Réaction à chaud de l'économiste Marc Touati

Marc Touati

Pour l'économiste Marc Touati, si François Hollande décide d’augmenter fortement les dépenses publiques, "alors, le couperet tombera très rapidement : la note de la dette publique française sera dégradée d’au moins deux crans et les taux d’intérêt à dix ans flamberont au-delà des 4 %".

Et qu’est-ce qu’on fait maintenant Monsieur le nouveau Président ? Telle est la question que tous les Français, mais aussi les Européens et enfin les investisseurs du monde entier sont en droit de se poser. En effet, si la victoire de François Hollande est nette, les mesures que ce dernier va prendre dans les prochaines semaines restent encore floues, en particulier sur le front économique.

De quoi aviver les inquiétudes sur l’avenir de la France et de la zone euro. Car, ne nous voilons pas la face, la tâche sera rude. Et pour cause : la récession est déjà de retour dans de nombreux pays eurolandais et ne devrait pas tarder dans l’Hexagone. Dès le 15 mai, l’INSEE devrait effectivement annoncer une baisse notable du PIB français au cours du premier trimestre 2012.

Plus que jamais, la proposition phare du candidat Hollande de restaurer la croissance devient essentielle. Mais si celle-ci est indispensable, la façon d’y arriver sera encore plus déterminante. Si Monsieur Hollande décide d’augmenter fortement les dépenses publiques, alors, le couperet tombera très rapidement : la note de la dette publique française sera dégradée d’au moins deux crans et les taux d’intérêt à dix ans flamberont au-delà des 4 %. Des évolutions qui ne manqueront pas de casser le peu de croissance qui nous restent et d’exacerber les tensions sur les marchés financiers.

A partir de là, le nouveau Président devra réagir très vite et prendre ses responsabilités. Attention, nous ne sommes pas en 1981. A l’époque, la dette publique française n’était que de 20 % du PIB et cette dernière était détenue à 80 % par des investisseurs nationaux. Dès lors, le Président Mitterrand a pu bénéficier de deux ans avant de faire machine arrière et sauver la construction européenne. La situation actuelle est très différente : la dette publique avoisine les 90 % du PIB et est détenue à plus de 65 % par des investisseurs étrangers.

Dans ce cadre, la France aura, au mieux, quatre mois, pour faire face à ses engagements internationaux et convaincre ses partenaires européens. Rien n’est encore joué. Ce sont souvent des guerriers qui font la paix et des pacifistes qui font la guerre. Autrement dit, Monsieur Hollande aura peut-être les moyens et la volonté de convaincre les Allemands, mais ceci ne pourra se faire sans réduction des dépenses publiques françaises.

En conclusion, la mission principale du nouveau Président réside dans la restauration de la crédibilité de la France sur la scène européenne. S’il y parvient, alors la croissance pourra revenir et la zone euro sera sauvée. Sinon, il faut malheureusement se préparer à une crise encore bien plus dramatique que celle que connaît l’Hexagone depuis 2008.

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