portrait

Stella Kyriakides, la santé en première ligne

La santé était un portefeuille secondaire de la Commission, mais le Covid a fait monter Stella Kyriakides au front.

On l’a découverte contrariée, lundi, réclamant avec calme mais fermeté que l’entreprise pharmaceutique AstraZeneca fasse toute la clarté sur ses projets de livraison de vaccin contre le Covid-19. La commissaire à la Santé, Stella Kyriakides, n’avait pas vu venir la tuile : vendredi dernier, l’entreprise qui produit le premier des vaccins précommandés par l’Union a annoncé que le premier quart de ses livraisons aux Européens pourrait être réduit de plus de moitié. Sans donner d’explication convaincante, elle a précisé que cette annonce n’affectait pas ses livraisons au Royaume-Uni. Tollé sur le continent.

"L'Union européenne prendra toute action nécessaire pour protéger ses citoyens et ses droits."
Stella Kyriakides
Commissaire européenne à la Santé

Lundi, la commissaire chypriote a annoncé qu’elle proposerait de nouvelles règles pour obliger les entreprises qui produisent des vaccins sur le sol européen de notifier à l’avance leurs exportations prévues vers des pays tiers. La Commission doit encore donner chair à l'intention, et ne précise pas ce qu'elle pourrait faire dans les cas où les plans communiqués par les pharmas ne lui conviennent pas.

Mais le mal est fait. Après l’annonce "surprenante" d'AstraZeneca, la commissaire a fait part de son "insatisfaction face au manque de clarté et aux explications insuffisantes" de l’entreprise. Et la commissaire de dresser la liste des questions sans réponse: combien de doses ont-elles été produites par AstraZeneca, et où? Le cas échéant, à qui ont-elles été livrées? "L'Union européenne prendra toute action nécessaire pour protéger ses citoyens et ses droits", affirmait-elle lundi.

Bio express

2019 - est nommée commissaire européenne à la Santé
2017 - préside l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe
2006 - élue députée
2004 - préside la coalition européenne contre le cancer du sein
1979 - entre au ministère de la Santé de Chypre (pédopsychiatrie)
1974 - étudie la psychologie à Reading, Manchester et Londres
1956 - naissance à Nicosie

Une nouvelle ambition

"C’est quelqu'un qui se défend bien, même si elle n’a sans doute pas été assez ferme dans la première partie des négociations sur les vaccins dans le combat pour la transparence", observe une source libérale au Parlement européen. Les contrats de vaccins sont toujours confidentiels, mais des eurodéputés ont réclamé la transparence vu les montants et l’enjeu. La requête n’a été que partiellement entendue - trop de transparence pourrait affaiblir la position de négociation de l’UE, a indiqué la commissaire sous le feu des projecteurs.

Dans une Europe aux compétences très limitées en matière de santé, sa mission apparaissait d’entrée sur des rails: organiser les efforts de lutte contre le cancer et accompagner la mise à jour du cadre européen pour la production alimentaire. Mais la crise du Covid a mis à l’ordre du jour une tout autre ambition. Si 2020 restera dans les mémoires comme l'année de la pire crise sanitaire de l'ère moderne, "je voudrais aussi qu'on s'en souvienne comme de l'année où nous avons écouté et répondu aux demandes des citoyens pour plus d'Europe dans le secteur de la santé publique", disait-elle en novembre.

La santé reste un pré-carré des États, mais elle propose de permettre à l’Union de déclarer des urgences sanitaires, de préparer des plans européens de lutte contre les pandémies, de gérer les pénuries de médicaments, ou encore de faire aux gouvernements des recommandations sur les politiques à suivre en cas d’épidémie. Stella Kyriakides a lancé un embryon d’Europe de la santé.

Désinformation

Avant l'arrivée du Covid-19, convaincre du bien-fondé de la vaccination était déjà dans ses missions prioritaires: "Nous avons la rougeole à cause de l'hésitation à la vaccination", rappelait-elle à l’automne 2019, expliquant vouloir combattre "toute source de désinformation qui a un impact négatif là où nous savons qu'il y a une connaissance scientifique solide".

Principe directeur

"Faire la différence dans la vie des patients atteints du cancer a toujours été mon principe directeur", disait cette spécialiste des effets psychologiques du cancer. Elle prépare un plan européen de lutte contre le cancer ("Europe's Beating Cancer Plan") qui, initialement, devait être le cœur de sa mission.

Rapatrier la production

C’est une question d’autonomie stratégique: la commissaire veut rapatrier la production de médicaments et d'ingrédients pharmaceutiques en Europe, pour éviter de futures pénuries. C’est le sens de la stratégie pharmaceutique présentée en novembre, "un autre pilier de l'Union européenne de la santé", selon elle.

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