Tariq Ramadan dans la tourmente

©AFP

Visé en France par deux plaintes pour violences sexuelles, l’intellectuel et spécialiste de l’islam tente de bâtir sa défense.

Sauf si Tariq Ramadan en décide autrement, il donnera bien une conférence littéraire à Bruxelles le 24 novembre en compagnie du philosophe Edgar Morin avec lequel il a coécrit un livre. Le simple fait pour l’organisateur (European Muslim Network) d’évoquer une possible annulation de l’événement en dit long sur la polémique grandissante qui entoure le théologien, auteur de plusieurs livres sur l’islam. Deux femmes en France ont décidé de porter plainte (une sous le couvert de l’anonymat) à son encontre pour des violences sexuelles, ce que l’intéressé dément avec virulence.

Tariq Ramadan est une personnalité controversée, souvent perçue comme une icône d’un islam raisonnable par ses admirateurs alors qu’il est considéré comme le chantre d’un islamisme rampant par ses détracteurs. De facto, il a aujourd’hui perdu de sa superbe. Depuis quelques jours, outre les deux femmes concernées, les langues se délient. Y compris celle de l’ex-Premier ministre Manuel Valls qui déclarait hier sur son compte Twitter: "Depuis des années je dénonce la duplicité de Tariq Ramadan, aujourd’hui la vérité éclate grâce à des femmes courageuses."

Double vie

Ce faisant, l’ancien locataire de Matignon emboîte le pas à la journaliste et écrivain Caroline Fourest qui cherche depuis longtemps à démontrer que l’homme est un dissimulateur. D’une part Tariq Ramadan aurait un discours très public sur un islam raisonnable mais dégénérant par strates sur des thèses plus fondamentalistes. Et d’autre part, celui qui prône un comportement pudique dans ses écrits et prises de paroles aurait donc dans sa vie privée une sexualité en symétrique inverse. Les deux plaintes récentes ne feraient dès lors que corroborer la suspicion d’une double vie.

Je suis depuis plusieurs jours la cible d’une campagne de calomnie qui fédère assez limpidement mes ennemis de toujours.
Tariq Ramadan

Celles qui sont à l’origine de dénonciation publique ont décrit un même mode opératoire: des conversations d’ordre religieux dérivant progressivement sur des modes plus intimes avant un passage à l’acte violent dans l’anonymat d’une chambre d’hôtel. Dans la presse française, le mot "prédateur" a été lâché.

Sur les réseaux sociaux aussi, la parole s’est libérée soit pour soutenir les deux femmes, soit pour défendre Tariq Ramadan, le plus souvent avec des thèses complotistes. Il est maintenant probable que cet homme titulaire d’une chaire à l’université d’Oxford (financée par le Qatar) aura du mal à redresser une image jusqu’ici présentable, du moins aux yeux du grand public. Surtout si d’autres témoignages se font jour. Ce natif de Suisse, père de quatre enfants, a décidé de porter plainte pour "dénonciation calomnieuse". Il sait sans doute que l’établissement des faits sera difficile. Mais son aura patiemment tissée au fil des ans est d’ores et déjà éreintée.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés