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Theresa May joue les équilibristes sur l'union douanière

Theresa May parviendra-t-elle à composer avec les europhiles et europhobes de son parti pour parvenir à un accord sur l'union douanière? ©AFP

Après la défection des deux premières options envisagées pour l'union douanière, Theresa May cherche à mettre sur la table un troisième système qui bénéficierait d'un soutien majoritaire au sein de son parti.

L'horloge tourne. Et l'accord sur le Brexit patine. Les dirigeants européens l'ont maintes fois fait remarquer lors du sommet européen des 28 et 29 juin.

Parmi les questions encore non résolues, la future relation commerciale entre Londres et l'UE. Selon la BBC, la Première ministre britannique Theresa May travaille sur une troisième option, encore non détaillée, concernant l'union douanière post-Brexit mais elle doit faire face aux divisions internes de son parti.

Vers une troisième option?

Alors que les deux premières propositions sur l'union douanière n'ont pas reçu un plébiscite suffisant de la part de son parti conservateur, Theresa May a dû revoir sa copie. La Première ministre discutera d'une troisième voie avec l'ensemble de l'équipe gouvernementale lors d'une réunion à Chequers-la résidence de campagne de la cheffe du gouvernement- ce vendredi.

 Cette nouvelle proposition a été présentée par un représentant du gouvernement comme "un pas en avant significatif" par rapport aux deux idées précédentes et le nouveau plan "nous donnera le meilleur de ces deux mondes."

"L'instinct de Theresa May sera de garder tout le monde à bord"
Mujtaba Rahman
Directeur du cabinet d'analyse Eurasia Group

L'enjeu est d'importance puisque la Première ministre devra composer avec l'ensemble de ses ministres, qui ne partagent pas la même opinion sur le type d'union douanière à préconiser, tout en élaborant une solution susceptible d'être accueillie favorablement par l'Europe. Theresa May espère parvenir à unir ses ministres sur le contenu du "papier blanc", feuille de route qui devrait déterminer les futures relations du pays avec l'UE. Et éviter les contrôles aux frontières entre l'Irlande du nord et la République d'Irlande.

A noter que la majorité des 29 ministres qui seront présents a voté contre le Brexit lors du référendum de 2016. L'occasion pour la Première ministre d'infléchir sa position vers un Brexit plus souple? Rien n'est moins sûr puisque les partisans d'un Brexit dur pourrait lui reprocher de trahir les résultats du référendum.

"La Première ministre a exposé ce qu'elle veut accomplir, c'est-à-dire quitter le marché unique, quitter l'union douanière (...) et être libre de signer et mettre en place des accords commerciaux partout dans le monde"

"L'instinct de May sera de garder tout le monde à bord", a avancé Mujtaba Rahman du cabinet d'analyse Eurasia Group. "Bien que cela ne soulagera pas l'exaspération grandissante de l'UE, cela aurait l'avantage de donner au gouvernement quelque marge de manœuvre cruciale quand les négociations atteindront leur point critique cet automne."

Pour l'heure, aucune information n'a filtré sur le potentiel contenu de cette initiative. "Il va y avoir beaucoup de spéculations entre maintenant et Chequers, dont certaines pourraient être vraies, mais je ne vais pas m'engager à l'avance sur la rencontre", a affirmé le porte-parole de Theresa May.

Pression en interne

Les conseillers de Theresa May avaient déjà soumis deux solutions afin de résoudre la question de l'union douanière. Cependant, aucune des options n'avait trouvé grâce aux yeux des membres de son parti conservateur.

> La première option prévoyait que la Grande-Bretagne perçoive des droits de douane pour le compte de l'UE sur les importations en provenance de l'extérieur de l'UE.

> La deuxième, baptisée "max fac" ou la facilitation maximale, avançait l'idée d'une intégration des solutions technologiques comme des déclarations en ligne préalables qui éviteraient aux camions de devoir s'arrêter. Les deux propositions n'avaient pas suscité une adhésion massive.

"Toute tentative de l'UE d'imposer ses lois et son tribunal au Royaume-Uni, que ce soit directement ou indirectement, doit être rejetée"
Jacob Rees-Moog
Député britannique conservateur

Une trentaine de parlementaires conservateurs ont par ailleurs soumis une lettre à la Première ministre lui demandant de rester ferme dans les négociations. "Notre départ doit être absolu. Nous ne devons pas rester empêtrés avec les institutions européennes si cela restreint notre capacité à exercer notre souveraineté en tant que nation indépendante (...) La Grande-Bretagne doit rester ferme", expliquent les parlementaires.

Jacob Rees-Moog, député britannique conservateur, est l'une des voix qui appelle la Première ministre à ne pas plier. "Toute tentative de l'UE d'imposer ses lois et son tribunal au Royaume-Uni, que ce soit directement ou indirectement, doit être rejetée", a-t-il déclaré. "L'UE est un État défaillant dont nous devons nous échapper dès que possible", a-t-il par ailleurs tweeté.

De son côté, la porte-parole de la Première ministre a réaffirmé la ligne de l'exécutif. "La Première ministre a exposé ce qu'elle veut accomplir, c'est-à-dire quitter le marché unique, quitter l'union douanière (...) et être libre de signer et mettre en place des accords commerciaux partout dans le monde."

L'Europe tire la sonnette d'alarme

Lors du sommet européen des 28 et 29 juin, plusieurs chefs d’État ont insisté sur la nécessité d'accélérer les discussions sur l'accord pour le Brexit. "Nous avons tous besoin d'accentuer nos efforts. Nous tous souhaitons un accord, nous avons besoin d'un accord, l'Europe en a besoin, la Grande-Bretagne aussi, mais comme confirmé en décembre et en mars, il ne peut y avoir d'accord de retrait sans un accord sur le backstop irlandais", avait déclaté Leo Varadkar, Premier ministre irlandais.

"Je ne veux pas parler en des termes apocalyptiques mais je crois que la première, deuxième et troisième priorités désormais sont de résoudre le problème de la frontière irlandaise", avait affirmé pour sa part le Premier ministre néerlandais Mark Rutte.

Theresa May doit rencontrer cette semaine la chancelière allemande Angela Merkel et son homologue néerlandais pour évoquer le Brexit.

 

Face aux dissensions internes, Theresa May avait déjà dû élaborer des compromis de dernière minute afin de sauver son accord sur le Brexit face au Parlement britannique. En tentant de composer avec les sensibilités europhiles et europhobes au sein de son parti, la Première ministre s'était déjà livrée à un numéro d'équilibriste dont elle était sortie gagnante in extremis.

A moins de neuf mois de la mise en œuvre du Brexit, programmé le 29 mars 2019, la pression de la montre se fait de plus en plus croissante et les appels à accélérer les négociations pour parvenir à un accord final se multiplient. Aussi, la Première ministre devra-t-elle probablement trouver un juste milieu pour satisfaire à la fois les partisans d'un Brexit dur et les défenseurs d'une ligne pro-européenne si elle souhaite empêcher l'échec de l'accord sur le Brexit.

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