Symbole des élites déconnectées, l'ENA va disparaître en France

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Emmanuel Macron a annoncé que la prestigieuse école qui forme les hauts fonctionnaires de l'Etat français serait remplacée par un établissement plus ouvert, plus en phase avec la société.

Elle a 76 ans. Créée au sortir de la Seconde Guerre mondiale par le général de Gaulle, afin de former les hauts fonctionnaires français, l'ENA - École nationale d'administration - voit ses jours désormais comptés. Ainsi en a décidé, ce jeudi 8 avril, le président Emmanuel Macron qui, pourtant, est lui-même issu de ses rangs. Au même titre d'ailleurs que trois autres anciens présidents français et huit Premiers ministres.

Lors d'une visioconférence à l'occasion de la Convention managériale de l'État, le chef de l'État français a donc annoncé que cette école - aussi renommée que critiquée - serait si possible remplacée dès 2022 par l'Institut du service public (ISP), un nouvel établissement plus ouvert à la diversité. Toujours basé à Strasbourg, ce dernier devrait faire preuve de davantage de pluralisme tant dans son recrutement – en s'ouvrant par exemple à des étudiants venus du monde universitaire et plus seulement de Sciences Po – que dans son enseignement. Un nouveau tronc commun devrait être dispensé à tous les hauts fonctionnaires, pour les confronter aux nouvelles réalités du terrain: laïcité, pauvreté, écologie, discours scientifiques, etc.

Des fonctionnaires "hors sol"

L'idée de cette réforme n'est pas nouvelle. Mais Emmanuel Macron, pour sa part, l'a évoqué, pour la première fois, le 25 avril 2019, en marge de la crise des Gilets Jaunes. À l'époque les manifestants avaient fustigé le caractère élitiste de cette fabrique de "fonctionnaires hors sols". Depuis, le sujet semblait être tombé dans l'oubli. Même si le président français avait, lors d'un déplacement à Nantes le 11 février dernier, réitéré la nécessité d’ouvrir l'accès à des prestigieuses écoles de l’administration à des jeunes d’origine modeste afin que plus "aucun gamin dans notre République se dise: ce n’est pas pour moi".

Le Président a sans doute voulu démontrer qu'en dépit de la crise, il continue malgré tout de réformer.

Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il finalement décidé de la mener à bien? En pleine pandémie, il a sans doute voulu démontrer, qu'en dépit de la crise, il continue malgré tout de réformer. Tout en envoyant un message à un an environ de l'élection présidentielle alors que la haute administration est critiquée pour son manque de réactivité face aux soubresauts imposés par le virus. En témoigne, pour l'anecdote, l'illisibilité des dernières attestations de sortie pour les déplacements en journée. Moquées pour leur complexité par les Français qui n'y ont vu que les méthodes d'une élite politique déconnectée des réalités, elles ont fini par être abandonnées. Ce coup de pied dans la fourmilière est donc loin d'être anodin.

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