"Que Marine Le Pen me rende mon nom"

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C'est la guerre ouverte chez les Le Pen. La direction du Front national a suspendu Jean-Marie Le Pen de la formation. Elle a convoqué une assemblée générale extraordinaire pour le priver de son titre de président d'honneur, mais n'a pas été jusqu'à prononcer son exclusion. Jean-Marie le Pen a dénoncé une "félonie".

"Le bureau exécutif, réuni ce jour à l'issue du bureau politique, a constaté à la majorité de ses membres la nécessité de supprimer l'article 11 bis des statuts du Front national relatif à la présidence d'honneur", indique le Front national dans un communiqué. Une "assemblée générale extraordinaire" du parti sera également "organisée dans un délai de trois mois" pour modifier ses statuts et supprimer notamment la "présidence d'honneur" qu'il occupait.

Je souhaite que la présidente du Front national se marie le plus tôt possible pour ne pas garder le même nom que moi.

"C'est une félonie", réagit le vieux tribun, 86 ans. "J'ai exprimé le souhait que Marine Le Pen me rende mon nom". Le co-fondateur du FN s'est dit prêt à utiliser "tous les moyens" pour contrer une décision qui va, selon lui, "indigner" les adhérents du parti.

Plus tôt dans la journée, il avait ajouté qu'il "faudrait le tuer" pour le museler, avant d'ironiser sur la théorie freudienne selon laquelle un enfant doit "tuer le père" pour affirmer son identité.

Le leader historique de l'extrême droite française s'est dit opposé "pour l'instant" à une accession à la présidence de sa fille Marine, jugeant que ce serait "scandaleux".
"Si de tels principes moraux devaient présider à l'Etat français, ce serait scandaleux", après sa "trahison" à son égard, déclare l'eurodéputé dans une interview diffusée ce mardi par la radio Europe 1. Souhaite-t-il sa victoire à la présidentielle de 2017? "Pour l'instant, non."


Une guerre de famille

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Jean-Marie Le Pen est en conflit ouvert avec sa fille Marine, qu'il a défiée le 2 avril en reprenant des propos sur les chambres à gaz, "détails" de l'Histoire selon lui. Quelques jours plus tard, il enfonçait le clou en critiquant la démocratie et en insistant sur la nécessité de "sauver l'Europe boréale et le monde blanc".

Or, depuis 2011, Marine Le Pen s'évertue à rendre le FN politiquement correct. Elle  a, à cet effet, officiellement tourné la page des compromissions avec les mouvements néo-nazis et antirépublicains, tout en conservant une ligne nationaliste et anti-immigrés. Cette stratégie, couplée à une abstention grandissante en France, a permis au FN de progresser dans les urnes : arrivé en première place aux élections européennes de 2014, il a obtenu 62 élus lors de scrutins départementaux en mars, contre un seul sortant.

Mais le nouveau visage du parti n'a pas l'air de plaire à Jean-Marie Le Pen qui, le premier mai encore, a contesté l'autorité de sa cadette, en s'imposant à Paris sur une estrade où elle devait prendre la parole. Levant les bras en signe de victoire, l'eurodéputé s'est fait acclamer par les militants du parti, réunis pour leur défilé annuel, avant de s'en aller sans écouter le discours de sa fille.

'Les portes de l'enfer'

"Jean-Marie Le Pen ne doit plus pouvoir s'exprimer au nom du Front national, ses propos sont contraires à la ligne fixée", a déclaré dimanche Marine Le Pen, en qualifiant d'"inadmissibles" ses derniers actes.

Concrètement, Jean-Marie Le Pen pourrait perdre son statut de "président d'honneur" du FN, mais il faudrait pour cela organiser un congrès du parti, une hypothèse que Marine Le Pen n'exclut pas.

Un blâme, un avertissement ou une exclusion sont également envisageables. "Tout est possible", déclarait dimanche Florian Philippot, influent numéro deux du parti, pour qui Jean-Marie Le Pen ressemble à un "vieux chanteur qui a du mal à partir". Une exclusion comporterait toutefois des risques sérieux : "ça ouvrirait les portes de l'enfer", prévient un membre du parti. "Il peut être tout aussi venimeux une fois exclu", remarque un autre.

S'il reste populaire auprès des militants historiques du FN, Jean-Marie Le Pen ne peut plus compter sur un large soutien en interne. Dans un sondage publié mi-avril, 67% des sympathisants du FN se disaient favorables à son départ et 74% d'entre eux jugeaient sa présence médiatique comme un handicap pour le parti.

Sans préjuger des décisions de son instance disciplinaire, le bureau politique du FN a adopté lundi une motion pour prendre ses distances avec "le menhir", surnom lié à ses origines bretonnes.

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