Trois hommes en lice pour la tête de la CDU

Friedrich Merz écoute Armin Laschet s'adresser aux membres de la Junge Union (JU), l'organisation de jeunesse de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU) et de l'Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU). ©Michael Kappeler/dpa-pool/dpa

Trois hommes s’affrontent pour succéder, à la tête du parti chrétien démocrate, à l’ex-dauphine d’Angela Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer. Celui qui s’imposera lors du congrès du 16 janvier pourrait succéder à la chancelière aux législatives de septembre.

Reporté à deux reprises en 2020 à cause de la crise sanitaire, le congrès du plus grand parti allemand, la CDU, se tiendra en ligne les 15 et 16 janvier prochain. L’enjeu est de taille. Pour la première fois dans l’histoire de la République Fédérale, le chancelier en poste – Angela Merkel – ne se présentera pas à sa propre succession après 16 années passées au pouvoir. Dans l’état actuel des sondages (30% d’intentions de vote pour la CDU, 20% pour les Verts, 15% pour le SPD), le futur patron de la CDU pourrait lui succéder après les élections du 26 septembre prochain.

Après avoir été dirigée pendant vingt ans de 1998 à 2018 par une scientifique protestante sans enfant, issue de l’ex-RDA, puis par son éphémère dauphine Annegret Kramp-Karrenbauer, la CDU s’apprête à élire un homme à sa tête. Les candidats – l’ultra-conservateur Friedrich Merz, le pragmatique Armin Laschet et l’outsider Norbert Röttgen – sont tous trois Rhénans, catholiques, pères de famille et juristes.

Trois hommes aux profils différents

Armin Laschet, ministre-président du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie depuis 2017 fait partie des fidèles de la chancelière. Âgé de 59 ans, affable,  tout en rondeurs, il a toujours défendu la stratégie centriste imposée à son parti par Angela Merkel. Il se présente en "ticket" avec le très populaire ministre de la Santé Jens Spahn, 40 ans, qui était lui opposé à la ligne de Merkel sur la question des réfugiés. Le point faible d’Armin Laschet est sa gestion de la pandémie à la tête de la Rhénanie. "Il a changé plusieurs fois de cours", rappelle le politologue Uwe Jun de l’université de Trèves. L’homme fort de Rhénanie, région particulièrement affectée par les répercussions de la pandémie sur ses gros abattoirs, est un temps apparu plus soucieux des répercussions économiques que sanitaires ou sociales de la crise.

Friedrich Merz, 65 ans, visage émacié, aussi grand que mince, n’a jamais pardonné à la chancelière de l’avoir évincé en 2002 de la présidence du groupe parlementaire CDU au Bundestag. Reconverti dans les affaires à la tête de Black-rock Deutschland, il a fait fortune avant d’annoncer son retour en politique en 2018. Aux yeux d’une partie des délégués, il incarne la CDU du début des années 2000.  Merz a contre lui de ne pas avoir de mandat électif et d’avoir perdu, en 2018 face à Annegret Kramp-Karrenbauer alors qu’il briguait déjà la présidence de la CDU.

Norbert Röttgen, à la tête de la commission des affaires étrangères du Bundestag depuis 2014, assure vouloir "le renouveau", parle de "féminisation, de rajeunissement et de numérisation" du parti. Cet ancien ministre de l’Environnement avait été évincé du gouvernement en 2012 après avoir perdu les élections régionales en Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

Une partie loin d'être gagnée

Tous trois se disent Européens convaincus, soucieux de l’environnement et désireux d’améliorer les relations transatlantiques. Au-delà de ces points communs, ils se distinguent par leur style comme par leurs priorités et leur positionnement face à l’héritage d’Angela Merkel. "Armin Laschet incarne la poursuite du cours Merkel: comme elle, c’est un pragmatique et il est celui qui a le plus de chances de rafler des électeurs au parti social démocrate", estime Uwe Jun. "Face à lui, Friedrich Merz est un conservateur aux valeurs traditionnelles sur les questions de société, mais ultra-libéral pour les questions économiques. Il a le soutien des milieux d’affaires, des fédérations patronales, des patrons de PME..." Armin Laschet, Ministre président du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, le plus peuplé du pays, peut compter sur le soutien de sa fédération régionale, la plus grosse du parti avec un tiers des 1.001 délégués. "Il dispose aussi du soutien des puissantes sections représentant les employés, ainsi que la fédération des femmes, ajoute Uwe Jun. Face à ces deux pôles, Norbert Röttgen fait vraiment figure d’outsider."

"Armin Laschet dispose aussi du soutien des puissantes sections représentant les employés, ainsi que la fédération des femmes. Face à ces deux pôles, Norbert Röttgen fait vraiment figure d’outsider."
Uwe Jun
Politologue à l’université de Trèves

Lequel des trois a le plus de chances de l’emporter? "Laschet a le profil le plus proche de la chancelière, toujours très populaire", souligne le politologue Nils Diederich. "Et il a fait la preuve qu’il est capable de remporter une élection, en gagnant la régionale de Rhénanie. Mais les délégués raisonnent autrement. Pour eux, le plus important est de se demander qui aura le plus de chance de récupérer les électeurs qui sont partis à l’extrême droite, et qui votent pour l’AfD depuis la politique migratoire de Merkel. Et là, la réponse est clairement: Merz." Armin Laschet pour sa part serait mieux placé pour former une coalition avec les Verts, la constellation pour l’heure la plus probable à l’issue des élections.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés