Theresa May trouve un compromis pour sauver son accord sur le Brexit

Theresa May parviendra-t-elle à fédérer suffisamment sa formation politique pour obtenir l'accord sur le Brexit auquel elle aspire? ©EPA

Le projet de loi sur le Brexit revient sur la table du Parlement britannique ces mardi et mercredi. Un débat sous haute tension mais le compromis proposé par Theresa May lui permet d'éviter l'échec de son plan pour une sortie du Royaume-Uni en mars 2019.

Le texte sur l'accord du Brexit avait été adopté dans une première version en janvier par les députés. Il repasse ces mardi et mercredi devant le Parlement pour un nouvel examen. En effet, la Chambre des Lords a amendé le projet gouvernemental et la nouvelle version n'est pas vraiment au goût de l'exécutif.

Ces modifications ont remodelé le projet gouvernemental en incluant des dispositions à même de favoriser la persistance de liens plus étroits entre l'Ue et le Royaume-Uni. Le tout pour modérer les conséquences du Brexit pour le pays. De plus, le parti au pouvoir est en proie à des dissensions internes qui rendent incertain le résultat du vote.

Qu'a décidé le Parlement?

> Quel regard pour le Parlement sur l'accord final? Le Parlement britannique a voté contre l'amendement qui lui aurait octroyé un droit de veto sur les négociations avec Bruxelles sur le Brexit. L'accord final ne sera donc pas soumis à un "vote significatif" du Parlement.

Pour faire tomber cet amendement, Theresa May a proposé une solution alternative finalement acceptée par le Parlement. Celui-ci pourrait obtenir un droit de regard via une motion, si le gouvernement ne parvenait pas à trouver un accord sur le Brexit d'ici le 30 novembre. Un compromis qui a permis de refaire basculer les réticents du parti conservateur derrière la Première ministre.

Le solliciteur général Robert Buckland a déclaré vouloir une "discussion structurée" avec les récalcitrants sur l'intégralité de l'amendement soumis par Dominic Grieve, dans l'optique d'accepter la totalité ou des points de la proposition, rapporte le Guardian. L'amendement propose, entre autres, d'octroyer au Parlement la possibilité de voter une motion à l'automne.

> Pas de report du Brexit. Le gouvernement britannique a reçu le soutien du Parlement pour conserver dans le projet de loi la date du 29 mars 2019 comme jour de retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne.

> Pas de pouvoir étendu pour le Comité. Des amendements voulaient donner plus de pouvoir au Comité afin de superviser les directives ministérielles utilisées pour modifier le droit de l'UE maintenu après le Brexit.

Jérémy Corbyn, chef de file du Labour Party, considère que le parti au pouvoir est trop divisé pour pouvoir négocier l'accord sur le Brexit et voit dans ce vote l'occasion d'envoyer un signal à l'exécutif. Pour son collègue Matthew Pennycook, il faut saisir l'opportunité de conférer plus de pouvoir au Parlement, "une des décisions les plus significatives que la chambre aura à prendre."

"J'essaie de négocier le meilleur accord possible pour le Royaume-Uni (...) Mais si les amendements des Lords sont maintenus, cela ébranlera notre position dans les négociations"
Theresa May
Première ministre britannique

La Première ministre remet en cause les modifications qui vont à l'encontre du projet gouvernemental et espère l'annulation des amendements. "J'essaie de négocier le meilleur accord possible pour le Royaume-Uni", a-t-elle argué. ",Mais si les amendements des Lords sont maintenus, cela ébranlera notre position dans les négociations." Les responsables gouvernementaux avancent l'idée que voter contre le projet gouvernemental risque de lier les mains de Londres lors des discussions sur le Brexit ou de conduire à un mauvais accord pour le pays.

David Davis, ministre du Brexit, a prévenu les législateurs que leur position ne pourrait infléchir le processus de retrait de l'UE. "Quoique nous fassions, nous n'allons pas renverser tout cela. Un vote significatif n'est pas la capacité d'inverser la décision d'un référendum", a-t-il réagi.

May à l'épreuve des divisions internes

A la veille du vote, la Première ministre Theresa May avait convoqué l'ensemble des députés de son parti afin de resserrer les rangs et afficher un front commun."Le message que nous envoyons au pays cette semaine avec nos votes est important. Nous devons montrer clairement que nous sommes unis, en tant que parti, dans notre détermination à mettre en place la décision prise par le peuple britannique", a-t-elle averti.

Au sein même de son parti, quelques voix dissonantes se sont en effet fait entendre et la Première ministre a quelque peine à fédérer sa formation politique. Elle a mis en garde contre de possibles récalcitrantes de la part de membres de sa formation politique. En effet, au sein du parti conservateur, les proeuropéens pourraient ne pas soutenir la position de Theresa May et appuyer les amendements modérant le divorce entre l'UE et la Grande-Bretagne.

"La Première ministre a dit que les votes étaient importants quant au message qu'ils enverront à Bruxelles. Elle a dit que toute chose qui minerait le gouvernement rendrait les négociations avec l'UE plus difficiles", a affirmé le porte-parole de Theresa May.

Démission d'un secrétaire d'Etat le jour du vote

Symptôme des divisions internes au sein des Tories, l'annonce de la démission de Phillip Lee, secrétaire d’État britannique à la Justice, en amont du vote. "La raison pour laquelle je prends cette décision maintenant tient à la procédure du Brexit et à la volonté du gouvernement de limiter le rôle du parlement dans la contribution au résultat final lors d'un vote qui doit avoir lieu aujourd'hui", a-t-il expliqué.

"Il y a une évidence croissante que le vote de 2016 sur le Brexit dessert les gens qui nous ont élus pour les servir (...) Un vote entre le mauvais et le pire n'est pas un choix plein de sens". Sa distanciation vis-à-vis de l'exécutif ne l'empêche de souligner qu'il respectait Theresa May en tant que leader.

Certains observateurs se veulent néanmoins confiants dans la discipline au sein du parti. Aussi, le député conservateur anti-EU Jacob Rees-Mogg, pense-t-il que le front commun sera une réalité. "Il y aura de l'unité. Ce ne sera parfait, mais cela devrait suffire pour faire passer le texte et renforcer la position de Theresa May", a-t-il estimé sur la radio LBC.

Selon un député conservateur pro-européen, sous couvert d'anonymat, les membres du parti devraient normalement se ranger derrière Theresa May. Il considère que la prudence pourra être de mise chez les Tories afin de ne pas fragiliser la position déjà précaire de Theresa May.

"La position de la Première ministre est périlleuse, il se peut que les gens estiment qu'elle a déjà assez de problèmes comme ça", a-t-il avancé. De plus, si le dissensus au sein des conservateurs pro-européens entraînait l'échec de Theresa May, ce sont les partisans d'une ligne dure sur le Brexit qui pourraient en tirer profit et en sortir renforcés.

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