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Quelles sont les chances que le deal soit accepté?

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Les 639 députés britanniques se prononcent ce samedi sur le deuxième accord du Brexit, conclu par Boris Johnson avec l’Union européenne. Une validation et la sortie britannique de l’UE sera quasiment définitive. Un rejet et les cartes seront redistribuées.

Le Royaume-Uni n’a jamais été aussi proche de la sortie de l’Union européenne. Un vote favorable du Parlement, cet après-midi, rendra impossible le retour en arrière, même si la loi devra encore être votée par le Parlement européen et inscrite dans la législation.

Boris Johnson a conclu son deal deux semaines avant la date fatidique du 31 octobre, et n’aura donc pas de seconde cartouche.

Tout proche du Brexit, donc. Et en même temps, tout proche de l’échec définitif du processus. En cas de rejet, Boris Johnson sera contraint de demander un report à l’Union européenne, ce qui laissera à l’opposition l’espace nécessaire pour convoquer un référendum et retarder l’élection générale. Theresa May avait soumis son accord trois fois, mais en prenant soin de le conclure avec l’UE plus de quatre mois avant la première deadline du Brexit. Boris Johnson a conclu son deal deux semaines avant la date fatidique du 31 octobre, et n’aura donc pas de seconde cartouche. Mais à la différence de celle qui l’a précédé à Downing Street, Johnson peut présenter un accord qui a toutes ses chances.

Sur le papier, sans le soutien du DUP, celles-ci semblaient relativement basses il y a encore deux jours. Mais le Premier ministre peut s’appuyer sur une dynamique irrésistible. Les conservateurs savent que cette dynamique va encore évoluer favorablement jusqu’à la prochaine élection s’il parvient à accomplir miraculeusement ce Brexit, comme il s’y était fermement engagé. Les conservateurs savent que le parti est peut-être en train de vivre des heures historiques. Ils ont tout à gagner à être sur la photo. Et quasiment rien à perdre, puisque la tenue de ce vote est déjà, en soi, un petit miracle.

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Attendrissement et brutalité

Les "Spartans", ces Brexiters durs qui étaient prêts à un no deal, et qui restent très sensibles à la cause unioniste nord-irlandaise, connaissent la brutalité de BoJo, et ont bien compris que leur étiquette tory leur serait retirée s’ils votent contre. Quand aux 21 rebelles tory, expulsés du parti le mois dernier après avoir contesté la suspension du Parlement, ils bénéficient depuis 48 heures d’un "love bombing" attendrissant. Certains font semblant de se faire désirer. Comme le "rebelle" Philip Hammond, qui a conditionné son vote à la garantie qu’il n’y aurait pas de no deal à la fin de la période de transition, si les négociations commerciales devaient échouer. Boris Johnson fera donc faire le plein de votes dans son propre parti. Mais sans le DUP, cela ne suffira pas.

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La légende du Brexit – s’il est validé –retiendra qu’il a été rendu possible par le vote de travaillistes. Environ 225 d’entre eux voteront contre cet accord. Une quinzaine d’autres ont très mal dormi cette nuit. Ce sont eux qui feront la différence cet après-midi. Cinq travaillistes ont voté pour l’accord de Theresa May l’hiver dernier. Il en faudra au moins cinq de plus, ou un tout petit peu plus, ou un tout petit peu moins, pour exaucer le rêve de Johnson.

Ces travaillistes représentent essentiellement des circonscriptions du nord-est de l’Angleterre où le Leave est arrivé en tête. Voter pour l’accord relèvera donc d’une certaine logique. Mais ce faisant, ils propulseront leur pire ennemi Boris Johnson à Downing Street jusqu’en 2025, et sans doute avec une large majorité, si l’élection est organisée dans quelques semaines. L’heure est grave pour le Labour de Corbyn. L’opposition a d’ailleurs renoncé à présenter un amendement sur l’organisation d’un second référendum, qui ne séduit pas tous les députés, pour mieux se concentrer sur cette urgente priorité: rejeter le deal.

À Westminster, Johnson ne détient pas le monopole de la roublardise.

Un autre amendement va en revanche être soumis aux députés, qui forcera Boris Johnson à envoyer une lettre de demande de report même si son deal est validé. Le but officiel est d’éviter qu’il profite du temps nécessaire pour inscrire le Brexit dans la loi afin de faire passer en catimini un no deal, le 31 octobre. Le but officieux est de désacraliser l’importance de ce vote, de signifier qu’un autre vote sera possible, et ainsi de persuader certains députés de voter contre, afin de mieux continuer à jouer la montre, maximiser la pression sur Downing Street pour obtenir ce qu’ils souhaitent, voire se donner du temps pour déclencher un référendum. À Westminster, Boris Johnson ne détient pas le monopole de la roublardise.

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