Regain de tension autour de la Crimée

Le président ukrainien Petro Poroshenko entouré des chefs de la sécurité national. ©REUTERS

Après avoir accusé l'Ukraine de tenter de déstabiliser la Crimée, Moscou a déployé un système de défense antiaérien et antimissile dans cette zone stratégique ultrasensible. Près de deux ans après l'annexion de la péninsule par la Russie, la communauté internationale s'est montrée particulièrement inquiète à propos d'un potentiel retour des violences dans cette région.

La Crimée, péninsule au sud du territoire ukrainien annexée en 2014 par la Russie, est depuis quelques jours le cadre d'un nouveau regain de tension entre les deux pays. 

En effet, l'Ukraine a placé ce jeudi ses troupes en état d'alerte rouge le long de la ligne de démarcation avec la Crimée et dans l'Est du pays, après que la Russie a affirmé avoir déjoué des "attentats", fomentés selon elle par Kiev. 

La Crimée

 

Les services de renseignement russes accusent l'Ukraine d'avoir organisé plusieurs incursions de "saboteurs-terroristes" qui se sont soldées par des affrontements armés et ont coûté la vie, selon Moscou, à un agent du FSB (ex-KGB) et à un militaire russe. 

Le président Vladimir Poutine a utilisé des morts forts en accusant les autorités ukrainiennes d'être "passées à la terreur" dans le but de déstabiliser la Crimée.

En réaction aux manoeuvres des troupes ukrainiennes, la Russie a quant à elle annoncé qu'elle avait avait déployé un système de défense antiaérienne et antimissile ultramoderne S-400 dans cette zone très sensible

→ La communauté internationale aux abois 

Les récents événements ont été suivis avec grand sérieux par la communauté internationale. Les Etats-Unis se sont déclarés "extrêmement inquiets" et ont appelé les deux camps à éviter toute "escalade". 

"La Russie est clairement en train d'utiliser ce qui s'est passé en Crimée pour souligner auprès des Occidentaux que les dirigeants ukrainiens refusent tout compromis".
Alexandre Baounov
Politologue au centre Carnegie de Moscou

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a quant à lui souligné "l'importance pour l'Ukraine et la Russie de résoudre, par le dialogue, les récentes tensions au sujet de la situation en Crimée".

Le représentant spécial du gouvernement allemand pour la Russie Gernort Erler. a quant à lui parlé d' "un nouveau pas vers la sortie de la logique du processus politique et un pas vers la logique d'un affrontement militaire".

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a quant à lui appelé les Occidentaux à mettre en garde Kiev "contre des mesures dangereuses qui pourraient avoir les conséquences les plus négatives".

Dans ce contexte, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui surveille l'évolution de la situation en Ukraine, a annoncé vendredi avoir augmenté le nombre de ses observateurs au niveau de la frontière avec la Crimée.

→ Que veut réellement Moscou?

A la suite des déclarations de Vladimir Poutine, certains ont craint que Moscou ne saisisse cette occasion pour déclencher une opération militaire et créer un couloir terrestre entre la Russie et la Crimée. 

Mais pour le politologue Alexandre Baounov, du centre Carnegie de Moscou, une telle hypothèse "contredit la logique" actuelle de la Russie qui, fragilisée par une crise économique, souhaite normaliser ses relations avec les Occidentaux et voir levées les sanctions européennes et américaines.

9.500
Le nombre de personnes ayant perdu la depuis avril 2014 dans le cadre du conflit entre l'Ukraine et les combattants séparatistes pro-russes.


Selon l'expert, le Kremlin cherche plutôt un nouveau levier pour peser davantage sur les négociations en vue du règlement de la crise ukrainienne, au point mort depuis la conclusion des accords de Minsk en février 2015. "La Russie est clairement en train d'utiliser ce qui s'est passé en Crimée pour souligner auprès des Occidentaux que les dirigeants ukrainiens refusent tout compromis", estime M. Baounov.

→ Les intérêts de Kiev

Les experts s'accordent à dire que toute tentative ukrainienne de récupérer la Crimée par la force serait illusoire"La dégradation de la situation n'est pas dans l'intérêt du gouvernement ukrainien", insiste Vadym Karasyov, directeur de l'Institut des stratégies mondiales à Kiev.

 Dès lors, pour M. Baounov, ce brusque regain de tensions représente pour Kiev l'opportunité de remettre la Crimée au coeur des négociations, alors que les Occidentaux concentrent leurs efforts sur le conflit dans le Donbass, dans l'est de l'Ukraine. 

"Moscou a réussi assez rapidement à séparer les questions du Donbass et de la Crimée", souligne-t-il. "Et le moment où ces deux questions peuvent être de nouveau liées pourrait s'envoler à jamais".

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