analyse

Sanofi joue la surenchère autour du vaccin contre le Covid-19

Sanofi, en pourparlers avec l'Europe et la France pour obtenir des aides financières pour la recherche d'un vaccin, tente la surenchère. ©REUTERS

Paul Hudson, le CEO du groupe français Sanofi, a provoqué la France et l'Europe en annonçant qu'un vaccin contre le Covid-19 irait en priorité aux États-Unis. Le but du patron, en poste depuis quelques mois? Obtenir davantage de fonds des Européens pour financer la recherche. Son partenaire GSK Biologicals, numéro un mondial des vaccins, veut rester en dehors de la polémique.

Le géant pharmaceutique français Sanofi a créé la polémique en annonçant que son futur vaccin contre le Covid-19 irait en priorité aux États-Unis en raison des investissements des autorités américaines.

Paul Hudson, le CEO de Sanofi, a déclaré mercredi à l'agence Bloomberg que les États-Unis recevraient le vaccin plusieurs jours ou semaines en avance parce qu'ils ont été les premiers à financer les recherches.

"L'égal accès de tous au vaccin n'est pas négociable."
Édouard Philippe
Premier ministre français

Cette déclaration a provoqué la colère en France. "L'égal accès de tous au vaccin n'est pas négociable", a tranché le Premier ministre français Édouard Philippe. Le président de la République, Emmanuel Macron, a indiqué jeudi qu'il rencontrerait la direction de Sanofi la semaine prochaine, ajoutant que le développement d'un vaccin ne peut "être soumis aux lois du marché".

Un message provocateur

Le message de Sanofi visait à provoquer les autorités françaises et européennes, alors que la firme est en pourparlers pour obtenir une aide aussi importante que celle fournie Washington, intervenu à hauteur de plusieurs centaines de millions d'euros

Paul Hudson, qui occupe son poste depuis septembre, a tenté la surenchère.

"Les Américains sont efficaces en cette période. Il faut que l'UE soit aussi efficace en nous aidant à mettre à disposition très vite ce vaccin."
Olivier Bogillot
CEO de Sanofi France

Après le coup de sang de l'Élysée, le patron de Sanofi France Olivier Bogillot a tenté de calmer le jeu. "Si on découvre un vaccin efficace contre le Covid-19, il sera accessible à tout le monde", a-t-il dit sur lors d'une interview sur BFMTV. Mais "les Américains sont efficaces en cette période. Il faut que l'Union européenne soit aussi efficace en nous aidant à mettre à disposition très vite ce vaccin", a-t-il ajouté.

Ce différend est une manifestation de plus de la bataille rangée qui se livre dans le monde autour de la commercialisation d'un vaccin. Depuis le début de la pandémie, le président des États-Unis Donald Trump cherche à en obtenir l'exclusivité, multipliant les provocations à l'encontre de ses principaux concurrents, la Chine et l'UE.

"Équitable et universel"

L'Europe adopte une stratégie inverse. "Le vaccin contre le Covid-19 doit être un bien d'utilité publique et son accès doit être équitable et universel", a répliqué jeudi la Commission européenne. 

L'exécutif européen vient de réunir le montant de 7,4 milliards d'euros pour la recherche d'un vaccin et d'un traitement, après un appel à dons auquel plus de 60 pays et organisations internationales ont répondu, à l'exception des États-Unis.

GSK reste en dehors de la polémique

Sanofi a noué deux partenariats pour la recherche d'un vaccin. L'un d'eux a été conclu avec le groupe britannique GSK, dont la branche vaccin, GSK Biologicals, le numéro un mondial des vaccins, est basée à Rixensart.

La firme reste en dehors de la polémique.

"Notre seule priorité est d'avoir le plus vite possible, la plus grande quantité de vaccin pour une population la plus large possible."
Une porte-parole de GSK Biologicals

"Le contexte de Sanofi leur est propre", confie une porte-parole de GSK Biological, "on ne va pas donner une priorité à qui que ce soit. Notre seule priorité est d'avoir le plus vite possible, la plus grande quantité de vaccin pour une population la plus large possible".

GSK Biologicals développe en Belgique une partie de vaccin, l'adjuvant ASO3. Connu depuis 20 ans, il accroît la durée et l'efficacité du vaccin. L'entreprise prévoit la mise sur le marché du vaccin "au plus tôt mi-2021".

Ce n'est pas la première passe d'armes entre Américains et Européens autour du vaccin. En mars, des fonds américains ont tenté de racheter la start-up allemande CureVac, qui annonçait un vaccin pour fin 2020. La présidente de la Commission Ursula von der Leyen était intervenue pour empêcher l'opération et injecter 80 millions d'euros dans l'entreprise via la Banque européenne d'investissement (BEI). CureVac est présidée aujourd'hui par Jean Stéphenne. 

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