"Que Grillo dise ce qu'il veut pour le pays"

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Pier Luigi Besani a exclu de se lancer "dans un ballet diplomatique" avec les uns et les autres pour former une alliance ayant la majorité absolue au Parlement, en particulier avec le Peuple de la Liberté (PDL) de Silvio Berlusconi.

L'Italie se trouve dans une impasse politique, sans vainqueur clair des élections nationales, ce qui a fait retentir de multiples sonnettes d'alarme en Europe face à un possible retour de la crise dans la zone euro.  "Non habemus majoritate", relevait un analyste.


1. La position des uns et des autres

  • Bersani

Le chef de la coalition de gauche italienne, Pier Luigi Bersani, s'est dit conscient mardi du "caractère dramatique" de la situation en Italie après les législatives, et a appelé le chef de file du mouvement contestataire Beppe Grillo à dire "ce qu'il veut pour le pays". Beppe Grillo et son Mouvement cinq étoiles (M5S) qui cristallisent le vote de contestation "ont voulu jusqu'à présent renvoyer tout le monde à la maison, mais maintenant ou ils rentrent à la maison eux-aussi ou ils disent ce qu'ils veulent faire pour ce pays qui est le leur et celui de leurs enfants", a déclaré M. Bersani dans sa première réaction devant la presse après le scrutin.


"Nous sommes conscients du caractère dramatique de la situation et des risques encourus par le pays", a-t-il dit au cours d'une conférence de presse à Rome. "Nous sommes dans une situation nouvelle", a-t-il reconnu, faisant allusion au fait que l'Italie se retrouve sans une majorité politique claire permettant de former un gouvernement. "Nous n'avons pas gagné mais nous sommes les premiers" en termes de pourcentages et de sièges, a relevé M. Bersani estimant que la gauche avait donc "la responsabilité" de faire des propositions devant le Parlement pour le bien du pays.
Il a en revanche exclu de se lancer "dans un ballet diplomatique" avec les uns et les autres pour former une alliance ayant la majorité absolue au Parlement, en particulier avec le Peuple de la Liberté (PDL) de Silvio Berlusconi qui n'avait pas exclu un accord dans la matinée avec le Parti démocrate (PD) de M. Bersani.


"Nous discuterons mais le ballet diplomatique ne correspond pas aux changements que veulent les gens", a-t-il dit. Dans un geste d'ouverture en direction du Mouvement CInq Etoiles qui s'est adjugé un quart des suffrages aux élections pour former chacune des deux chambres, M. Bersani a évoqué des thèmes chers à cette formation, comme la réforme des institutions, la réduction des coûts de la politique, la moralité et la défense des couches les plus défavorisées. Selon lui, ces propositions seront soumises au Parlement où "chacun devra assumer ses propres responsabilités".

  • Berlusconi

Silvio Berlusconi a pour sa part indiqué qu'il était ouvert à la possibilité d'un accord avec le centre gauche qui dispose de la majorité à la Chambre des députés mais pas au Sénat après les élections marquées par un fort vote protestataire en Italie. L'ancien président du Conseil, qui accomplit un surprenant retour en politique, a écarté l'idée d'une alliance avec les centristes de Mario Monti, chef du gouvernement sortant largement désavoué par les électeurs lors des scrutins de dimanche et lundi.

Silvio Berlusconi, dont l'alliance de centre droit devrait compter 117 élus au Sénat contre 119 pour celle de centre gauche, a affirmé que l'Italie devait être gouvernée et que chaque camp devait faire des sacrifices afin de s'entendre.



Berlusconi a, par ailleurs, affirmé ne pas être inquiet de la réaction des marchés après les élections et a minimisé l'importance de l'écart de taux qui s'est creusé entre l'Italie et l'Allemagne.

 

  • Beppe Grillo

Le mouvement protestataire 5 Etoiles (M5S) ne s'alliera qant à lui avec aucune autre formation mais envisagera au cas par cas de voter des réformes, a déclaré de son côté son leader, le tribun Beppe Grillo, au lendemain de sa performance électorale.  "Le M5S ne s'allie avec personne comme il l'a toujours dit", a déclaré sur son blog l'ancien comique, qui est devenu le poil à gratter de la politique italienne.     Parlant devant son domicile à Gênes, Beppe Grillo a observé: "Nous ne sommes pas contre tout le monde. Nous allons voir, réforme par réforme, loi par loi. S'il y a des propositions qui sont compatibles avec notre programme, nous allons les évaluer. Maintenant ce n'est pas le moment de parler d'alliances. Nous devons d'abord retrouver la solidarité avec le pays".    

Beppe Grillo a indiqué que les parlementaires de son mouvement "bloqueraient" toute tentative, de la gauche comme de la droite, pour former une grande coalition au parlement.     Ces déclarations laissent penser à un possible soutien au vote de lois présentées par un gouvernement de gauche, sans un accord formel de coalition avec le parti démocrate (PD), qui dispose d'une majorité à la Chambre.    Beppe Grillo a suggéré que le dramaturge et prix Nobel Dario Fo, qui a soutenu la campagne du Mouvement 5 Etoiles, puisse être candidat à la présidence de la République, à la fin du mandat de l'actuel chef de l'État, Giorgio Napolitano, en avril.    Dario Fo "a l'esprit ouvert et nous avons besoin d'esprits ouverts", a-t-il dit.

 

2. Pourquoi un tel blocage?

La situation de blocage tient au fait que les deux chambres en Italie disposent des mêmes prérogatives et qu'une coalition doit disposer de la majorité dans chacune d'elle pour faire adopter ses réformes.

Or, après une année d'austérité, plus de la moitié des électeurs se sont ralliés aux plates-formes anti-européennes de Silvio Berlusconi et de Beppe Grillo, grand vainqueur du scrutin.

Le centre gauche de Pier Luigi Bersani est crédité de 125.000 voix d'avance sur le centre droit à la Chambre des députés et la prime au gagnant lui garantit une majorité confortable. Il est également arrivé en tête des sénatoriales, mais reste en-deçà de la majorité, y compris avec l'appoint des élus fidèles au centriste Mario Monti, président du Conseil sortant largement désavoué.



Les marchés et les partenaires européens de l'Italie, avides de stabilité, craignaient un tel scénario pour la troisième économie d'une zone euro confrontée à la crise de la dette, au chômage et à la récession. "Il s'agit de la pire issue possible du point de vue des marchés (...) De nouvelles élections semblent inévitables", a commenté Alessandro Tentori, de la compagnie financière Citigroup.



3. Ingérable l'Italie?


A la Chambre des députés, la maigre avance du centre gauche de Bersani est suffisante car la formation ou l'alliance arrivée en tête au palais de Montecitorio se voit automatiquement attribuer une majorité de 340 des 630 sièges de députés.

Au Sénat, où 158 sièges sont nécessaires pour disposer d'une majorité, les choses sont différentes. Après dépouillement de 99,9% des voix, le centre gauche était crédité de 121 sièges, les amis de Silvio Berlusconi en obtenaient 117, ceux de Beppe Grillo 54 et les centristes emmenés par Mario Monti 22 seulement.

A la Chambre haute, la loi électorale en vigueur depuis 2005 prévoit également une prime au vainqueur, mais sur une base régionale. Les 315 sièges sont attribués région par région en fonction du poids démographique.

Le premier choc passé, les marchés ont commencé à échafauder des hypothèses pour la suite: différents types de coalitions, nouveau gouvernement "technique" ou nouvelles élections sont évoqués, mais aucune thèse ne semble s'imposer en l'état. Cette crise éclate alors que l'Italie, déjà fragilisée par près de deux années de récession et une énorme dette de quelque 2.000 milliards d'euros, court en outre le danger de voir sa note rapidement dégradée par des agences de notation.

 

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