Sylvie Goulard mise en difficulté par le Parlement européen

La Française Sylvie Goulard, candidate commissaire au Marché intérieur, était auditionnée au Parlement européen, mercredi. ©AFP

La candidate commissaire française a fait l’objet de vives critiques tout au long de son audition, notamment de la part des deux plus grands partis de la coalition derrière Ursula von der Leyen.

"La liberté d'entreprendre doit être défendue comme la présomption d'innocence." Cette ligne de défense déroulée par Sylvie Goulard lors de son audition devant le Parlement européen renvoie aux deux principales attaques dont elle aura fait l’objet tout au long de ce marathon de trois heures, mercredi après-midi. Candidate pour le poste de Commissaire au Marché intérieur notamment, elle fait l’objet d’enquêtes sur une affaire d’emplois fictifs et son éthique est mise en cause au sujet de rémunérations qu’elle a perçues comme consultante alors qu’elle était députée européenne.

Ce "portefeuille gigantesque voulu par Macron" et les questions éthiques soulevées, le travail des coordinateurs va être "compliqué".
Kris Peeters

Mais un troisième front a été ouvert à son encontre au cours de l’audition. Sur le fond cette fois: Ursula von der Leyen entend lui confier l’économie et la société numérique, la stratégie industrielle, l’économie circulaire, le développement du marché unique et l’industrie de la défense, qui implique la création d’une nouvelle administration européenne. Ca fait beaucoup pour une seule personne, a souligné l’influent député conservateur allemand Christian Ehler (PPE). À la sortie de l’audition, le Belge Kris Peeters confirme: avec ce "portefeuille gigantesque voulu par Macron" et les questions éthiques soulevées, le travail des coordinateurs va être "compliqué".

Ces derniers, qui représentent chacun des groupes politiques, doivent se coordonner dans les 24 heures pour donner leur appréciation sur la candidate. Si une majorité des deux tiers n’est pas réunie sur son nom, l’audition peut être reconvoquée pour une heure trente. Si un accord large des députés n’était pas constaté, un vote formel serait opéré à la majorité simple pour sceller le sort de la candidate.

Le fond éclipsé par deux boulets

S’exprimant aisément en quatre langues, Sylvie Goulard, ancienne parlementaire européenne, aura fait face à un tir nourri de questions sur son éthique venues des rangs de l’opposition, mais aussi du groupe socialiste (S&D) et du groupe conservateur (PPE), qui forment la coalition avec le groupe libéral Renew Europe auquel elle est liée.

Plusieurs élus s'interrogent sur le fait que Sylvie Goulard estime pouvoir être commissaire européenne alors qu’elle a démissionné comme ministre française de la Défense en raison d'une affaire d'emploi fictif présumé.

Le premier boulet que tirait la candidate, c’est "l’affaire" des assistants parlementaires de son parti, le Modem, lorsqu’elle était députée européenne. Elle est citée dans une enquête sur soupçons d’emplois fictifs du ministère public français et de l'office européen antifraude (Olaf). Le bal des questions sera ouvert sur ce point, par le conservateur français François-Xavier Bellamy. Sylvie Goulard plaide la présomption d’innocence - "Je me sens très sereine et confiante parce que je ne suis pas mise en examen (inculpée, NDLR)", dit-elle.

Mais pourquoi estime-t-elle pouvoir être commissaire européenne alors qu’elle a démissionné comme ministre française de la Défense en raison de cette affaire?, interrogent plusieurs élus. Elle considère ne pas être "dans la même situation" qu’à l’époque de cette démission, en 2017. Elle souligne que l’usage veut en France qu’un ministre démissionne s’il est inculpé: l’ouverture de l’enquête faisait peser le risque d’une démission soudaine, ce qui n’était à ses yeux pas concevable pour une ministre qui a la responsabilité de l’engagement de forces armées. Depuis, elle a été entendue par la justice comme témoin mais toujours pas inculpée, et la fonction qu’elle brigue ne met pas directement en jeu des vies humaines.

"Si quelque chose est légal et déclaré, pourquoi est-ce qu’on en parle plusieurs années après?"

Si vous êtes mise en examen démissionnerez-vous ?, interroge le social-démocrate allemand Jens Geier. Silence : "Je ne réponds pas à des questions hypothétiques." Elle estime cependant que la tradition française qui veut qu’un ministre inculpé démissionne n’a pas cours au niveau européen.

Le second axe d'attaques - le second boulet - Sylvie Goulard l'avait anticipé en mentionnant dans son propos liminaire les "interrogations" qu’ont suscité ses rémunérations par un think tank américain lorsqu’elle était députée européenne. Sur sa collaboration avec l’Institut Bergguren - une dizaine de milliers d'euros de rémunération mensuelle: "Je conçois que les sommes soient élevées. [Elles] correspondent aux conditions qui se pratiquent pour ce genre de consultations internationales. [...]." Les eurodéputés y reviennent, comme un marteau sur le clou, et la candidate finit par regretter "le temps qu’on passe" sur ce sujet. "Si quelque chose est légal et déclaré, pourquoi est-ce qu’on en parle plusieurs années après ?"

Sylvie Goulard conclura son audition en demandant aux eurodéputés de la juger comme "une personne, avec ses erreurs, je l’admets". Une chose était claire, mercredi soir: si elle passe la rampe, ça ne sera pas au premier essai.

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