portrait

Rishi Sunak, nouvelle coqueluche ultra populaire des Tories

Ce jeune quadragénaire d’origine hindoue représente la parfaite synthèse de toutes les sensibilités qui tiraillent le parti tory depuis le référendum sur le Brexit.

Depuis douze ans, les Chanceliers de l’Echiquier successifs ont subi des secousses si étourdissantes qu’ils ont suscité une forme de compassion. C’était le cas d’Alistair Darling au moment de la crise financière, et de Philip Hammond après le référendum sur le Brexit. Mais aucun n’a atteint de tels niveaux de popularité que Sunak. Selon un sondage d’IPSOS Mori réalisé en septembre, celui-ci était le ministre de l’économie le plus apprécié depuis le travailliste Denis Healey en 1978. 64% des Britanniques étaient satisfaits de son action, dont 59% de sympathisants du parti de l’opposition.

Des propos maladroits tenus au début de l’automne sur la nécessité pour les artistes de penser à une reconversion ont à peine écorné son image. Selon Yougov, 48% des Britanniques ont encore une image positive (contre 17% qui ont une image négative). Il est la personnalité politique préférée des Baby Boomers, ainsi que des versatiles Millennials.

Dans la sphère d’influence de Carrie Symonds

Le secret de sa popularité? Avant tout sa capacité à capter toutes les sensibilités du parti Tory sans jamais s’enfermer, ni s’enferrer, dans certaines logiques purement politiciennes. Sunak est un adepte du "en même temps" façon british. Il a voté en faveur du Leave en 2016, mais a aussi adhéré à l’accord de retrait raisonnable qu’avait négocié Theresa May. Il a été adoubé par Dominic Cummings, mais a aussi travaillé en étroite collaboration avec le précédent ministre de l’Economie Sajid Javid, qui a justement démissionné en début d’année en raison de rapports conflictuels avec le principal conseiller de Boris Johnson entre 2015 et 2020.

Il est aussi un ami très proche d’Allegra Stratton, nouvelle cheffe de presse du gouvernement, qui a elle-même été choisie, voire imposée, par Carrie Symonds, la fiancée du Premier ministre.

Rishi Sunak est passé entre les gouttes des nombreux orages idéologiques qui ont secoué le parti Tory depuis le départ de David Cameron, et s’inscrit parfaitement dans la nouvelle ligne qui commence à se faire jour depuis l’annonce du départ de Dominic Cummings.

Nommé ministre de l’Economie en février dernier, Rishi Sunak avait alors accompli l’ascension la plus rapide à la tête d’un ministère régalien depuis l’après-guerre. Il y a deux ans seulement, il était entré en tant que sous-secrétariat d’Etat pour les collectivités locales, avant de devenir directeur de cabinet au Treasury. Son parcours de député avait également commencé très tôt, à seulement 35 ans, dans la circonscription de Richmond (Yorkshire).

La formation accélérée de cet Anglais d’origine hindoue ne s’est pas arrêtée là. Le 11 mars dernier, quelques jours avant le confinement, il présentait son premier budget, qui prévoyait 12 milliards de livres pour amortir les effets de la pandémie. A l’occasion du pré-budget 2021, présenté hier, il a actualisé le montant de la facture de cette année: 280 milliards de livres, soit 23 fois plus que le plan initial. Un montant qui va faire gonfler la dette de 394 milliards de livres supplémentaires, le "plus haut" niveau jamais atteint par le Royaume-Uni en "temps de paix".

Pur produit de la finance

Rishi Sunak a travaillé essentiellement dans la finance avant d’entamer une carrière politique. Il a d’abord été analyste à Goldman Sachs dès l’âge de 21 ans, avant de travailler pour plusieurs hedge funds. Il est marié avec la fille du cofondateur d’Infosys, le milliardaire N.R. Narayana Murthy.

Une famille hindoue au passé africain

Le père de Rishi Sunak est né au Kenya et sa mère en Tanzanie, mais sont d’origines hindoues, puisque leurs parents sont nés dans le Punjab, en Inde. Ils ont ensuite émigré sur le continent africain, avant de rejoindre le Royaume-Uni.

Brexit? Quel Brexit?

La question du Brexit a été totalement absente du discours de présentation du pré-budget de Rishi Sunak, alors que la veille, le gouverneur de la Banque d’Angleterre Andrew Bailey indiquait qu’un no deal coûterait davantage que la crise du Covid à long terme.

CV Express

  • Né le 12 mai 1980.
  • 2001 : débuts dans la finance en tant qu’analyste chez Goldman Sachs.
  • 2009 : mariage avec la fille du co-fondateur d’Infosys.
  • 2015 : élu député de Richmond (Yorskhire).
  • 2018 : sous-secrétaire d’Etat aux Collectivités locales.
  • Février 2020 : succède à Sajid Javid au ministère de l’Economie.

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