Thierry Breton sous les fourches caudines de l'Europe

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Le grand patron français Thierry Breton, candidat commissaire européen à l’Industrie, au Marché intérieur, au Numérique et à l’Énergie, est auditionné ce jeudi par le Parlement européen. La gauche craint un conflit d’intérêt avec son ancienne entreprise Atos et pourrait bloquer sa candidature.

Quatre candidats commissaires européens doivent encore passer le cap des auditions au Parlement européen pour que l’équipe de la prochaine présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, soit en ligne avec les Traités.

Ce jeudi est un jour clé pour trois d’entre eux. Le Français Thierry Breton, le Hongrois Oliver Varhelyi et la Roumaine Adina-Ioana Valean sont entendus chacun durant trois heures par les élus des commissions compétentes du Parlement européen. Les eurodéputés voteront ensuite sur ces candidatures. Le nom du quatrième, le commissaire britannique, étant encore attendu.

La candidature de Thierry Breton, l’ex ministre français de l’économie, pose question.

"Thierry Breton est compétent, c’est indubitable. Mais il faut régler le conflit d’intérêt."
Philippe Lamberts
Coprésident des verts européens

Dans le privé, cet homme d’affaires a dirigé successivement le groupe Thomson, France Télécom et le géant de l’électronique Atos dont il a doublé la capitalisation boursière en huit ans. La réussite de l’entrée en Bourse d’Atos lui a rapporté 5,5 millions de salaire annuel en 2017. Par trois fois, la Harvard Business Review l’a classé parmi les cent meilleurs patrons du monde.

Plutôt que de lui assurer une entrée aisée au sein de l’exécutif européen, cet impressionnant pedigree pourrait le forcer à passer par la petite porte. Mardi, la commission juridique du Parlement européen, chargée d’examiner sa déclaration d’intérêt a validé sa candidature. Mais le vote, secret, a été remporté de justesse par 12 voix contre 11. De quoi donner des sueurs froides aux libéraux.

Conflit d’intérêt

Pour certains députés socialistes, les écologistes et la gauche radicale, ce parcours professionnel pose une question de conflit d’intérêt. Ces élus pourraient constituer une minorité de blocage qui forcerait le candidat du président Macron à revenir pour une seconde audition.

Pour le faire passer en force, les libéraux de Renew Europe seraient contraints de puiser des voix dans le groupe des démocrates chrétiens (PPE) où Emmanuel Macron n’est pas des plus populaires.

L’autre solution serait d’alléger le portefeuille pharaonique réclamé par l’Élysée, le marché intérieur, la protection des consommateurs, l’industrie, le numérique et l’énergie.

Lâcher le numérique

Thierry Breton a promis de se délester de ses actions, de remettre ses mandats et de renoncer à sa pension venant du privé. Reste la question du numérique, une compétence centrale où Atos est un acteur majeur. "Thierry Breton est compétent, c’est indubitable. Mais il faut régler le conflit d’intérêt en retirant le numérique de son portefeuille, dit le coprésident des Verts, Philippe Lamberts. Atos pourrait tirer profit de la position de Thierry Breton en obtenant des subsides ou des marchés publics."

Les socialistes auraient, à cette heure, l’intention de recaler une première fois Thierry Breton pour l’entendre à nouveau. Mais ils ne s’opposeraient pas à sa candidature après la deuxième audition, dit-on. Thierry Breton a toutes ses chances.

Le Parlement s’exprimera ensuite en plénière sur l’ensemble de la Commission von der Leyen. Reste à savoir si les élus accepteront une commission à 27, sans le commissaire britannique, Londres rechignant à le désigner.

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