Rotterdam, l’insatiable

Pour rester dans la course mondiale, le premier port européen s’agrandit en gagnant encore du terrain sur la mer du Nord.

A naviguer dans les méandres du port de Rotterdam, on prend toute la mesure de son immensité, tant horizontale que verticale. Avec quarante kilomètres de long pour 89 km de quais, le port s’étend sur près de sept hectares de terres que sa voracité lui a fait gagner, en partie, sur la mer. À lever les yeux, on aperçoit le sommet des gratte-ciel de containers que domine une forêt de grues. Avec plus de 6 millions de conteneurs par an, le ballet est incessant. Le port est d’ailleurs ouvert 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24.

Son atout maître, c’est sa situation. À l’embouchure du Rhin et de la Meuse, au carrefour de l’Allemagne, de la France, de la Grande-Bretagne. Les marchandises peuvent être acheminées en 24 à 48 heures à l’intérieur du continent par cinq voies: la route, le rail, la navigation fluviale, la navigation côtière et le pipeline. Car Rotterdam est principalement un port d’importation (contrairement à Anvers qui est surtout un port d’exportation). Il alimente ainsi un hinterland de 150 millions de consommateurs dans un rayon de 500 km. Pétrole, containers et minerai de fer sont les trois grands pôles d’activité du port.

Avec plus de 400 ans d’expérience, la mécanique portuaire de Rotterdam est bien rôdée. Au point de devenir, en 1962, le plus grand port au monde. Mais l’Asie et surtout la Chine sont entrées dans la danse, reléguant aujourd’hui Rotterdam au 4e rang mondial en termes de volumes et au 10e en termes de containers. Il reste toutefois, et de loin, le premier port européen, tant en volumes qu’en conteneurs.

Après un gros coup de frein en 2009, le port a retrouvé de la vigueur avec une hausse de 11 % du volume de marchandises traitées en 2010 par rapport à 2009 et de 2 % par rapport à l’année record 2008. Le CEO du port, Hans Smits, est serein et envisage une croissance moyenne du trafic de 2 à 3 % pour les prochaines années, portée notamment par les containers, un secteur qui a très bien démarré en 2011. "Nous renforçons notre position dominante sur la principale route commerciale entre la Chine et l’Europe et nous avons également renforcé notre position en tant que hub de transbordement, certainement pour la région balte et la Scandinavie", note Hans Smits.

À la fois carrefour logistique et complexe industriel, le port génère plus de 70.000 emplois directs. Rien que l’administration portuaire emploie 1.200 personnes. C’est dire si la ville vit au rythme du port. Dans les bâtiments d’un ancien chantier naval a ainsi pris place le RDM Campus, une école technique qui forme les prochaines générations qui œuvreront dans le port. Tandis que le Musée Maritime consacre pendant tout l’été son exposition jeune public aux métiers du port, surtout les moins évidents, et sans lésiner sur les superlatifs. Titre de l’expo: "Héros du port — De l’avocat au grutier". Vocation assumée: "sensibiliser les enfants à la diversité des métiers du port et leur donner envie", dixit notre guide.

Assurer l’avenir, c’est quelque chose que les autorités portuaires ont bien à l’esprit. Pour que le port garde son rang et réponde à la demande croissante, il faut non seulement séduire et former les jeunes, mais aussi augmenter, encore et toujours, les capacités techniques. Le port est donc en train de construire une extension de 2.000 hectares, c’est-à-dire une augmentation de 20 % de sa superficie. Un territoire grand comme Disneyland qui n’existe sur aucune carte: fidèles à leurs habitudes, c’est sur la mer que les Hollandais vont gagner ce terrain.

Le Maasvlakte 2 sera accessible à la nouvelle génération de tout gros porte-conteneurs. Il est surtout voué à développer l’activité de containers. Si, à l’heure actuelle, il ne représente qu’entre 25 et 30 % de l’activité globale du port, le secteur des conteneurs connaît une croissance à deux chiffres ces dernières années. Sur les 1.000 ha du projet réservés à la zone industrielle, 630 sont destinés aux containers.

La construction est en cours et le premier terminal à conteneurs devrait être opérationnel fin 2013. Maasvlakte 2 doit créer entre 20 et 30.000 emplois et son coût atteint 2,8 milliards d’euros. Rotterdam ne lésine ni sur les superlatifs, ni sur les moyens.

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