Réunion préparatoire avant un sommet "crucial"

La France et l'Allemagne parviendront-elles à parler d'une seule voix ce dimanche?

Une réunion préparatoire a été organisée d'urgence ce mercredi à Francfort. Il s'agit d'accorder les positions des grands Etats avant le sommet européen qui se tiendra ce week-end. La France est sous pression et cherche à sauvegarder son rating Triple A. L'Allemagne relativise elle l'importance du sommet. Barroso parle lui de sommet crucial.

Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a appelé mercredi l'Europe à apporter lors de son sommet de dimanche une "réponse vigoureuse" à la crise de la dette pour stopper la contagion, estimant que l'UE était à un "moment crucial" pour son avenir. "Nous sommes à un moment crucial, décisif pour l'avenir de l'euro et l'avenir de l'Europe", a-t-il déclaré.

"Je n'ai pas voulu dramatiser mais mettre tout le monde devant ses responsabilités. Les décisions prises ou pas prises auront un impact", a-t-il souligné.

A plusieurs reprises cette semaine, Berlin a douché l'espoir d'une résolution définitive de la crise de l'euro lors du sommet européen de dimanche. Mardi soir, la chancelière Angela Merkel avait estimé que le sommet était un "pas important mais que d'autres pas suivront après".

La France, de son côté, s'inquiète du dédain que montre l'Allemagne face à ce sommet. Pour preuve: Nicolas Sarkozy - dont l'épouse est à la matrernité pour accoucher - a fait ses bagages ce mercredi après-midi afin de rendre une visite éclair à la Chancelière allemande Angela Merkel.

Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet, son successeur Mario Draghi, les présidents du Conseil et de la Commission de l'Union européenne (UE), Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso, la directrice générale du FMI Christine Lagarde et les ministres des Finances français et allemand, François Baroin et Wolfgang Schaüble, participent également à cette "réunion informelle".

"Si on ne réussit pas dimanche, l'Europe sera en très grand risque", a averti de son côté le Premier ministre français François Fillon, dont le pays tremble désormais pour son "triple A", notation d'excellence sur les marchés, depuis la mise en garde de Moody's. "

Dégradations en cascade

Une chose est sûre, la tension monte avant ce sommet, car la crise de la dette s'étend et la pression des agences de notation se renforce.
L'Espagne vient de subir une nouvelle dégradation de la note de sa dette souveraine, pour la troisième fois en moins de deux semaines, tandis que la Grèce est paralysée ce mercredi par une grève générale, organisée pour protester contre les mesures d'austérité du gouvernement.

Depuis le début des turbulences fin 2009 en Grèce, l'incendie n'a cessé de se propager dans la zone euro, menaçant la monnaie commune mais aussi l'économie mondiale. Souvent divisés sur la marche à suivre, les responsables européens n'ont le plus souvent fait que colmater les brèches sans apporter de réponse convaincante. Après de multiples rendez-vous manqués - les décisions prises lors d'un précédent sommet le 21 juillet ne sont toujours pas en place - ils espèrent cette fois opérer un tournant.

Ecofin en fin de semaine

La fin de semaine sera dense à Bruxelles, avec en préambule au sommet des réunions des ministres des Finances de la zone euro, vendredi, puis de toute l'Union européenne, samedi. "Il faut, un, se mettre d'accord sur le niveau de restructuration de la dette grecque, deux, donner au Fonds de stabilité européen un effet de levier puissant pour décourager les attaques contre les autres pays, en particulier l'Italie, trois (procéder) à une recapitalisation des banques", a résumé M. Fillon en plantant le décor. Les pays du G20, qui se réuniront début novembre à Cannes en France au plus haut niveau, attendent des résultats.

Ces propos volontaristes contrastent avec des déclarations beaucoup plus prudentes en provenance d'Allemagne: la chancelière Angela Merkel "a prévenu que les rêves de voir la crise terminée dès lundi ne pourront pas se réaliser", selon un porte-parole.

Reste que le sommet pourra difficilement se clore sans annonce un tant soit peu concrète. Sinon, la réaction des marchés financiers lundi risque d'être brutale. "Tout le monde est conscient qu'il faut aboutir à des résultats", dit une source proche du dossier.

La Grèce ne peut plus gérer ses quelque 350 milliards d'euros de dette. La proportion de remboursement à laquelle ses créanciers privés vont devoir renoncer est l'un sujets prioritaires du sommet. Il pourrait être tranché même dès vendredi, selon une source européenne.

Dans le détail, le chiffre de 21% de "décote" décidé le 21 juillet pourrait être porté à un niveau proche de 50%. Mais il faut parvenir à une solution négociée avec les banques, qui pour l'heure se font prier.

Recapitalisation des banques en question

Le niveau de recapitalisation nécessaire aux banques pour absorber ce choc et le risque de défaut de paiement grec est un autre sujet-clé de discussion. L'UE préconise de relever le ratio de fonds propres "durs" des établissements bancaires - le matelas de réserves minimum - à 9%, mais il se pourrait qu'aucun volume global des montants nécessaires à la recapitalisation ne soit fixé à l'issue du week-end. Sur ce point aussi, les résistances sont fortes. Pour le président de la banque Santander, Emilio Botin, une recapitalisation forcée n'aurait "aucun sens" et nourrirait l'incertitude sur les marchés.

Quant à une recapitalisation sur fonds publics, elle pourrait se heurter au refus de la France, de plus en plus inquiète de perdre son précieux "triple A" qui lui permet d'emprunter à moindre coût sur les marchés.

Paris et Berlin souhaitent renforcer l'Union monétaire avec des sommets de ses dirigeants deux fois par an sous la houlette de Herman Van Rompuy, qui préside déjà ceux de toute l'Union européenne. L'idée inquiète la Commission européenne, qui redoute d'être marginalisée. De leur côté, les Néerlandais proposent de renforcer la discipline budgétaire en créant un poste de "super commissaire européen" chargé du dossier. La Banque centrale européenne parle même à terme d'un ministre européen des Finances.

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