Trafic de clandestins: un business pesant "des millions"

©Massimo Sestini/POLARIS

Un triste scénario se répète de plus en plus souvent en mer Méditerranée: un bateau transportant des centaines de migrants part à la dérive, abandonné par son équipage. Le business est très lucratif pour les passeurs.

L'Italie est confrontée depuis plusieurs années à un afflux croissant de clandestins qui tentent de gagner l'Europe par la Méditerranée au péril de leur vie, au rythme d'environ 450 arrivées par jour. Plus de la moitié sont des Syriens ou des Erythréens. A elle seule, l'Italie a sauvé en 2014 plus de 150.000 migrants qui tentaient de traverser la Méditerranée cette année.

Cette nuit,  au large de l'Italie, un cargo à la dérive transportant 450 migrants a de nouveau contraint la marine militaire à intervenir. A bord de l'Ezadeen, un bâtiment de 73 mètres de long immatriculé en Sierra Leone et destiné au transport d'animaux, quelque 450 migrants clandestins: des hommes, des femmes, mais aussi des enfants.Et cela, deux jours après une opération qui avait sauvé près de 800 migrants.

 

"Cet épisode est seulement le dernier en date d'un phénomène inquiétant ces dernières semaines avec déjà une dizaine de navires de commerce, en mauvais état et difficilement maniables, chargés de migrants", avaient relevé les garde-côtes italiens.

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Au moins 3.419 migrants ont perdu la vie en 2014 en tentant de traverser la Méditerranée

Jusqu'ici, la grande majorité des migrants arrivaient à bord de canots pneumatiques ou de vieux bateaux de pêche, partant de Libye où le chaos qui a suivi la chute du pouvoir de Mouammar Kadhafi laisse le champ libre aux passeurs. Près de 85% des départs s'effectuent depuis les côtes libyennes pour rejoindre l'Italie ou Malte.

Mais une tendance récente est le recours à des bâtiments beaucoup plus gros, comme les deux navires concernés cette semaine, qui permettent d'entasser des centaines de candidats à l'immigration illégale. Ils semblent également provenir en majorité de la Turquie.

• Le 20 décembre, les garde-côtes italiens secouraient ainsi au large de la Sicile, selon l'agence de presse italienne Ansa, quelque 800 migrants, principalement syriens, à bord d'un cargo de 70 mètres abandonné par son équipage, lequel avait enclenché le pilote automatique. Ce navire était parti de Turquie. Les migrants, incapables d'en prendre le contrôle, avaient alerté les autorités italiennes par téléphone satellitaire.

Les "bateaux fantômes" remplis de migrants africains et laissés à la dérive en mer Méditerrannée constituent un "nouveau degré de cruauté" atteint par les trafiquants d'êtres humains, estime l'agence européenne de gestion des frontières Frontex.

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Le 3 octobre 2013, une embarcation transportant environ 500 migrants clandestins africains faisait naufrage près de Lampedusa, île italienne proche de la Sicile. La catastrophe a fait 366 morts, ce qui en fait la plus grande tragédie en Méditerranée depuis le début du XXIe siècle.

"C'est un nouveau phénomène de cet hiver", indique la porte-parole de Frontex, Ewa Moncure. Selon elle, cette pratique est très lucrative pour les trafiquants. Elle consiste à envoyer en mer des navires récemment déclassés, sans équipage et avec une quantité à peine suffisante de carburant. Il s'agirait d'un business pesant "des millions". 

Les migrants en route pour l'Europe payent entre 1.000 et 2.000 dollars pour le voyage, qui rapporterait ainsi plus d'un million de dollars aux trafiquants exploitant un cargo tel le Blue Sky M, abandonné au large de l'Italie, a estimé vendredi l'Organisation internationale des migrations.

"Quand un bateau inapte à naviguer en haute mer est surchargé et se retrouve en situation de détresse, les personnes qui y sont enfermées dans des espaces de stockage n'ont aucune chance", insiste encore Ewa Moncure, qui s'exprimait vendredi à Varsovie.

La plupart des migrants arrivés en Italie en 2014 sont Syriens (60.051), leur pays est ravagé par une guerre civile depuis plus de trois ans et demi, et Erythréens (34.561) qui fuient leur pays pour échapper à la répression brutale du pouvoir, au service militaire à vie, et au travail forcé, non rémunéré et à durée illimitée.

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Il s'agit souvent de bateaux déclassés (ici, le Norman Atlantic).

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