant la présidentielle de 2022. Le fera-t-il en maintenant ce Premier ministre si populaire, qui plus est légitimé par les élections locales? Ou, au contraire, en le remplaçant par un nouveau visage, peut-être plus "vert" ou plus à gauche?

Une chose est sûre, Édouard Philippe n'a pas la fibre très écologiste. "Le président sait ce que je peux faire et il sait aussi ce que je ne peux pas faire", a-t-il prévenu la semaine dernière dans la presse, laissant entendre qu'il ne quémanderait rien. Il est, de toute façon, désormais assuré de retrouver son fief. Et se dit même prêt à en faire "une ville plus douce, plus verte et plus attractive!"

Sous la barbe, le stress

La dépigmentation de sa barbe a longtemps fait jaser. Alors que certains lui conseillaient de teindre cette tâche blanche apparue pendant le mandat, lui s'en amuse et exclut de se raser. "C'est une maladie - un vitiligo - sans gravité", a-t-il fini par révéler.

 

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