Feu vert pour Thierry Breton à la Commission européenne

Thierry Breton, commissaire désigné au Marché intérieur, à l'Industrie, au Numérique et à la Recherche. ©AFP

Les eurodéputés ont validé ce jeudi la candidature du Français comme commissaire européen, malgré les risques de conflit d'intérêt soulevés par sa candidature. Par contre, le candidat hongrois Olivier Varhelyi a été recalé. Il devra répondre à des questions écrites.

La prochaine Commission européenne, présidée par l'Allemande Ursula von der Leyen, se complète peu à peu malgré les incidents, comme le carton jaune délivré ce jeudi au candidat hongrois. Le temps presse, car la nouvelle équipe est censée entrer en fonction le 1er décembre prochain. Elle devra être complète pour le 27 novembre prochain, date à laquelle le Parlement doit voter sur l'ensemble de la Commission.

Trois candidats commissaires étaient auditionnés ce jeudi par le Parlement européen. Le Français Thierry Breton, le Hongrois Oliver Varhelyi et la Roumaine Adina-Ioana Valean.

Toute l'attention était portée sur la candidature désignée par le président français Emmanuel Macron après le rejet de Sylvie Goulard par les élus. La gauche, suspectant des conflits d'intérêts, a mené une fronde contre lui. Très convaincant, Thierry Breton a recueilli une majorité de voix en sa faveur.

Par contre, Olivier Varhelyi n'a pas réussi à convaincre les élus. Libéraux, socialistes, écologistes et la gauche radicale  ont voté contre lui. Selon certaines sources, les députés le jugent insuffisamment compétent par rapport aux matières d'élargissement qu'il veut prendre en charge. Il devra répondre à des questions écrites et pourrait être réentendu par les eurodéputés. 

Quant à Adina-Ioana Valean, commissaire désignée aux transports, elle a de son côté été confirmée par les eurodéputés de la commission des transports et du tourisme. Valean, une parlementaire européenne expérimentée du Parti national libéral roumain (groupe PPE), le parti de Ludovic Orban, avait été proposée par Bucarest après le rejet de Rovana Plumb, dont la déclaration d'intérêts financiers avait posé problème à la commission des affaires juridiques. Le retard pris dans la désignation de Valean, pour cause de basculement de gouvernement en Roumanie, fait partie des éléments qui ont forcé un report de l'entrée en fonction de la Commission d'Ursula von der Leyen, désormais prévue le 1er décembre.

La Roumaine a souligné face aux eurodéputés l'importance de la liberté de circulation à l'intérieur de l'Union, sa volonté de participer à une amélioration de la sécurité routière et la nécessité de pousser davantage les solutions de mobilité "vertes", moins émettrices de gaz à effet de serre. Dans son discours d'introduction, elle a souligné qu'elle voyait dans des carburants moins polluants une solution d'avenir, également pour le transport aérien et maritime.

Dans le cas où Olivér Várhelyi convainc et est retenu, Ursula von der Leyen aurait une équipe de 26 commissaires (27 avec elle). Il manque en effet le candidat nommé par Londres, inexistant. La Commission a lancé ce jeudi une procédure d'infraction contre son futur ex-Etat membre, dont elle attend une réponse pour le 22 novembre au plus tard.

Tir de barrage de la gauche 

Jamais je ne recevrai seul dans mon bureau un membre d'une entreprise que j'ai dirigée.
Thierry Breton
Commissaire désigné au Marché intérieur

Thierry Breton, ancien ministre français de l'Économie, fut aussi le patron de ThomsonFrance Telecom et Atos. La gauche européenne a fait feu contre lui, soulevant des questions de conflits d'intérêts avec ces entreprises en relation contractuelle avec la Commission européenne.

Les libéraux de Renew Europe, le parti européen du président Macron, le PPE (démocrates chrétiens), les conservateurs de l'ECR et la plupart des socialistes ont voté en sa faveur. 

Une partie des députés socialistes, les écologistes et la gauche radicale se sont opposés à sa candidature. 

Les visages de la Commission von der Leyen

Qui sont les nouveaux commissaires européens? Quelles sont leurs compétences? A découvrir dans notre trombinoscope.

 

"Il n'y a qu'une solution, être radical, je dis bien radical"

"On dit parfois de moi que j'ai eu plusieurs vies. Comme vous, je n'ai qu'une seule vie", a lâché Thierry Breton en allemand au début de son intervention, en référence aux questions de conflit d'intérêt que soulève sa candidature.

"Je n'irai pas par quatre chemins, il n'y a qu'une solution, être radical, je dis bien radical, a-t-il plaidé, j'ai vendu toutes mes participations et démissionné de tous mes mandats".

Thierry Breton a affirmé qu'il respecterait "en toute transparence" le code de conduite des commissaires européens, ajoutant qu'il se récuserait en cas de décision à prendre sur les entreprises qu'il a dirigées. "Jamais je ne recevrai seul dans mon bureau un membre d'une entreprise que j'ai dirigée, a-t-il dit, je demanderai à un autre commissaire d'être là pour éviter toute ambiguïté".

Pas de cadeau de la part des eurodéputés français

Demandez-vous aujourd'hui que le poste de commissaire attribué à la France soit un emploi fictif?
Manuel Bompard
Eurodéputé GUE, France insoumise

"Votre nomination constitue un mélange des genres", a opposé l'écologiste française Marie Toussaint, brandissant un schéma illustrant "les chevauchements" entre les entreprises qu'il a dirigées et les compétences qu'il veut exercer. "Quelle garantie pouvez-vous nous donner que vous défendrez l'intérêt général plutôt que l'intérêt privé?"

"Je serai radical, a répliqué le commissaire désigné, cette maison, votre maison, et peut-être la mienne demain, sont des maisons de verre. Tout ce qu'on y fait est enregistré", a-t-il dit assurant que toute décision portant sur une de ces entreprises serait traitée par un autre commissaire

"Demandez-vous aujourd'hui que le poste de commissaire attribué à la France soit un emploi fictif?", a lâché Manuel Bompard (GUE, France insoumise) soulignant le fait que la Commission a octroyé "cent millions d'euros en 2018 à Atos" et pointant ses "liens avec l'industrie du tabac".

"Ne jouons pas sur les mots, a répondu Thierry Breton, non, Monsieur Bompard, 135 millions d'euros", faisant le détail des aides et contrats, et ajoutant qu'il n'a "jamais rencontré d'industriels du tabac". "Je ne veux aucun traitement de faveur. Zéro traitement de faveur", a-t-il martelé.

Les ambitions de Breton pour le Marché intérieur

Lors de son intervention liminaire, Thierry Breton a souligné l'urgence de "préparer l'Union européenne à la croissance de demain".

Industrie 4.0, lancement de la 5G "et même préparation de la 6G", technologies quantiques, intelligence artificielle, cybersécurité, défi climatique ... L'ancien grand patron a brossé avec brio en quelques minutes les grands défis de son portefeuille couvrant l'Industrie, le Marché intérieur, le Numérique, l'Espace et la Recherche.

Ses ambitions pour le Marché intérieur? "Protéger, transformer, projeter", a-t-il résumé. Protéger en maintenant un socle de droits sociaux et en investissant dans le capital humain. Transformer en assurant la transition vers les technologies numériques et climatiques. "Se projeter" en défendant la culture européenne et en développant une industrie européenne de la défense.

Thierry Breton a aussi plaidé pour le développement de grandes entreprises en Europe afin de "contrer les leaders mondiaux américains et chinois".

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