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Sur le banc des accusés, Sarkozy est prêt à en découdre

©Photo News

Dans l'affaire dite "des écoutes", l'ex-président français est jugé pour corruption et trafic d'influence. Il encourt 10 ans de prison et un million d'euros d'amende à l'instar de ses coaccusés.

Costume noir, chemise blanche, allure décidée. Fidèle à lui-même, il s'est présenté, vers 13h20, aux côtés de son avocate, Jacqueline Laffont, au tribunal correctionnel de Paris, face à une nuée de journalistes. En ce lundi 23 novembre, jour historique, Nicolas Sarkozy était le premier président français sous la Ve République à comparaître devant les tribunaux en vue d'être jugé pour "corruption" et "trafic d'influence". Avant lui, seul un ancien président, Jacques Chirac avait été condamné dans l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris en 2011 sans toutefois avoir eu à assister à son procès en raison de son état de santé.

Ultra médiatisée et sous haute sécurité, cette première audience aura cependant été vite expédiée, et ce en raison de l'absence d'un des trois prévenus, l'ex-haut magistrat Gilbert Azibert. L'avocat de ce dernier a présenté en effet deux certificats médicaux arguant du fait qu'étant septuagénaire et fragile, son client ne pouvait décemment pas comparaître pendant trois semaines dans ce lieu clos en raison du risque épidémique. Une expertise médicale doit être menée à son sujet. Selon ses résultats, le tribunal décidera jeudi à 13h30 s'il décide de faire comparaître le prévenu via visioconférence – ce à quoi ses avocats s'opposent formellement – ou de reporter le procès après le confinement ou la pandémie.

L'affaire dans les affaires

L'affaire des "écoutes" puise son origine dans un autre dossier judiciaire, celui des soupçons de financements libyens de la campagne de 2007 du leader de la droite. Alors qu'ils enquêtaient sur cette affaire, les juges avaient décidé de placer Nicolas Sarkozy sur écoute. Une décision controversée qui leur aurait néanmoins permis de découvrir que l'ex-président utilisait deux lignes téléphoniques secrètes sous le nom de "Paul Bismuth" pour communiquer avec son avocat et ami Thierry Herzog. "Paul Bismuth", un ancien camarade classe de l'avocat s'est d'ailleurs constitué partie civile dans ce procès.

"C’est une affaire que le général De Gaulle aurait qualifiée d’affaire de cornecul et dont on essaye de faire une affaire d’Etat."
Paul-Albert Iweins
Avocat de M. Herzog, au sujet des écoutes téléphoniques entre son client et N. Sarkozy

Au final, ces conversations auraient permis, selon l'accusation, de faire la lumière sur un pacte entre l'ancien président et son avocat en vue de corrompre Gilbert Azibert, alors en poste à la Cour de Cassation, pour obtenir de lui des informations dans une autre affaire en échange d'un coup de pouce pour un poste prestigieux à Monaco.

Nicolas Sarkozy, faiseur de rois

S'insurgeant contre un "scandale qui restera dans les annales", Nicolas Sarkozy, avocat lui-même de formation, a promis d'être présent tous les jours jusqu'à la fin du procès, prêt à en découdre, et à prouver qu'il n'est pas un "pourri". Malgré les nombreuses affaires qui l'accablent, l'ex-président - qui a pris sa retraite après avoir perdu aux primaires de 2016 à droite - jouit d'ailleurs toujours d'une véritable aura au sein de sa famille politique toujours prompte à dénoncer l'"acharnement" dont l'ex-président ferait les frais. Nombreux sont ceux à venir le consulter, comme Xavier Bertrand. Après avoir critiqué ouvertement son bilan, le candidat potentiel de la droite à la prochaine présidentielle, n'a pas caché qu'il avait petit-déjeuné avec l'ex-président début novembre.

L'étoile de Sarko brille d'ailleurs au-delà du parti Les Républicains. En témoignent ses tête-à-tête avec Emmanuel Macron. Et la nomination de deux sarkozystes aux postes clés du gouvernement - celui de Premier ministre et de ministre de l'Intérieur. Pour l'anecdote, enfin, les policiers n'ont pas manqué de saluer Nicolas Sarkozy à son arrivée au tribunal. Lui qui fut aussi, en son temps, avant d'être président, premier flic de France.

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