Trois partis en chiens de faïence pour sceller le sort de l'équipe von der Leyen

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Parmi les trois partis de la coalition qui soutient Ursula von der Leyen, le premier qui tire risque un effet boomerang. Le Parlement européen a déjà décidé de lui demander de revoir sa copie sur le titre de vice-président en charge de la "protection de notre mode de vie".

Après la polémique, une première salve: le Parlement européen a décidément du mal avec la création d’un portefeuille de commissaire européen en charge de la "protection de notre mode de vie" avec pour mission de gérer le dossier migratoire. À l’initiative de l’écologiste française Karima Delli, les présidents de commissions parlementaires ont décidé d’envoyer une lettre à Ursula von der Leyen pour réprouver l’intitulé, qui est selon elle "une insulte aux valeurs européennes". Reste à voir si cette démarche mènera à une concession de la présidente-élue au Parlement. On note en tout cas que Margaritis Schinas, l’ancien porte-parole en chef de Jean-Claude Juncker à qui revient ce portefeuille, avait mis à jour son profil officiel sur Twitter en se désignant vice-président nominé pour la migration, sans reprendre l’intitulé que lui attribuait sa présidente.

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Le Bon, la Brute, le Truand

Ursula von der Leyen aura-t-elle à faire d’autres concessions au Parlement, dont les membres seront appelés fin octobre à voter sur son équipe? La partie s’annonce en tout cas délicate. Bien sûr, tout le monde a quelque chose à redire – c’est la loi du genre – sur l’équipe qu’elle a présentée cette semaine. Mais pour les trois partis de la majorité, tirer un peu trop vite sur un ou une candidate, c’est risquer un effet boomerang. Au sein des trois groupes politiques dont les partis s’apprêtent à prendre les rênes du Berlaymont, on charge des cartouches, comme avant un triel de Sergio Leone, pour le cas où.

Le Hongrois László Trócsányi, qui porte l’étiquette du Parti populaire européen (PPE), peut-il passer la rampe alors qu’il a mis en place, comme ministre de la Justice, des réformes tordant le bras de l’état de droit? La socialiste roumaine Rovana Plumb, visée par des affaires de corruption, résistera-t-elle aux attaques? Et que risque la libérale Sylvie Goulard, qui prête le flanc aux reproches sur des rémunérations privées alors qu’elle était parlementaire et la gestion de ses assistants parlementaires? Les discussions vont bon train dans les couloirs du Parlement et les positions sont encore loin d’être figées – elles pourraient se clarifier d’ici la session plénière de la semaine prochaine à l’issue de laquelle seront annoncées les dates des auditions des candidats commissaires.

Un conservateur à part

"Cette Commission devrait se tenir à l’écart de la rhétorique d’Orban!"
Guy Verhofstadt
Eurodéputé libéral

Le cas du candidat Hongrois est singulier: envoyé par Viktor Orban, l’ancien ministre de la Justice porte les atteintes à l’État de droit qui valent à son pays d’être visé par une procédure disciplinaire européenne. Un bilan qui pourrait lui valoir un tir de barrage. Que certains membres du Parti populaire européen lui-même pourraient soutenir – on rappelle que le Fidesz hongrois en a été suspendu. "Mais si un des trois groupes sort du deal, c’est la chute des dominos", estime ce communiquant PPE au Parlement. Qui expose déjà les cibles possibles citées dans les couloirs du groupe – Goulard, Plumb – tout en estimant néanmoins que "à la fin, tout va se tasser".

Trois couacs à gauche

Chez les socialistes, le malaise est patent à plusieurs égards. Le cas de László Trócsányi est sans surprise cité comme l’un des trois problèmes clés que le groupe a avec l’équipe von der Leyen. Le deuxième est le cas précité du Grec Margaritis Schinas. Les socialistes ont enfin du mal à avaler l’annonce surprise de la nomination de Valdis Dombrovskis (PPE) comme l’un des trois vice-présidents exécutifs de la Commission, qui supervisera le travail de plusieurs commissaires de gauche. L’idée de conditionner le vote socialiste à des ajustements flotte dans les rangs du groupe, qui a demandé l’organisation d’un débat avec von der Leyen sur la composition de son équipe avant les auditions.

Un malaise libéral

Dans la famille libérale Renew Europe au contraire, "les membres sont globalement très satisfaits de la répartition des portefeuilles dans une Commission assez bien calibrée", indique cet attaché parlementaire (le parti obtient notamment la Concurrence, le Marché intérieur, l’Énergie et l’État de droit). Mais le cas du candidat hongrois est une nouvelle fois épinglé – nommé à l’Élargissement, comment peut-il prétendre à l’exemplarité nécessaire pour demander à un pays comme la Serbie de faire avancer ses réformes pour l’État de droit, s’interroge-t-on? Comme au PPE, on souligne que le cas de la socialiste roumaine a également été soulevé au cours de la première réunion de groupe de la rentrée. Et comme chez les socialistes, on évoque un malaise au sujet de l’intitulé du portefeuille migratoire. Le Belge Guy Verhofstadt a demandé que cette formulation soit "rectifiée dès que possible", estimant que "cette Commission devrait se tenir à l’écart de la rhétorique d’Orban!"

Les Verts à distance

En attendant de mesurer le degré d’incisivité des députés de la majorité à l’égard des candidats, l’hémicycle pourra compter sur l’opposition pour souligner les failles de l’édifice. Et notamment celle des écologistes. La question d’un appui des Verts à la future Commission était restée ouverte cet été, elle se referme. Déplorant le "programme trop flou" de la Commission, le co-président du groupe, Philippe Lamberts, estime qu’"il n’y a aucun appétit dans le chef d’Ursula von der Leyen d’obtenir le soutien des Verts: elle donne un coup de barre à droite, son objectif est de cimenter sa majorité à trois".

La prochaine présidente a été élue de justesse et sans les voix de dizaines de députés de la majorité – boudée y compris par son propre parti. Va-t-elle réaliser le tour de force de réunir une large majorité autour de son équipe sans avoir à y apporter de modifications significatives? L’histoire institutionnelle européenne enseigne que le Parlement laisse rarement entrer une nouvelle équipe au Berlaymont sans la marquer de son empreinte.

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