"Retrouver le courage politique, c'est la bataille du moment"

Emmanuel Macron et Charles Michel répondaient aux questions des étudiants de l'UCLouvain, mardi. ©EPA

Emmanuel Macron a répondu aux questions sans filtre des étudiants de l'UCLouvain aux côtés de Charles Michel, ce mardi. Il a surtout été question d'ambitions pour l'Europe, mais aussi de F-35, de financement des unifs... Le tout bien sûr avec un incident d'auditoire.

L’exercice était taillé sur mesure pour Emmanuel Macron. Une scène façon plateau de télé avec table haute et tabourets – un pour Charles Michel, un pour lui -, cernée de jeunes, le tout surplombé par un auditoire d’étudiants (1.000 selon les organisateurs, 800 selon l’AFP) prêts à décocher des questions mêlant souvent critique et candeur. Un incident mis à part (on y reviendra), la rencontre-débat avec les étudiants réunis dans l’Aula Magna de l’UCLouvain est pour le français une promenade de santé.

Changer d'approche 

"Je suis favorable à ce qu’on puisse changer les traités [mais] il faut une règle claire : Celui qui est contre ne bloque pas les autres."
Emmanuel Macron
président français

À Tom, qui l’interroge sur le fonctionnement de l’Europe à plusieurs vitesses qu’il défend, le président français explique : il ne veut "pas l'Europe du plus petit dénominateur commun", mais "l'Europe de la plus grande ambition qui attire les autres". "Je suis favorable à ce qu’on puisse changer les traités [mais] il faut une règle claire : celui qui est contre ne bloque pas les autres" - contrairement à ce qu’il s’est passé quand la France a bloqué en 2005 l’adoption du traité constitutionnel européen. Les traités européens sont adoptés à l’unanimité, mais Schengen fait par exemple partie de l’acquis communautaire sans lier l’Irlande. Une méthode qui suppose de la part de la classe politique - en particulier proeuropéenne - de défendre avec force les réalisations concrètes de cette Union : "Retrouver le vrai courage politique, c’est la bataille du moment."

Gilets jaunes 

«Il faut pouvoir regarder en face les gens qui vont perdre leur emploi parce qu'on va fermer les centrales à charbon.»
Emmanuel Macron
président français

Maxime alpague l’hôte français sur le climat, de la démission de Nicolas Hulot aux gilets jaunes en passant par le pouvoir des lobbies. Emmanuel Macron insiste sur sa stratégie : taxer davantage les énergies fossiles – ce qui au passage ne sert pas les intérêts des lobbies pétroliers – tout en accompagnant "les ménages les plus modestes". Et, appelant Rimbaud à la rescousse - "Il y a la dure réalité à étreindre" - il évoque la difficulté à prendre des mesures climatiques qui touchent nécessairement les gens. "Il faut pouvoir regarder en face les gens qui vont perdre leur emploi parce qu'on va fermer les centrales à charbon" - et prévoir des mécanismes d’ajustement. À l’échelle européenne, le Français défend "un prix plancher du CO2" et pour éviter un déséquilibre compétitif, "une taxe carbone à nos frontières" - une constante française, Nicolas Sarkozy la défendait en son temps.

Rafale

Excuses pour le lapsus dans ce titre: c’est bien du F-35 dont il sera question dans la suite du débat. Si on peut y arriver. Car c’est à peu près à ce stade de la rencontre qu’Emmanuel Macron, Charles Michel et leur auditoire ont droit à une tentative de chahut – on est à l’unif tout de même. Une occasion en or pour le président français d’emporter facilement le duel surprise: au garçon qui déroulait son calicot en lançant des tracts, le président français demande sur un ton paternant de cesser de jeter des papiers qu’il ne sera pas là pour ramasser et propose de revenir à lui pour répondre à sa question. Quand il y revient, la journaliste qui anime le débat, Johanne Montay, constate: "Monsieur n'est plus là et il n'a pas ramassé les papiers."

Les F-35, donc? On aborde l’armée européenne. L’Europe de la défense, en cours de construction, est pour Macron "un ciment fort" pour des Européens et "un moyen de dépassionner notre débat avec les Russes". Les étudiants qui ont gagné à la loterie des mains levées manquent l’opportunité de forcer Charles Michel à s’expliquer devant son ami politique sur l’achat par la Belgique d’avions de combat américains plutôt qu’Européens, mais c’est sans compter Johanne Montay, au tournant pour lancer l'incontournable pique. "Je veux totalement assumer" l’achat des F-35 lance le Premier: il est "compatible" avec l’Europe de la Défense.

Macron écoute l’explication et son regard se fait froid. La Belgique n’a pas attendu la France pour lancer des partenariats avec ses voisins, notamment en termes d’équipements militaires, or "la plupart des pays européens ont choisi l'avion américain". Et si bien sûr on est pour une Europe de la défense, Charles Michel souligne qu’il faut aussi progresser en matière d’Affaires étrangères: on a "des divisions qui restent très importantes sur les stratégies internationales", et au fond, "quelle est la doctrine militaire?" Le chantier est ouvert.

Euro-cherche 

On ne serait pas à l’unif sans qu’un calicot soit déroulé. On n'y serait pas non plus sans une question sur le financement de la recherche. C’est notamment à cela que doit servir le "budget de la zone euro" - en cours de négociation par les ministres des Finances et qui pourrait atterrir le mois prochain -, indique Charles Michel : "Une capacité d’investissement pour l’innovation, pour la recherche." Emmanuel Macron embraye sur un effort de simplification administratif qui doit accompagner la mise en commun budgétaire.

On le savait, il n’était pas question ce mardi matin d’un débat entre Macron et son collègue belge – ces deux-là sont en phase sur tous les sujets ou presque. Une promenade de santé, donc, en forme d'échauffement pour les européennes de mai prochain.

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