Salvini réclame des élections anticipées, tensions sur la dette italienne

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Matteo Salvini, l'homme fort du gouvernement italien et chef de la Ligue (extrême droite) a réclamé ce jeudi des élections anticipées le plus "rapidement" possible, décrétant l'éclatement de la coalition au pouvoir. Le leader du M5S, son partenaire de coalition, Luigi Di Maio s'est dit "prêt" pour cela.

"Allons tout de suite au Parlement pour prendre acte qu'il n'y a plus de majorité (...) et restituons rapidement la parole aux électeurs", a exigé Matteo Salvini, l'homme fort du gouvernement italien et chef de la Ligue (extrême droite), dans un communiqué, diffusé après une série de rencontres entre dirigeants politiques.

"Il est inutile d'aller de l'avant avec des non et des disputes, comme ces dernières semaines, les Italiens ont besoin de certitudes et d'un gouvernement qui travaille", a-t-il ajouté. Toute la journée, des consultations ont eu lieu entre le chef du gouvernement Giuseppe Conte et le président Sergio Mattarella, et entre Conte et Salvini.

"Les vacances ne peuvent pas être une excuse pour perdre du temps et les parlementaires, peuvent revenir travailler la semaine prochaine, comme font des millions d'Italiens, à moins qu'ils ne veulent sauver leurs privilèges."
Matteo Salvini

Matteo Salvini faisait ici une allusion transparente à ses alliés du Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) et de son ministre des Infrastructures, Danilo Toninelli, farouchement opposés au projet de TGV Lyon-Turin. La crise au sein de la coalition a été déclenchée par le dernier vote de la session parlementaire sur cette liaison ferroviaire. Le M5S s'est retrouvé à voter tout seul une motion contre cette liaison franco-italienne à grande vitesse, tandis que la Ligue apportait son soutien à deux motions de l'opposition en faveur du projet.

Matteo Salvini a dénoncé dans son communiqué "les insultes répétées à moi et à la Ligue de la part de prétendus alliés", Toninelli l'ayant récemment qualifié de "nain assis sur les épaules de géants". Les crises politiques en Italie ne se produisent généralement jamais en été, mais Matteo Salvini a estimé que cela n'avait pas d'importance. "Les vacances ne peuvent pas être une excuse pour perdre du temps et les parlementaires, peuvent revenir travailler la semaine prochaine, comme font des millions d'Italiens, à moins qu'ils ne veulent sauver leurs privilèges", a conclu le chef de la Ligue.

Le vice-premier ministre italien Luigi Di Maio a déclaré dans la foulée que son mouvement 5 étoiles ne craignait pas les élections. "Nous sommes prêts, nous ne nous soucions pas du tout d'occuper des postes gouvernementaux et nous ne l'avons jamais fait", a déclaré Di Maio. Di Maio accuse également Matteo Salvini, qui est très populaire dans les sondages d'opinion, de "prendre le pays en otage" et clame que tôt ou tard, les Italiens se retourneraient contre lui pour cela.

Le Sénat et la Chambre des députés ont terminé leurs sessions et sont censés ne reprendre leurs travaux qu'en septembre.

Le pouvoir de Salvini

L’hétéroclite coalition jaune-verte a depuis peu célébré sa première année de vie mais elle semble donc bel et bien condamnée. Les dernières élections européennes ont complètement inversé les résultats des élections législatives nationales de 2018: La Ligue, qui a triomphé au dernier scrutin européen, bénéficie, selon les derniers sondages, de 36% d’opinion favorable, alors que l’autre parti au pouvoir, le Mouvement 5 étoiles (M5S), peine à arriver à 17%.

Salvini sait qu’il détient la faveur croissante des électeurs, une exceptionnelle force de persuasion et, surtout, le pouvoir de porter le gouvernement vers l’éclatement.

Excessivement bronzé en raison d’une singulière "tournée des plages", au cours de laquelle il alterne une rhétorique de campagne électorale avec des séances photo en compagnie des vacanciers, Salvini sait qu’il détient la faveur croissante des électeurs, une exceptionnelle force de persuasion et, surtout, le pouvoir de porter le gouvernement vers l’éclatement.

Trois ministres sur la sellette

Avant cette sortie du ministre de l'Intérieur sur des élections anticipées, un scénario moins dramatique prévoyait un profond remaniement ministériel. Le ministre de l’Intérieur flirtait alors avec l’idée d’éliminer du panorama institutionnel trois ministres qu’il avait toujours eu du mal à supporter.

"Il faut retourner aux urnes."
Silvio Berlusconi

Il s'agissait de Danilo Toninelli, ministre des Infrastructures et des Transports, visage emblématique de l’opposition du M5S au projet TAV; la ministre de la Défense Elisabetta Trenta, qui n’a pas hésité à critiquer l’orientation politique de Salvini, et surtout, le ministre de l’Economie et des Finances, Giovanni Tria, qui s’évertue depuis toujours à concilier les dérives anti-européennes du gouvernement italien avec l’historique allégeance de Rome à l’égard de Bruxelles.

"Il faut retourner aux urnes," avait déjà déclaré le vieux sphinx de la politique, Silvio Berlusconi, qui rêve encore de former un grand gouvernement de droite avec Salvini, en éliminant définitivement du panorama politique le M5S, cette "étrange créature" anti-système qu’il considère aussi dangereuse que ne l’étaient autrefois les communistes.

Au plus fort de cette crise, les marchés ont à nouveau sanctionné la péninsule. Le taux d'emprunt à 10 ans se tend nettement ce vendredi. A 8H35 , le rendement à 10 ans du pays progressait à 1,738% contre 1,530% à la clôture du marché secondaire, où s'échange la dette déjà émise. L'écart (spread) avec celui de l'Allemagne, le "Bund" qui fait référence sur le marché, remontait donc à 233 points de base (2,33 points de pourcentage), contre 200 la veille au soir. Le dernier point haut du spread remontait à fin mai, à 287. Et il était monté jusqu'à près de 327 en octobre 2018, en plein bras de fer entre Bruxelles et Rome sur le budget italien.

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