Rome choisit la "sage voie du milieu" pour son déficit

Roberto Gualtieri. ©Photo News

Le déficit public italien devrait tourner autour de 2,2% du PIB en 2020. Une marge de flexibilité a été accordée par Bruxelles à hauteur d’environ 14 milliards d’euros. L’exécutif Conte veut déclarer la guerre à l’évasion fiscale, estimée à 110 milliards d’euros annuels.

"La tâche qui m’a été confiée était ardue. Il a fallu trouver 23 milliards d’euros en 23 jours…" a avoué, au cours d’une récente interview, avec un soupçon d’ironie, le tout nouveau ministre de l’Économie italien, Roberto Gualtieri.

L’annonce de l’objectif de déficit public pour 2020, qui a eu lieu lundi soir après l’un des plus importants conseils des ministres de cette législature, montre que Gualtieri a dépassé ses propres attentes.

L’hétéroclite coalition, constituée par le Parti démocrate (centre gauche) et le M5S (formation anti-système), a concocté, en un temps record, une manœuvre économique de l’ordre de 30 milliards d’euros. "Malgré les requêtes initiales de l’Europe, qui nous imposait de réduire le déficit structurel de 0,6%, nous mettrons en place une politique de petite expansion", a expliqué le ministre.

"Malgré les requêtes initiales de l’Europe, nous mettrons en place une politique de petite expansion."
Roberto Gualtieri
Ministre des finances

Quelques heures plus tôt, Roberto Gualtieri avait promis que l’Italie adopterait une "sage voie du milieu" pour son budget.

Le déficit public pour 2020 tournera, en effet, autour de 2,2% du PIB dans l’espoir de relancer une croissance nationale depuis trop longtemps en berne et qui, l’année prochaine, devrait péniblement atteindre 0,6% du PIB.

Une marge de flexibilité accordée par Bruxelles

Après s’être résolument détourné des invectives et des attaques frontales propres au précédent gouvernement, l’exécutif dirigé par Giuseppe Conte a su séduire Bruxelles. Un retour de confiance qui explique la marge de flexibilité (environ 14 milliards d’euros) accordée à la péninsule pour une loi de finances qui sera officiellement présentée dans quelques semaines.

La nouvelle majorité, au pouvoir depuis même pas un mois, s’est formée avec la promesse d’empêcher à tout prix la hausse automatique de la TVA, prévue pour 2020. Or, l’exécutif maintient cette promesse et s’est, de même, engagé à ne pas couper les fonds destinés au secteur de l’éducation et de la santé, à alléger la taxation des revenus du travail et à ne pas interrompre immédiatement les deux mesures phare du précédent gouvernement, la réforme des retraites et le revenu de citoyenneté.

"Ces mesures poursuivront jusqu’à leur naturelle expiration", a précisé Roberto Gualtieri.

Ce dernier a aussi préannoncé l’établissement d’un nouveau "Green New Deal" à l’allemande, axé sur la reconversion du système économique pour en réduire l’impact social et environnemental.

"L’Italie luttera auprès des instances européennes afin que ces investissements ne soient pas comptabilisés dans le calcul du déficit", a affirmé le ministre.

Privatisation et guerre contre l’évasion fiscale

Pour être à la hauteur d’un programme aussi ambitieux, l’exécutif cherchera des recettes dans les plis du budget, lancera un programme de privatisation des biens publics, appliquera des coupes budgétaires aux ministères. Et il a, surtout, déclaré la guerre à l’évasion fiscale. Un fléau qui, chaque année, détourne environ 110 milliards d’euros des caisses de l’État.

Le gouvernement appliquera ainsi, par exemple, un mécanisme de bonus malus en fonction des instruments de paiement choisis par les Italiens pour leurs achats: des allégements fiscaux seront appliqués aux consommateurs qui utiliseront, à la place des espèces, des moyens traçables comme les cartes bancaires.

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