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Sur les droits fondamentaux, Orban doit plier ou sortir

L'Europe est dans l'impasse face aux attaques contre son socle. En sortir nécessite un sursaut politique. Est-on en train d'y assister?

L'argile est commode à façonner, les sculpteurs vous le diront, qui l'utilisent depuis la nuit des temps. Mais ils vous diront aussi que l'utiliser comme socle n'est pas la meilleure des idées - elle a tendance à se déformer et à se fissurer. À gros traits, c'est pourtant ce qu'on a choisi pour former la base de l’Union européenne: un système de valeurs et de droits inaliénables sans dispositif effectif pour les protéger.

Le respect de la dignité humaine, le respect des droits de l'homme, dans une société notamment caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination et la tolérance: c'est l'article 2 du traité sur l'Union européenne. Son fondement idéologique, le socle qui guide son action. Le gouvernement hongrois a décidé d'en faire son paillasson.

Cela fait près de trois ans qu’il est visé par une procédure pour violation grave des valeurs européennes – à la fois pour des atteintes à la liberté d'expression, à l'indépendance du pouvoir judiciaire et aux droits des réfugiés. À présent, il nie les droits fondamentaux des minorités sexuelles et de genre – les LGBTQ – en décrétant leur invisibilisation.

Le socle de l’Europe s’affaisse. L’article 7 du traité sur l’Union européenne, qui permet de suspendre les droits de vote d’un pays qui viole ses valeurs fondamentales, est stérile puisqu’il faut l’unanimité des autres États pour agir, et que Budapest a des alliés – à commencer par Varsovie, qui suit le même chemin.

"Il ne s'agit pas de convaincre la Hongrie de Viktor Orban, comme on l'a entendu: il s'agit de la pousser à appliquer les règles ou à en tirer les conséquences."

Comme le géant vacille sur son socle d’argile, on lui a fait une béquille: un règlement qui lie le versement des fonds européens au respect de l'État de droit – une seule des valeurs de l'Union, donc. Il est attaqué devant la Cour de Justice, et la Commission a décrété qu'il est urgent d'attendre pour en faire usage. Jusqu'ici, le cadre institutionnel européen s'est montré inopérant face aux attaques constatées contre les fondements de l'Union, et incapable du moindre effet dissuasif.

Que reste-t-il? Un sursaut politique, peut-être. Celui de la Commission, pour qui la loi hongroise anti-gays est "une honte". Celui des chefs d'État et de gouvernement – dix-sept d'entre eux ont signé une lettre réaffirmant leur attachement aux droits fondamentaux. Celui, plus énergique, d'un Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, déclarant qu'avec une telle loi, la Hongrie n'a plus rien à faire dans l'Union européenne. Ces mots-là sont à la mesure du combat idéologique qui se joue face à des gouvernements qui ont choisi de gangrener le projet européen. Il ne s'agit pas de convaincre la Hongrie de Viktor Orban, comme on l'a entendu: il s'agit de la pousser à appliquer les règles ou à en tirer les conséquences. Plier. Ou sortir.

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