Quel casting (belge) pour la future Commission européenne?

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La présidente de la Commission Ursula von der Leyen étant élue, il reste à désigner les 27 commissaires de l’exécutif européen. La Belgique, dont le gouvernement est en affaires courantes, peut proposer le sien ou prolonger l’ancienne commissaire Thyssen. Au risque de perdre l’occasion de négocier un portefeuille clé.

Le rideau est tombé sur la nomination d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission, l’acte II peut commencer. La désignation d’un collège de 27 commissaires qui, sous sa présidence, feront battre le cœur de l’Europe.

Ursula von der Leyen, propulsée à sa nouvelle fonction par le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel, dispose de trois mois pour composer le casting idéal. "Petite rose", comme la surnomme son entourage, n’est pas seule à décider.

"À ce stade, c’est Macron qui a les choses en main."
marie arena
eurodéputée (S&D, PS)

Dans les jours qui viennent, chaque gouvernement proposera son commissaire, le tout sous le contrôle d’un Conseil européen dont la France et l’Allemagne tiennent les rênes. "Nous sommes dans une phase où le Conseil européen a le dessus", confie la députée belge Marie Arena (S&D, PS), "et à ce stade, c’est Macron qui a les choses en main".

Emmanuel Macron est incontournable. Et cela va durer. Angela Merkel étant sur le départ, il faudra attendre un certain temps avant qu’une personnalité aussi forte qu’elle imprime les volontés de Berlin dans la trame européenne.

Le casting idéal

La présidente von der Leyen attend la proposition de chaque État de l’UE. Le dosage devrait respecter l’équilibre de la coalition tripartite PPE, libérale, socialistes, sans que cette condition soit gravée dans le marbre. Elle se réserve le droit de rejeter certaines candidatures pour atteindre une parité homme-femme.

Certains commissaires sont déjà connus, comme la Danoise Margrethe Vestager (RE), le Néerlandais Frans Timmermans (S&D), le Letton Valdis Dombrovkis (PPE), le Slovaque Maros Sefcovic (S&D). Sombre première, l’Italie pourrait envoyer un commissaire d’extrême droite, Giancarlo Giorgetti (La Ligue).

Certains pays ont déjà annoncé la couleur des compétences qu’ils souhaitent. La France voudrait le commerce ou le climat, deux compétences centrales dans le programme d’Ursula von der Leyen. L’Italie rêve de la concurrence.

La Belgique a le choix

La Belgique, dont le gouvernement est en affaires courantes, a deux solutions. Elle peut proposer un commissaire. "Le gouvernement belge, même en affaires courantes, peut proposer un commissaire, cela s’est déjà vu", dit Kris Peeters (PPE, CD&V).

La Belgique peut aussi "prolonger" l’ex-commissaire Marianne Thyssen (CD&V) en attendant la formation de l’exécutif. "Je préconise de conserver Marianne Thyssen, le temps d’avoir un gouvernement fédéral", dit Marie Arena.

Le poste équivaut à un vice-premier ministre belge, ce qui pèse lourd dans les négociations. Difficile de trancher avant de connaître la prochaine coalition. Par contre, si notre pays attend la formation d’un exécutif fédéral pour proposer un commissaire, il risque d’obtenir un portefeuille plus modeste.

"Le gouvernement belge, même en affaires courantes, peut proposer un commissaire."
Kris Peeters

En tout état de cause, pour obtenir des compétences importantes, les Belges devront se battre. "La Belgique a déjà reçu beaucoup avec la présidence du Conseil, elle n’est pas le centre du monde", ajoute cette source.

Quant à la personne, il est trop tôt pour spéculer. D’après la règle non-écrite d’alternance, il devrait s’agir d’un, ou une, francophone, la dernière commissaire étant une démocrate-chrétienne flamande.

Un, ou une, socialiste? On parle de Paul Magnette, même si le pourfendeur du CETA n’a pas laissé que de bons souvenirs au Berlaymont. Quant aux écologistes, ils n’excluent rien, d’autant que le coprésident du groupe des Verts au Parlement européen, Philippe Lamberts est ouvert à d’éventuelles discussions avec la présidente de la Commission. Les libéraux sont aussi en piste, Didier Reynders, dont le profil est idéal pour cette fonction, étant souvent cité. Mais la désignation de Charles Michel à la présidence du Conseil pourrait compliquer les choses.

Si les partis francophones prennent le poste de Premier ministre, la Flandre pourrait exiger, en retour, celui de commissaire. Dans ce cas, le poste irait comme un gant à un format comme Kris Peeters ou à un membre de la N-VA.

En quête d’une majorité stable

Au-delà des questions de casting, la principale difficulté d’Ursula von der Leyen sera de se trouver une majorité stable reflétant un savant dosage. La coalition qui la soutient est des plus fragiles. Mardi soir, avec 383 députés sur 747, elle n’est passée qu’à neuf voix près. Une grande partie des 444 élus de la tripartie formée par les démocrates chrétiens (PPE), les libéraux (RENEW) et les socialistes (S&D) n’ont pas voté pour elle.

Les Verts, qui forment le premier parti d’opposition, sont prêts à revenir à la table des négociations, mais ils réclament, en plus de quatre portefeuilles de commissaires, des discussions de fond sur le programme de la Commission.

Dans les mois qui viennent, la présidente von der Leyen va tenter de rallier les socialistes et les écologistes qui ont voté contre elle, au moins pour des propositions ciblées.

Les Verts, qui forment le premier parti d’opposition, sont prêts à revenir à la table des négociations, mais ils réclament, en plus de quatre portefeuilles de commissaires, des discussions de fond sur le programme de la Commission. Pas question de servir de force d’appoint. Or, pour faire passer ses propositions écologiques ambitieuses, Ursula von der Leyen aura besoin de toutes les forces en présence.

Les socialistes déçus par la nouvelle présidente, comme les Belges Marie Arena et Marc Tarabella, sont aussi concernés. "Il va falloir qu’elle sache où elle va faire ses majorités", résume Marie Arena.

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