analyse

Les coulisses des négociations qui ont mené à l'accord

©REUTERS

Les négociations du Brexit, bloquées depuis plusieurs semaines, ont brusquement redémarré vendredi dernier, à une semaine d’un sommet et vingt jours de la sortie programmée du Royaume-Uni.

Dans toute négociation, le temps est la clé. Le Brexit n’échappe pas à la règle. Depuis le référendum de 2016, le divorce des Britanniques et de l’UE a été marqué par de longues négociations et un dénouement in extremis avant un sommet européen. L’euphorie retombée, l’intrigue redémarrait parce que l’accord, mort-né, passait à la trappe devant le Parlement britannique.

Comme si le pacte, une fois traversé la Manche, basculait dans une autre dimension. Comme si, s’approchant de la séparation, le Royaume-Uni s’accrochait à l’Europe dans une ultime crispation. Ces sept derniers jours, le Brexit a connu une accélération soudaine, menant à un nouvel accord présenté au monde comme "le meilleur" et "définitif". Échappera-t-il à la règle?

Un petit-déjeuner productif

"Quand j’ai parlé à Barnier, mercredi à 22h, la question de la TVA n’était pas encore réglée."
Philippe Lamberts
Coprésident des verts européens

Tout s’est accéléré vendredi 11 octobre, lors d’un petit-déjeuner entre le chef négociateur pour l’UE, Michel Barnier, et son homologue britannique, Stephen Barclay. Le Royaume-Uni, enfin, se disait prêt à des concessions. Boris Johnson acceptait une forme de backstop (le filet de sécurité), alors qu’il le conspuait jusqu’alors.

Les négociations pouvaient redémarrer. En langage diplomatique, "entrer dans le tunnel". Jour après jour, les derniers verrous ont sauté. Samedi et dimanche, des négociations techniques ont ouvert la voie pour lever le principal obstacle: le sort de la frontière irlandaise. Comme par magie, les incertitudes étalées par Boris Johnson quant au backstop se sont évanouies au profit de solutions techniques. "On voit la lumière au bout du tunnel", confiait lundi un diplomate.

Phase de mutisme

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Les négociateurs se sont enfermés dans le mutisme le plus total, signe que des progrès – réels mais fragiles – étaient engrangés sur la manière d’organiser les contrôles douaniers et d’éviter un veto de l’Irlande du Nord. Le Brexit étant programmé dans deux semaines, pour le soir d’Halloween, et l’ultime sommet européen susceptible d’entériner un accord étant prévu le 17 octobre, les négociateurs du Brexit ont trouvé l’inspiration d’avancer, cornaqués par des décideurs soucieux de ne pas régresser dans les sondages et des marchés de plus en plus nerveux.

"Un accord est encore possible cette semaine", laissait entendre mardi matin Michel Barnier. Le soir, les négociateurs, nourris de pâtes, plongeaient la nuit durant dans la préparation d’un texte juridique acceptable, entérinant les solutions.

Problème de TVA

Mercredi matin, pas de fumée blanche. Un verrou subsistait, inattendu. La surprise du chef. La TVA imposée par les Britanniques à l’Irlande du Nord posait problème. Sans frontière dure avec la République irlandaise, deux régimes de TVA sur une île sont la porte ouverte à toutes les dérives. "Quand j’ai parlé à Barnier, mercredi à 22h, la question de la TVA n’était pas encore réglée", confie Philippe Lamberts, coprésident des Verts européens.

L’obstacle est tombé dans la nuit de mercredi à jeudi. Jeudi vers 11h30, les deux camps annonçaient la conclusion d’un "nouvel accord". Le début d’une nouvelle intrigue où le "père" du Brexit, Boris Johnson, joue son avenir politique, le Parlement britannique devant endosser le texte. Et ça, c’est loin d’être gagné. Il s’agit, après tout, du Brexit. Une intrigue dont personne n’a lu le synopsis.

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